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Yves de Kerdrel
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L’UMP et le PS préparent tous deux leurs congrès avec des couteaux sortis
par Yves de Kerdrel
Après la violente défaite de la gauche aux élections départementales, François Hollande cherche toujours le moyen d’enjamber ce scrutin en se reposant sur les quelques signes d’une éclaircie économique. Il négocie également activement avec les verts pour laisser moins de place à Cécile Duflot. A droite, si la victoire revient en grande partie à la stratégie menée par Nicolas Sarkozy, désormais tous les ténors revendiquent leur part. Avec en ligne de mire la préparation du congrès du 30 mai.
François Hollande a choisi d’ignorer ce scrutin des élections départementales au point de ne pas intervenir après coup, ne serait-ce qu’à travers une déclaration courte mais solennelle sur le perron de l’Elysée. C’est Manuel Valls qui a été chargé de faire ce boulot dés dimanche dernier à 20 h 05 en constatant seulement la raclée prise par l’ensemble de la gauche. Mais surtout en maintenant le cap sur tous les plans et en annonçant même de nouvelles mesures destinées à soutenir l’investissement des entreprises ainsi qu’une Loi Macron 2. Ce dernier point a fait l’objet d’une marche arrière dans les trois jours qui ont suivi, compte tenu de la forte contestation à gauche.
Car si François Hollande tente de faire la politique de l’autruche, il ne peut empêcher ni Arnaud Montebourg de dénigrer les trois années écoulées et la politique socialiste « qui a étouffé l’économie », ni Martine Aubry de monter à l’assaut au côté des frondeurs qui se trouvent renforcés par tous ceux qui ont perdu leurs sièges, ni même Christiane Taubira qui a envoyé des messages très dissonants avec la politique menée par Manuel Valls. Le fait de faire comme si rien ne s’était passé ne semble pas constituer une stratégie gagnante comme le prouve la chute de popularité du couple exécutif et notamment de Manuel Valls.
SARKOZY RE-LEGITIME
Le Premier Ministre paie cher son engagement dans la campagne. Alors que François Hollande était lui resté en dehors du scrutin, le locataire de Matignon a « mouillé le maillot » n’hésitant pas à faire de nombreux meetings et à aller soutenir des candidats dans toutes les régions de France. A cela s’est ajouté son combat personnel contre le Front National. Manifestement cette tactique a été totalement perdante pour le Premier Ministre. A un moment où les relations qu’il entretient avec le Chef de l’Etat se détériorent à nouveau.
A droite, c’est naturellement la stratégie de Nicolas Sarkozy qui se trouve validée. Une stratégie simple qui consiste à rassembler autant que possible les centristes de bonne volonté et parallèlement à tenir un discours aussi droitier que possible tout en attaquant le Chef de l’Etat et Manuel Valls. Le président de l’UMP qui a fait de très nombreux meetings à la différence de François Fillon et d’Alain Juppé se trouve donc une fois encore re-légitimé comme président de l’UMP. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu d’être convoqué par la justice mercredi dernier dans une affaire montée de toutes pièces par François Fillon et François Sureau. Mais contrairement à ce qui était attendu il n’a pas été mis en examen dans cette affaire. Ce qui confirme ce qui se dit à mots voilés dans la haute magistrature : que François Hollande fera tout pour affaiblir Nicolas Sarkozy par les affaires, mais surtout pas l’empêcher de se présenter.
LES PRIMAIRES EN BONNE VOIE
Désormais à droite les forces commencent à se compter dans la perspective du congrès du 30 mai qui doit adopter les nouveaux statuts du parti, éventuellement un nouveau nom et ratifier la nouvelle organisation. A cette occasion sera enfin sanctuarisée l’idée des primaires ouvertes à droite. La charte d’organisation de ces primaires est désormais prête et commence à circuler afin d’être approuvée par un bureau politique le 14 avril prochain. Selon les informations obtenues par WanSquare ; ces primaires auront lieu les dimanche 20 et 27 novembre 2016. Chaque candidat devra s’engager à soutenir publiquement le candidat à la présidence de la République désigné à l’issue de la primaire et à prendre part à sa campagne.
