WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
La sanction va être plus sévère que prévu aux départementales
par Yves de Kerdrel

Ce sont près de 40 départements sur les 61 que dirige actuellement la gauche qui devraient basculer à droite. Et même si les sondages marquent toujours une forte avance du Front National, celui-ci pourra difficilement emporter des départements, à l’exception peut-être du Vaucluse. Mais personne au Parti Socialiste n’a encore pris la mesure de cette nouvelle vague bleue.

15/03/2015 - 07:40 Temps Lecture 13 mn.

Deux mois après l’effet Charlie, le pouvoir est à nouveau en mode « panique ». On a pu le voir dimanche dernier avec l’intervention ratée de Manuel Valls qui s’est placé en situation « d’hystérisation ». Alors qu’il aurait pu alerter des dangers du Front National sans parler de « stigmatisation ». De surcroit à force de n’utiliser que des « éléments de langage », l’intervention du Premier Ministre s’est transformée en piteuse polémique avec le philosophe de gauche Michel Onfray. Si bien que cette émission très attendue aura finalement eu plus d’effets négatifs que positifs.

A l’Elysée, François Hollande a choisi une toute autre attitude. Il regarde monter le Front National sans vraiment chercher à le contrer, suivant en cela son maitre en la matière François Mitterrand. Il a d’ailleurs voulu marquer sa différence avec Manuel Valls en disant bien « qu’il n’avait pas peur. » Et pour cause : à tous ses visiteurs il explique qu’en 2017, il souhaite affronter Marine Le Pen au second tour de scrutin. Il lui reste tout de même un problème essentiel à régler, c’est celui de Cécile Duflot.

REMANIEMENT TECHNIQUE EN VUE

Il n’y a plus de doute que l’ex-patronne des verts sera candidate au premier tour. Or Cécile Duflot a un potentiel électoral incertain, mais bien plus élevé que celui d’Eva Joly, d’autant plus qu’elle a commencé à tisser des liens avec des frondeurs, des mélenchonistes, voire des proches de Besancenot. Selon la plupart des experts, elle peut donc réaliser au moins 6 à 7 % des voix au premier tour. Et peut-être plus, sur un discours davantage politique qu’écologique. Dans ce cas François Hollande ne serait plus assuré d’être au second tour. Et ce sera le candidat issu des primaires de droite qui devra affronter Marine Le Pen.

Tout cela explique pourquoi le Chef de l’Etat ne s’intéresse absolument pas aux départementales en dépit de l’impact que ces élections auront sur le tissu local du parti socialiste. Mais à un remaniement technique qu’il prépare pour le début du mois d’avril. De manière à remplacer Geneviève Fioraso qui a récemment quitté le gouvernement pour raisons de santé, Marylise Lebranchu qui voudrait le quitter – ce qui tombe bien, car elle est très critiquée pour n’avoir rien fait – et surtout faire rentrer des verts afin de renouer avec une partie des écologistes.

CAMPAGNE DESORDONNEE A DROITE

Christiane Taubira pourrait même également quitter le gouvernement pour rejoindre le conseil constitutionnel. Dans ce cas de figure, Ségolène Royal a déjà fait savoir qu’elle entendait devenir Garde des Sceaux. Ce qui libèrerait le Ministère de l’Ecologie et du développement durable pour un écologiste. Bien sûr Jean-Vincent Placé qui a rompu depuis longtemps sur le plan politique, comme sur le plan affectif, avec Cécile Duflot a déjà fait acte de candidature pour ce Ministère. Barbara Pompili et François de Rugy, qui étaient opposés il y a un an à la sortie des verts du gouvernement sont également susceptibles de rejoindre l’équipe gouvernementale. Quant à François Hollande, outre le fait de couper l’herbe sous le pied de Cécile Duflot, il a besoin de placer un « vert » à la tête du Ministère de l’Ecologie dans la perspective du sommet sur le Climat qui aura lieu à Paris en fin d’année.

