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Yves de Kerdrel
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Les départementales enterrent les dernières illusions de Hollande
par Yves de Kerdrel
Le second tour des élections départementales de ce jour devraient confirmer, voire amplifier les résultats du premier tour, avec la perte de près d’une quarantaine de départements pour la gauche, la réussite de la stratégie de rassemblement menée par Nicolas Sarkozy et la limitation de la poussée du Front National qui ne devrait emporter que le Vaucluse. Désormais les chances de François Hollande de figurer au second tour des présidentielles de 2017 sont très limitées.
Le premier tour des élections départementales ont confirmé dimanche dernier la plupart des anticipations que nous avions formulées. Bien sûr le Front National s’est installé localement, mais de manière beaucoup plus limitée que prévu. Dans certains départements qui lui semblaient acquis il a même commencé à reculer atteignant une forme de plafond de verre à 38 %. Bien sûr cela n’a pas ressemblé à une déroute pour le parti socialiste, mais le total des voix de gauche n’a jamais été aussi bas depuis 1992. Quant à la droite, elle a su éviter tous les écueils des petites phrases assassines et son rassemblement « apparent » lui a permis de sortir comme la grande gagnante de ce scrutin.
Que peut-il se passer aujourd’hui ? D’abord on connaitra le nombre précis de départements perdus par la gauche : plus de trente, et sans doute près de quarante. Ce qui ressemblera à une déroute lorsque l’on sait qu’actuellement elle règne sur 61 départements. Rue de Solferino, certains se trouveraient même satisfaits si la gauche conserve une vingtaine de départements. Ensuite s’agissant du Front National, il semble acquis qu’il n’emportera que le Vaucluse. Et encore cela n’est dû qu’au tact de Marion-Maréchal-Le Pen qui a négocié de manière très fine avec l’UMP locale, en contradiction avec les consignes de sa tante. Mais l’Aisne devrait rester hors d’atteinte du Front National et risque de se retrouver sans majorité claire. Enfin, l’axe UMP-UDI que Nicolas Sarkozy a soigné devrait se trouver renforcé, notamment dans la perspective des élections régionales de fin d’année.
SARKOZY PREND L’AVANTAGE
Depuis une semaine tous les proches de Nicolas Sarkozy confirment qu’il est différent. Il est totalement apaisé, certain qu’il a bien fait de revenir à la tête de l’UMP, et que sa stratégie du ni-ni est la meilleure pour stopper l’avancée du Front National. Cela est apparu de manière flagrante au plus grand nombre lors d’une matinale en direct avec les auditeurs de RTL. Tous ses proches confirment également qu’il prend désormais beaucoup de temps pour parler avec chacun d’eux. Il se projette déjà dans l’élaboration du congrès du 30 mai qui devrait entériner l’éventuel changement de nom, les nouveaux statuts et les modalités de la primaire ouverte. Un congrès qui pourrait voir un certain nombre de personnalités revenir au bercail de la future ex-UMP.
Désormais à droite le débat va naturellement de plus en plus se focaliser sur le duel entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Pour le premier les choses se compliquent dans la mesure où une bonne partie du centre a voté sans problème pour l’UMP. Par ailleurs le retour de Nicolas Sarkozy est totalement légitimé par le résultat des élections. Si bien que le Congrès du 30 mai devrait faire la part belle aux proches de l’ancien Chef de l’Etat. Et Alain Juppé qui voyait venir à lui un certain nombre de députés, va voir se mouvement s’éroder. Ce qui va le contraindre à se « modemiser » de plus en plus. Une stratégie qui risque de lui être défavorable au moment de la primaire, avec une droite qui se droitise de plus en plus.
VERS LA FIN DU PARTI SOCIALISTE
Les deux grands perdants de cette élection sont Manuel Valls et François Hollande. Manuel Valls, parce que sa stratégie de diabolisation du Front National n’a en rien limité le score du parti de Marine Le Pen. Ses attaques, considérées comme excessives, dans des territoires à l’abandon ont sans doute provoqué l’effet inverse et amené un certain nombre d’indécis à se mobiliser et à voter Front National. Par ailleurs le fait d’avoir considéré avant le scrutin que le résultat n’aurait aucune incidence ni sur son sort, ni sur sa politique lui fait beaucoup de tort à gauche où les frondeurs vont lui faire porter le chapeau de cet échec électoral.