Pourront voter tous les sympathisants de droite et du centre, inscrits sur les listes électorales ou ayant 18 ans à la date de l’élection présidentielle. Les votants devront seulement adhérer à la charte de la primaire et signer un texte ainsi rédigé : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France. Enfin chaque électeur devra verser une contribution de deux euros par tour de scrutin. D’après la charte, chaque candidat devra être parrainé par au moins 25 parlementaires, au moins 250 élus répartis sur au moins 30 départements, et au moins 2 500 adhérents, à jour de cotisation, répartis sur au moins 15 départements. Enfin la primaire se déroulera avec un bulletin papier dans au moins 8 000 bureaux de vote. Et chaque candidat devra établir un compte de campagne et le déposer au plus tard le 20 décembre 2016 auprès de la Haute Autorité, qui le rendra public. Les candidats auront jusqu’au 9 septembre 2016 pour se faire connaitre.
LE DILEMME DE HOLLANDE
A droite, mais aussi chez les sondeurs tout le monde est désormais convaincu que l’alternance aura bien lieu en 2017. D’abord parce que rarement le total des voix de gauche n’a été aussi faible dans les urnes. Autant qu’à l’époque d’Edith Cresson. Ensuite parce que François Hollande n’a pas fini d’être embarrassé par Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot qui peuvent à eux deux occuper plus de 15 % des voix, Dans ces conditions, François hollande pourrait très bien ne pas parvenir à dépasser la barre des 20 % au premier tour de l’élection présidentielle. C’est pour cela qu’il tente de négocier coute que coute un accord avec les verts. Cécile Duflot ne veut pas cohabiter avec Manuel Valls. A la différence de Jean-Vincent Placé. Mais le Chef de l’Etat estime que c’est une prise de guerre insuffisante et que seuls deux écologistes méritent d’être enrégimentés : Emmanuelle Cosse, la patronne des verts ou Nicolas Hulot.
Par ailleurs à gauche, les débats préparatoires au Congrès de Poitiers commencent à s’ouvrir. Et les semaines qui viennent vont donner lieu au dépôt d’un certain nombre de motions toutes critiques à l’égard du gouvernement. Le courant cohérence socialiste, mené par Karine Berger, Valérie Rabault, Yann Galut et Alexis Bachelay est déjà passé à l’attaque. Pour développer leurs idées et faire le bilan de la défaite aux départementales, les membres de la motion ont publié une tribune dans Le Monde, intitulée « Dans socialiste, il y a social, et le PS l'a oublié ». Ces élus ont donc refusé de se joindre à Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS. D’autres motions devraient bientôt suivre le mouvement, la date limite de dépôt étant fixée au conseil national du 11 avril. Les frondeurs à la gauche du PS sont, eux, au milieu de négociations internes pour écrire le texte et désigner le premier secrétaire. Martine Aubry, qui a demandé à François Hollande des inflexions dans sa politique économique, attend de son côté de voir ce qu’elle va obtenir.
LA LOI MACRON RENFORCEE AU SENAT
Un sujet va venir crisper l’aile gauche du Parti socialiste dans les jours qui viennent, c’est l’examen de la loi Macron par le Sénat à partir de ce mardi. Le texte du projet de loi sur la croissance et l’activité adopté par la commission spéciale du Sénat diffère sensiblement de celui adopté à l’Assemblée nationale. Bon nombre de mesures inscrites dans le projet de loi d’Emmanuel Macron recueillent un net enthousiasme de la part des sénateurs, comme celles concernant la libéralisation des transports par autocar, le soutien au logement intermédiaire, le développement de l’épargne salariale et de l’actionnariat salarié, la création de zones touristiques internationales pour l’ouverture des commerce. Mais la chambre haute souhaite aller plus loin. Les sénateurs ont donc décidé d’intégrer dans ce texte des dispositions portant sur les seuils sociaux, l’extension des accords de maintien dans l’emploi, la création d’un contrat de mission ou la simplification du compte pénibilité.