A droite les principaux ténors de l’UMP font une campagne active dans le cadre des départementales tout en faisant campagne pour eux. C’est le cas de François Fillon, de Bruno Le Maire, d’Alain Juppé et bien sûr de Nicolas Sarkozy qui tiendra demain un meeting à Palaiseau pour aider à faire basculer à droite le département du Premier Ministre. L’ancien chef de l’Etat qui se veut rassembleur lorsqu’il est Rue de Vaugirard n’hésite pas sur le terrain à faire sa propre campagne personnelle en vue des primaires.

MACRON VEUT ALLER VITE

Alain Juppé continue de faire la course en tête des sondages, reste le candidat préféré des médias, des grands patrons et des parisiens. Mais dans son entourage certains s’inquiètent de cette situation « à la Balladur ». Car cela va être très difficile pour le Maire de Bordeaux de rester au firmament pendant deux ans. A moins de ne rien dire sur rien. Devenu challenger Nicolas Sarkozy se retrouve dans la situation qui lui est la plus favorable : celle où il peut aller rechercher un électorat aux marches de l’UMP. D’autant plus qu’il sera le grand, voire l’unique bénéficiaire de la vague bleue des élections départementales.

Enfin difficile de ne pas parler d’Emmanuel Macron qui s’impose, chaque semaine un peu plus, comme l’homme qui monte dans le paysage politique français. Le ministre de l’Economie a fait un sans faute lors de l’émission Des paroles et des actes programmée jeudi dernier, avec une très grande aisance pendant près de trois heures d’antenne. Et cela au moment même où il ne se cache plus de faire pression auprès du Président de la République afin d’accélérer les reformes structurelles du pays. Notamment celle portant sur les allocations chômage, l’âge de la retraite et les 35 heures. Des réformes qu’il souhaite voir menées par conviction. Mais aussi pour calmer les angoisses de Bruxelles et de Berlin à l’égard de la situation hexagonale.

HOLLANDE VOIT LA VIE EN ROSE

Le ministre des finances a une approche plus prudente. Sa priorité reste d’atteindre les 21 milliards d’euros d’économies prévus en 2015. Or, avec une inflation qui stagne autour de 0 %, un certain nombre de mesures, telles que le gel du salaire des fonctionnaires ou la désindexation des retraites ne rapporteront pas autant que prévu : un manque à gagner de l’ordre de 3 à 4 milliards d’euros. En outre, des dépenses supplémentaires – renforcement des moyens de lutte contre le terrorisme, opérations extérieures, plan banlieue, service civique – commencent à grever le budget pour près de 2 milliards d’euros. La tentation est grande de mettre du côté de Michel Sapin d’épargner un peu, afin de colmater les brèches, quitte à en rabattre sur les objectifs de réforme. Le Ministre des finances plaide aussi à l’Élysée qu’avec des taux de 0,5 %, il n’est pas urgent pour la France de mener les réformes souhaitées par Bruxelles.

De son coté, le chef de l’État continue de propager la bonne nouvelle économique en annonçant le retour de la croissance. Après Dassault Aviation à Mérignac, puis une entreprise numérique parisienne mardi, le président de la République a continué sa tournée, en visitant les chaînes de montage de deux entreprises en Isère. Ces deux firmes dégagent des marges d’investissement, embauchent et gagnent des marchés en France et à l’étranger. Une aubaine pour François Hollande qui a estimé que « nous sommes dans un contexte économique meilleur même si c’est toujours fragile ».

UN GREXIT DE PLUS EN PLUS PROBABLE

Sur le plan européen, c’est toujours le dossier grec qui monopolise l’attention. Vendredi matin Alexis Tsipras a eu une rencontre décisive avec Jean-Claude Juncker. Un conseil européen des chefs d’État et de gouvernement a lieu jeudi à Bruxelles. Il pourrait être l’occasion, d’évoquer un premier versement de prêts, si d’ici là, Athènes s’engage, de manière ferme et concrète, sur un paquet de réformes avec ses créanciers. La Grèce, dans le cadre de son deuxième plan d’aide, doit encore recevoir environ 7 milliards d’euros d’aide.

