éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Emmanuel Macron s’impose comme un recours après Valls
par Yves de Kerdrel
En l’espace de moins de six mois le Ministre de l’Economie a réussi à ravir à Manuel Valls le rôle du seul socialiste capable de réformer la France. Plutôt que de plier l’échine devant les frondeurs, il a décidé de les attaquer de front de manière à incarner une gauche moderne et à accélérer la remise à plat du jeu politique. Tout en renvoyant la droite, toujours sans projet, à ses responsabilités.
Une interview-choc dans le Journal du Dimanche et surtout quelques propos bien enlevés retranscrits par le journal Le Monde daté de vendredi ont permis à Emmanuel Macron de retourner en quelques jours une situation politique qui l’avait mis en porte-à-faux avec l’utilisation du fameux article 49-3. Le Ministre de l’Economie n’a pas seulement renvoyé les frondeurs à leurs responsabilités. Il les a désignés de fainéants tout en les mettant dans le même bain politicien que la droite. Alors que Manuel Valls a choisi d’ignorer les frondeurs et le Parti socialiste de manière générale, Emmanuel Macron a choisi, lui de les attaquer de front.
De facto, il se situe désormais dans un possible après-Valls, dont on ne sait à quel moment il pourrait intervenir. Peut-être après les élections régionales, si le Premier Ministre a la capacité de tenir jusque-là. En attendant il lui faudra faire voter le texte de loi que prépare François Rebsamen sur le dialogue social avec la remise en cause des seuils sociaux. Un texte qui ne pourra passer qu’avec l’utilisation du 49-3 là encore à cause des jeux de posture à gauche comme à droite.
SARKOZY SANS IDEE NI PROJET
Emmanuel Macron reste convaincu que son texte pouvait être adopté à deux ou trois voix près. Certains observateurs proches de Manuel Valls estiment que si le vote avait eu lieu à bulletins secrets, le texte serait passé avec 400 voix, la plupart des députés de droite passant outre la consigne de l’UMP. En refusant de voter ce texte la droite a montré qu’elle était incapable de réformer. Elle a surtout raté une occasion de piéger le gouvernement en lui montrant qu’il avait besoin des voix de droite pour gouverner. A la place de cela, Nicolas Sarkozy s’est enfermé dans un corner d’où il aura beaucoup de mal à sortir.
La preuve en est que pendant que François Fillon continue à dérouler son programme de réformes (avec la semaine passée ses mesures pour le logement) et qu’Alain Juppé met en place une véritable « task-force », il ne se passe rien en termes programmatiques à l’UMP. Il existe un responsable du projet, Franck-Philippe Georgin qui est issu des anciennes équipes de Claude Guéant et dont les tropismes portent sur les questions identitaires, de sécurité ou d’immigration. Mais il ne s’intéresse en rien aux réformes économiques à mener, alors que son rôle est justement de commanditer des notes, des idées, des argumentaires.
LE REVE DE HOLLANDE POUR 2017
Le président de l’UMP se serait rendu compte à la fois de ces faiblesses structurelles et de son retour raté à la tête du principal parti d’opposition. C’est ce qui l’a amené à réactiver ses anciennes têtes pensantes. Notamment Xavier Musca, ancien directeur du Trésor, désormais numéro deux du Crédit Agricole ou Emmanuelle Mignon qui vient de quitter le Conseil d’Etat pour rejoindre le cabinet August & Debouzy et s’y occuper de droit public. En revanche il reste éloigné de Patrick Buisson avec lequel il est brouillé depuis un an à la suite de la révélation des enregistrements non autorisés faits par ce denier. Seul Laurent Wauquiez est resté en contact étroit avec celui qui a été, un moment, le principal conseiller politique de Nicolas Sarkozy. Et depuis quelques semaines, Bruno Lemaire aurait également repris langue avec lui.