Quant à François Hollande, même s’il a pris soin de ne pas s’impliquer du tout dans cette campagne, au point d’être aujourd’hui à Tunis, il est forcé de constater que jamais il n’a eu aussi peu d’alliés politiques. Or s’il veut figurer au second tour de la présidentielle de 2017, il lui faut être capable de réunir dix millions de voix au premier tour. Ce qui paraît aujourd’hui mathématiquement impossible compte tenu d’une candidature verte, d’une candidature Mélenchon de candidatures d’extrême gauche et même d’une éventuelle candidature Bayrou qui lui prendra plus de voix qu’à Nicolas Sarkozy. Dans l’état actuel des choses, si le Président décide d’être candidat en 2017, il risque de connaître le même sort que Lionel Jospin. Certains voient même le socialisme sortir de l’histoire de France à cette occasion, comme il est sorti de l’histoire italienne il y a vingt ans.
L’AMBIGUITE DU DEFICIT BUDGETAIRE
Bien sûr en matière de conjoncture le Chef de l’Etat peut compter sur quelques bonnes nouvelles. Si le nombre de sans-emploi continue d’augmenter, en revanche la France n’a enregistré l’an passé qu’un déficit représentant 4 % de son PIB au lieu des 4,4 % attendus. Cela s’est tout de même traduit par une nouvelle augmentation de la dette qui atteint maintenant 95 % de la richesse nationale (contre 92,3 % il y a un an. Mais ce bon chiffre cache une nouvelle augmentation des dépenses publiques qui atteignent désormais le niveau record de 57,2 % du PIB. Surtout l’Insee fait observer que les dépenses de fonctionnement (donc les rémunérations des fonctionnaires) ont davantage augmenté que les dépenses d’investissements. Ce qui montrer que la réforme de l’Etat n’a toujours pas commencé.
Le corollaire de cette annonce, c’est que beaucoup craignent que Bercy se satisfasse de ces bons chiffres et prenne du coup moins au sérieux les dernières exigences de Bruxelles en termes d’économies structurelles. D’autant plus que la claque prise par la gauche aux élections départementales et la montée du populisme dans le pays ne va pas contribuer à la mise en place de nouvelles coupes budgétaires qui demeurent pourtant tout aussi pertinentes. Enfin le climat politique et l’impossibilité pour la majorité de nouer des alliances va pousser François Hollande à pratiquer encore plus l’immobilisme, surtout à deux ans des élections présidentielles.
UN NET REGAIN DE CONFIANCE
Il reste que le moral des patrons s'est amélioré au mois de mars. L'indicateur qui synthétise le climat des affaires en France, publié par l'Insee, a progressé de 2 points ce mois-ci. Au plus haut depuis avril 2012, il se retrouve à 96 points, c'est-à-dire encore en dessous de son niveau moyen de long terme, estimé à 100 points. Cependant, derrière ce gain de 2 points, il n'y a en fait pas d'amélioration tangible dans l'industrie, secteur dans lequel le climat des affaires stagne depuis cinq mois. Malgré tout, l'opinion des industriels sur l'activité de l'industrie dans son ensemble a progressé fortement en mars. L'indicateur a bondi de 8 points et se situe nettement au-dessus de sa moyenne de long terme, à son niveau le plus élevé depuis juillet 2011. La comparaison avec l'Allemagne est toutefois cruelle. Outre-Rhin, l'indice IFO, qui synthétise le moral des patrons, a enregistré son cinquième mois d'affilée de hausse.
Autre bonne nouvelle sur le plan de la conjoncture : au mois de mars, la confiance des ménages s’est améliorée pour le deuxième mois consécutif. Selon l’Insee, l'indicateur synthétique de ce moral, bien qu'en dessous de sa moyenne de longue période gagne 1 point et atteint 93 soit son plus haut niveau depuis novembre 2010. En fait les ménages sont désormais moins nombreux à anticiper une augmentation des prix. Un autre facteur de la plus grande confiance des ménages tient aussi sans doute en partie à leurs anticipations concernant l'emploi. Leurs craintes sont en net recul, souligne l'Insee en constatant que le solde d'opinion chute de 13 points et atteint son plus bas niveau depuis mai 2011.