En attendant François Hollande a annoncé à la veille du week-end sa volonté de stimuler l’investissement pour renforcer la croissance, via notamment un mécanisme fiscal exceptionnel. Tout en promettant, à l’attention de l’aile gauche du PS, que la souplesse donnée aux entreprises ne se fera pas au détriment des salariés. Le chef de l’état a donc annoncé que les assureurs avaient accepté la création d’un fonds de 500 millions d’euros – qui sera opérationnel dés le mois de mai - pour investir dans le capital des entreprises. De même il souhaite porter à 8 milliards d’euros les prêts de développement de la BPI, la Banque publique d’investissement. Il a promis, sans en dire davantage, un mécanisme fiscal exceptionnel pour soutenir dès aujourd’hui l’investissement, ainsi que des mesures pour les TPE, en juin prochain, pour favoriser l’emploi dans les entreprises.
L’INSEE ET REXECODE PLUS OPTIMISTES
Cette initiative fait écho aux nouvelles prévisions révélées jeudi par l’Insee pour le premier semestre 2015. Celles-ci sont un peu meilleures que celles de décembre, puisque l’institut table sur une hausse du PIB de 0,4 % au premier trimestre et de 0,3 % au deuxième. Un rythme de croissance quatre fois supérieur à celui qu'a connu la France du printemps 2011 à la fin 2014. À la mi-juin, l'acquis de croissance sera de 0,8 %, ce qui signifie qu'en cas de stagnation au deuxième semestre la hausse moyenne du PIB en 2015 sera de 0,8 %. Coe-Rexecode, l’institut de conjoncture proche du Medef, vient d'ailleurs lui aussi de relever sa prévision de croissance pour 2015, à 1,2 %. Par prudence, le gouvernement ne compte pas le faire pour l'instant. Car l'économie française reste plombée par deux points noirs : la crise dans le BTP qui perdure et l'atonie de l'investissement des entreprises.
Les conditions sont pourtant réunies pour que l'investissement des entreprises reparte : leur taux de marge devrait augmenter de 1,4 point, pour atteindre 31,3 % en juin. Ce n'est pas le niveau de 2008 (33,1 %), que le gouvernement a comme objectif. Mais c'est un point haut depuis 2011. Le blocage vient surtout du manque de confiance des chefs d'entreprise. Échaudés par des années de crise, ils hésitent à lancer de nouveaux projets. Pour leur redonner confiance, le gouvernement prépare des mesures de soutien. Comme de permettre aux petites entreprises d'amortir de façon accélérée leurs investissements.
L’AG DE VIVENDI SUSCITE DE L’AGITATION
Du côté des entreprises, l’actualité a été surtout dominée par les mouvements qui se préparent avant l’assemblée générale des actionnaires de Vivendi qui se réunira le 17 avril à l’Olympia. Peter Schoenfeld gestionnaire du petit fonds PSAM réclame toujours la distribution des deux tiers du cash issus des cessions réalisées par le groupe que préside Vincent Bolloré. Comme les deux résolutions qu’il a déposées ne peuvent être approuvées qu’à la majorité simple et qu’il compte peu de soutien, - à commencer par ISS et Glass Lewis les firme de proxy dont les recommandations sont très suivies - il n’y a pas de suspense sur le sort réservé aux demandes de versements d’un gros dividende complémentaire qui briderait les ambitions de Vivendi. D’autant que Vincent Bolloré détient maintenant, à lui seul, plus de 12 % du capital et qu’il pourrait atteindre les 15 % d’ici l’assemblée générale.
Le vrai débat aura lieu sur l’application des droits de vote double conformément à la loi Florange adoptée par les parlementaires il y a un an. Plusieurs grands fonds comme Calpers ou Amundi s’opposent à la mise en place de droits de vote double. Mais il leur faudrait réunir plus des deux tiers du capital présent ou représenté à l’assemblée pour l’emporter. Ce qui est loin d’être joué même s’ils sont nombreux. Là ils peuvent compter sur le soutien de ISS et de Glass Lewis qui appliquent la doctrine anglo-saxonne, une action égale une voix. Mais ce vote sera d’autant plus regardé qu’il constitue un enjeu pour toute la Place de Paris.
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