Sur le front des affaires judiciaires entourant Nicolas Sarkozy, les différents dossiers semblent se ralentir. De l’avis de plusieurs juristes, plus aucun dossier ne serait aujourd’hui en mesure de placer l’ancien Chef de l’Etat en situation d’empêchement, davantage en raison des questions de procédure, de délais et de forme que de fond. C’est d’ailleurs le désir exprimé par François Hollande qui passe désormais ses journées à expliquer aux uns et aux autres qu’il souhaite affronter Nicolas Sarkozy en 2017. De manière à le battre dés le premier tour…
BRUXELLES MET LA PRESSION SUR LA FRANCE
Sur le plan économique l’actualité de la semaine a été marquée naturellement par les nouveaux échanges entre Paris et Bruxelles de manière à obtenir un nouveau sursis dans la poursuite de l’objectif de réduction à 3 % du déficit budgétaire. Plusieurs commissaires européens étaient favorables à la mise en place de sanctions immédiates contre Paris, dont le budget n’affiche même pas d’excédent primaire, à la différence de l’Italie ou de la Grèce. Pierre Moscovici a naturellement plaidé pour un sursis de trois ans jusqu’en 2018. Mais les commissaires allemands et finlandais ont réussi à créer un consensus en fixant l’échéance du nouveau sursis au printemps 2017. C’est-à-dire en pleine campagne électorale présidentielle en France.
Et pour être plus précise, la Commission européenne a fixé, vendredi, de nouveaux objectifs de réduction budgétaire à la France, exigeant qu'elle diminue plus que prévu son déficit public en 2016, avant d'atteindre 2,8 % de son produit intérieur brut (PIB) en 2017 par des mesures d'économies supplémentaires. La Commission attend un déficit public de 4 % du PIB en 2015 (au lieu des 4,1 % promis par le gouvernement français) ; de 3,4 % en 2016, là où Paris prévoit 3,6 % ; et de 2,8 % en 2017, année où le pays est censé repasser sous les 3 %. D’ores et déjà Bruxelles attend 4 milliards d’économies supplémentaires, dés cette année, de manière à réduire suffisamment le déficit structurel. Et ces 4 milliards ne sont pas encore trouvés. D’autant plus qu’il faut trouver un milliard pour l’effort de protection intérieure, annoncé en janvier par François Hollande et au moins 500 millions d’euros pour les opérations extérieures.
MEILLEURE CONFIANCE DES MENAGES
Si la fausse bonne alerte sur le chômage a vite été repérée par la plupart des économistes, puisqu’en fait d’une baisse de 19.000 de chômeurs de catégorie A au mois de janvier, la France a vu, en fait, ses chômeurs de catégorie A, B et C progresser de 16.000, en revanche le moral de nos compatriotes semble s’améliorer. Selon les données publiées par l’Insee en fin de semaine la confiance des ménages a gagné deux points en février (à 92) et, bien que toujours inférieure à sa moyenne de long terme (100), elle a retrouvé son plus haut niveau depuis mai 2012. Donc, depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande.
Autre indicateur intéressant : l’opinion des ménages sur le niveau de vue futur s’améliore pour le quatrième mois consécutif (+4 points en février) et atteint son plus haut niveau depuis juin 2012. Manifestement les ménages semblent percevoir l’effet de la baisse du prix de l’essence et du fuel et reportent leurs achats sur d’autres produits. Il n'est donc pas exclu que l'économie française commence – enfin à en profiter. Dans sa note de conjoncture de décembre, l'Insee avait évalué à + 0,4 point de PIB l'impact sur la croissance de la baisse du cours de l'or noir et de la dépréciation de l'euro d'ici à la fin juin 2015. L'institut avait laissé entendre que les premiers signes d'amélioration interviendraient en début d'année.
LE TAS D’OR DE VIVENDI
Du côté des entreprises, les publications de comptes de l’exercice 2014 se poursuivent sans grande surprise, et sans éclat particulier. Ce qui est normal compte tenu de la conjoncture économique. La seule publication vraiment marquante a été le fait de Vivendi qui est maintenant recentré sur Universal et sur Canal + et qui affiche une trésorerie nette de 4,6 milliards d’euros à laquelle va venir s’ajouter 7,45 milliards d’euros d’ici fin juin grâce au closing de la vente de GVT, et 3,9 milliards d’euros liés à la cession anticipée à Patrick Drahi des 20 % que Vivendi a conservés chez Numericable-SFR.