VIVENDI DANS LA LIGNE DE MIRE
En termes de business, l’actualité de la semaine passée a été marquée par l’apparition de revendications au sein de l’actionnariat de Vivendi. Le fonds Schoenfeld Asset Management qui a investi il y a cinq ans 200 millions d’euros en actions Vivendi a déposé des projets de résolution pour la prochaine assemblée générale du groupe visant à obtenir la distribution d’un dividende exceptionnel et d’un dividende ordinaire majoré. Il a déployé de gros moyens de communication et de lobbying avec des articles anti-Bolloré dans la presse anglo-saxonne réalisés avec la même mauvaise foi que ceux qui on tenté de saper la fusion Lafarge-Holcim.
Bien sûr ce fonds a peu de chance d’obtenir gain de cause. D’autant plus que Bolloré détient désormais à lui seul 10 % du capital de Vivendi et n’a sûrement pas de se renforcer, après avoir dégagé des liquidités grâce à un placement d’actions Havas. Mais ce « déclic » risque d’obliger l’industriel breton à clarifier plus vite que prévu sa stratégie à long terme pour Vivendi avec notamment sa volonté de conserver Universal d’autant que les actionnaires activistes qui demandent une grosse distribution de cash ne sont pas dénués d’arrière-pensée. Selon les informations de WanSquare, ils sont très proches du groupe Liberty de John Malone qui n’a jamais fait mystère de son intérêt pour Universal.
UNE SOLUTION SE DESSINE POUR AREVA
L’autre grand dossier du moment reste Areva. Selon les informations de WanSquare EDF est désormais disposé à prendre une participation dans la partie d'Areva qui correspond à l'ensemble du périmètre de l'ex-Framatome. Ce schéma serait regardé avec bienveillance par Emmanuel Macron qui ne paraît pas disposé pour le moment à céder des titres EDF afin de recapitaliser Areva. Le gros problème, c’est que chez EDF comme au sein de l’Agence des Participations de l’Etat on est bien conscient qu’une telle opération serait très mal vue par les investisseurs et ferait baisser le cours de bourse d’EDF.
Le nouveau partenariat souhaité avec EDF sur la conception et la commercialisation des futurs réacteurs sera important, mais il ne suffira pas à régler tous les problèmes d'Areva. Il reste un problème de rentabilité et de sureffectif mais l’Etat ne semble pas encore prêt à laisser les nouveaux dirigeants d’Areva mettre en place un plan social. Par ailleurs une prise de participation majoritaire d'EDF au capital d'Areva NP marquerait le début du démantèlement du groupe. L’autre question importante qui n’est toujours pas résolue et qui préoccupe Philippe Varin réside dans la place à donner à la Chine. Areva est ouvert à une prise de participation de fonds chinois, ainsi qu'à des partenariats industriels. Mais l’Etat peine à donner son feu vert et à se décider.
Enfin, puisque les placements privés se déroulent très bien comme on a pu le voir cette semaine avec les titres Accor cédés par Colony et Eurazeo ou les titres Havas vendus par Bolloré, Saint Gobain a remis à l’ordre du jour son projet de cession de Verallia, sa filiale d’emballage de verre. Là, c’est un dossier conçu pour les fonds de private equity. Le groupe de construction en attendrait jusqu’à 2,8 milliards d’euros, soit autour de sept fois l’Ebitda. Les candidats ont reçu les éléments financiers ces dernières semaines : il s’agit de Apollo, Blackstone, CVC, Bain allié à Ardian, et KKR. L’irlandais Ardagh est également sur les rangs. Ce sont BNP Paribas et JP Morgan qui mènent le processus de cession pour le compte de Saint-Gobain. En 2007 Saint-Gobain avait lancé un premier processus de vente, valorisant sa filiale à environ 4 milliards d’euros. Avec la crise financière il a été interrompu. En 2010, le groupe avait commencé à préparer une introduction en Bourse portant sur 40 % du capital avec une recette espérée de un milliard d’euros. Mais c’est la crise grecque qui a interrompu le processus.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
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