Si le président de l’Eurogroupe, a déjà évoqué cette possibilité il y a une dizaine de jours, Berlin verrait d’un très mauvais œil cette possibilité de versements anticipés, pour parer à l’urgence financière grecque. Wolfgang Schäuble a d’ailleurs jugé qu'il ne pouvait « exclure » une sortie désordonnée de la Grèce de l'euro si le gouvernement d'Alexis Tsipras ne parvenait pas à un accord avec ses créanciers internationaux. En revanche Pierre Moscovici, a estimé, vendredi dans un entretien au journal allemand der Spiegel qu'une sortie de la Grèce de l'euro serait une catastrophe qui pourrait annoncer le début de la fin pour la zone euro.

L’EURO BIENTÔT A PARITE AVEC LE DOLLAR

Les Grecs ont commencé, jeudi à Athènes, à travailler avec les représentants de l’ex-« troïka » des créanciers, désormais appelé « Groupe de Bruxelles ». Ce qui est considéré comme un très bon signal. L’objectif de ces réunions est de faire un état des lieux de l’état des finances grecques, de l’état de trésorerie des différentes administrations. Et aussi d’étudier quelles réformes peuvent être mises en place rapidement. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a annoncé qu’il voulait mettre sur les rails rapidement ses mesures d’aide humanitaire pour les foyers les plus en difficulté dans le pays (électricité gratuite, aide alimentaire, accès aux soins). Les créanciers veulent savoir avec quel argent ces mesures d’urgence peuvent être financées.

Cette semaine, la Banque centrale européenne a annoncé, par la voix de Benoit Coeuré, avoir racheté pour 9,8 milliards d’euros de dettes en trois jours. Ce qui l’a amener à estimer que la BCE était ainsi sur la bonne voie pour atteindre son objectif, à savoir un volume de 60 milliards d’euros par mois dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif. En se posant en acheteur massif de dette souveraine, la BCE pousse les investisseurs vers des actifs plus risqués, au premier rang desquels les actions. D’où, d’ailleurs, la hausse des indicateurs boursiers, comme à Paris où le CAC 40 a renoué cette semaine avec le seuil des 5 000 points. De même, après une chute de 12,5 % depuis janvier, l’euro, qui a touché cette semaine son niveau le plus faible depuis janvier 2003, valait 1,0497 dollar samedi matin.

L’INDECENCE DE LAUVERGEON

La place de Paris aurait pu attendre d’Anne Lauvergeon un peu de décence après les 9 milliards d’euros de pertes qu’elle a laissées chez Areva, à la charge du contribuable. Mais celle qui considère avoir toujours raison s’est auto-justifié de manière indécente vendredi dans les Échos. Comme prévu, cette interview commanditée par ses conseils en communication a été très mal vécue auprès du monde des affaires, au sein d’Areva, et plus encore à Bercy où l’on n’en revient toujours pas de son arrogance.

Par ailleurs, selon les informations de WanSquare, Orange s'apprête à engager des négociations exclusives avec le groupe de Hongkong, PCCW, afin de lui céder 49 % de ses parts de sa filiale Dailymotion, que le groupe français détient à 100 %. La société hongkongaise aurait fait une proposition valorisant Dailymotion à 264,5 millions de dollars. Le groupe dirigé par Stéphane Richard cherche depuis de nombreux mois à se séparer de la plate-forme de vidéos en ligne ou à trouver un partenaire pour la développer. En 2013, Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, s'était opposé au rachat par l'Américain Yahoo! de Daily Motion.

Enfin vendredi, la place de Paris a pris connaissance de l’ordre du jour de la prochaine assemblée des actionnaires de Renault. Outre la cooptation de Cherie Bair comme administrateur, sont prévues de nouvelles limites d’âge des dirigeants dans les statuts du constructeur automobile. Renault propose d’abord de fixer à 72 ans celle du président du conseil Aujourd’hui âgé de 61 ans, Carlos Ghosn, PDG, en aura 64 en 2018 quand son mandat prendra fin. Si la résolution est votée, il pourrait alors en solliciter un autre ce qui l’amènerait jusqu’en 2022. Il sera alors âgé de 68 ans.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Pourquoi le Front National est devenu l’obsession de la droite et de la gauche

08/03/2015 - 07:41

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Emmanuel Macron s’impose comme un recours après Valls

01/03/2015 - 07:44