Dans un premier temps une partie de ces sommes va être restituée aux actionnaires. Ainsi, 5,7 milliards d’euros vont être rendus sous forme de dividendes et de rachats de titres sur la période 2014-2017. Vivendi versera un dividende au titre de 2014 de 1 euro, dont 0,8 euro correspondant à ses derniers désinvestissements. « L’objectif est de maintenir ce niveau de distribution au titre des exercices 2015 et 2016, représentant un retour aux actionnaires de 2 milliards d’euros supplémentaires. Le groupe prévoit également de racheter jusqu’à 2,7 milliards d’euros de ses propres actions. Si comme il le veut, Vincent Bolloré veut faire de Vivendi un Bertelsmann à la française, la logique pourrait l’amener à s’intéresser de près à Lagardère, dont le principal actionnaire est de plus en plus absent.
Toujours du côté des télécoms, il semblerait que les discussions entre Numericable-SFR et Bouygues aient repris concernant un rachat de Bouygues Telecom. C'est ce que confirme le Journal du Dimanche de ce jour. Patrick Drahi proposerait 7,5 milliards d'euros. Une somme que le groupe de BTP a refusée. Mais le journal dominical affirme que les échanges ne sont pas pour autant rompus. Ce qui est certain, c'est que Drahi veut Bouygues Telecom et sa dynamique très forte d'acquisition de nouveaux abonnés dans le fixe, comme dans le mobile grâce à la 4 G. Cela vaut bien plus que 7,5 milliards d'euros, si Bouygues est prêt à une cession. Ce qui semble bien peu probable à cette date.
LA TETE ET LES JAMBES CHEZ CASA
L’autre dossier chaud du moment concerne Areva, dont le montant cumulé des pertes, toutes liées à la gestion d’Anne Lauvergeon, représente un scandale plus important que celui qu’a été le Crédit Lyonnais en son temps. Avec les mêmes caractéristiques. Une entreprise publique où l’État n’a pas joué son rôle de surveillance. Une gouvernance totalement défaillante. Et sans doute quelques affaires à limite de la ligne jaune comme Uramin. Pour l’heure, le dossier est sur le bureau d’Emmanuel Macron qui a exclu toute augmentation de capital ou toute entrée d’EDF au capital du fabricant de centrales nucléaires. Même si le groupe doit revoir son business model et procéder à des restructurations internes, il y aura tout de même un sujet capitalistique à régler assez rapidement.
Enfin beaucoup de bruits affectent le groupe Carrefour depuis l’accident de santé qui a frappé Georges Plassat. Si la gestion quotidienne est pour l’heure entre les mains de deux directeurs généraux délégués, aucun des trois grands actionnaires : le groupe Arnault, Colony ou la famille Houzé n’envisagent, pour l’heure, une modification de la gouvernance. Il reste que la date de l’assemblée générale pourrait être décalée, de manière à permettre à Georges Plassat de bénéficier d’une convalescence appropriée.
Comme convenu Philippe Brassac, secrétaire général de la Fédération Nationale du Crédit Agricole a vu son nom proposé par le comité des nominations du Crédit Agricole SA afin de devenir le futur directeur général après le 20 mai. Mais pour l’ensemble de la Place de Paris, il est clair que ce dernier ne bénéficiera pas de la même autonomie que les précédents patrons de la Banque Verte. C’est Xavier Musca qui sera la véritable tête pensante du Crédit Agricole et qui définira la mise en œuvre de la stratégie. Philippe Brassac n’aura qu’un rôle de figuration, en tant que représentant des caisses régionales de crédit agricole, principales actionnaires de CASA.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / La semaine où l’UMP s’est rabaissée et où la gauche s’est fracturée
22/02/2015 - 00:16
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Hollande à l’aise à l’international, de nouveau en danger en France
15/02/2015 - 07:35

