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Hollande à l’aise à l’international, de nouveau en danger en France
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’Etat multiplie les initiatives diplomatiques depuis quelques semaines. Au profit d’un cessez-le-feu en Ukraine qui renforce finalement Poutine sans pour autant assurer la paix. En cherchant une issue pour la Grèce face à l’inflexibilité de l’Europe du Nord. Ou bien contre l’Etat Islamique. Ce qui lui a permis de nouer des relations intelligentes avec l’Egypte et profitables pour le Rafale. Mais les Français ne voient pas leur quotidien s’améliorer. Et François Hollande replonge dans les sondages à près d’un mois des élections départementales.

15/02/2015 - 07:35 Temps Lecture 12 mn.

Le Président de la République a été l’un des premiers, dimanche dernier à appeler le vainqueur socialiste de l’élection législative dans le Doubs après la place laissée vacante par le départ à Bruxelles de Pierre Moscovici. Cette élection n’est pourtant pas un succès pour le parti socialiste qui perdu des milliers de voix par rapport à ce que le candidat Hollande avait enregistré dans cette circonscription en 2012. De surcroit la montée en puissance du Front National constitue une arme à double tranchant pour le Parti Socialiste.

François Hollande n’ignore rien de cela. Puisqu’il est le premier à confier qu’en 2017, il se qualifiera facilement pour le second tour où il aura à affronter Marine Le Pen. C’est pour cette raison qu’à défaut de gagner des batailles économiques qui sont bien trop aléatoires, il a décidé, comme Jacques Chirac (qui alla même jusqu’à rêver du Prix Nobel de la paix) en son temps de déployer un activisme forcené sur un terrain que personne ne peut lui contester : celui des affaires étrangères. Après avoir tenté en vain de jouer les bons offices auprès de Bonn pour le nouveau gouvernement grec, il s’est donc attaqué cette semaine au dossier ukrainien.

FAUX ACCORD DE PAIX

Après seize heures de négociations ardues, Angela Merkel et François Hollande ont donc arraché aux dirigeants russe et ukrainien une déclaration de soutien à un accord de règlement du conflit. Le principal mérite de ce texte, en tout cas pour les Européens, est le cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur cette nuit à 0 h 00 et fait espérer un répit dans l'escalade militaire. Pour le reste, il s'agit d'un accord fragile et incomplet, qui fait la part belle aux intérêts de la Russie en Ukraine. Inspiré du premier accord de Minsk, signé le 5 septembre 2014 mais jamais appliqué, le nouveau texte n'évoque ni la fédéralisation ni la neutralité de l'Ukraine, dont Kiev avait fait des lignes rouges. Il respecte l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Mais il héberge en son sein une bombe à retardement: le contrôle de la frontière russo-ukrainienne. Cela signifie de facto la fin de l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Paraphé par les séparatistes et des représentants ukrainiens, le texte de l'accord n'a pas été signé par la partie russe. Si le cessez-le-feu est respecté, l'Est ukrainien pourrait devenir un conflit gelé. Un statut qui affaiblit le gouvernement central et empêche tout rapprochement avec des alliances internationales comme l'Otan, la principale ligne rouge de Moscou. L'avenir du cessez-le-feu et de l'accord «Minsk 2» ne dépend pas seulement de Vladimir Poutine mais aussi des Occidentaux. A Moscou le texte est lu comme une promesse de paix qui mérite la fin des pressions et l'allégement des sanctions. En revanche, les occidentaux, et notamment les Etats-Unis y voient une occasion d’aider les ukrainiens en leur livrant des armes. Ce qui a été évité jusqu’à présent.

A droite, François Fillon, qui entretient des liens de proximité avec Vladimir poutine, a été le seul à saluer le rôle de François Hollande. Il a félicité le Chef de l’Etat et jugé bon que la France et l’Allemagne parlent d’une même voix estimant que c’est là le retour de ce que devait être l’Europe, le contraire de ce qu’a fait François Hollande depuis deux ans. De surcroit, il a ajouté que les Américains ont commis une quantité d’erreurs depuis le début de cette crise qui ne les qualifient pas pour continuer à discuter avec la Russie.

LE SUCCES DE LE DRIAN

Cette actualité internationale a fait taire toute actualité politique à l’intérieur du pays. D’autant plus que la France a fêté en fin de semaine la signature, qui aura lieu demain rue Saint-Dominique, de la première vente de Rafale à un pays étranger, l’Egypte en l’occurrence. Un succès que l’on doit, presque uniquement à Jean-Yves Le Drian, qui s’est démené comme un diable depuis novembre dernier pour aboutir à cet accord sentant bien l’appétit du nouveau rais égyptien pour un équipement de qualité lui permettant de participer à la lutte contre l’Etat Islamique.

Seule l’UMP a continué de faire entendre ses divisions après le conseil national houleux qui s’est tenu le week-end dernier, et durant lequel Alain Juppé a été sifflé. Tous ceux qui passent leurs journées Rue de Vaugirard estiment que Nicolas Sarkozy déploie une énergie incroyable pour rassembler. Mais sans but et sans vision. Ce qui effraie tous ceux qui assistent impuissants à la montée du Front National. Faute de projet alternatif, l’UMP a décidé de réfléchir sur la question de l’Islam en France. Début avril, au lendemain des élections départementales, le parti tiendra une journée de travail sur ce sujet. Elle sera pilotée par Henri Guaino, aujourd’hui député des Yvelines, et Gérald Darmanin, député du Nord et maire de Tourcoing.

SARKOZY NE VEUT PAS VEXER JUPPE

Son objectif à travers cette timide initiative vise à répondre aux inquiétudes de son électorat tout en lançant des clins d’œil en direction de celui du Front national. Lors du conseil national de l’UMP l’ancien chef de l’Etat n’a pas caché sa volonté de contrer le parti de Marine Le Pen. C’est aussi une manière de placer Alain Juppé en difficulté. Reprenant la parole cette semaine devant des militants le maire de Bordeaux a fait l’éloge de la modération. Et pour lui, la modération, consiste à rappeler que le grand échec de l’UMP, c’est en 2012, « quand les centristes nous quittent.» La modération, c’est même aller jusqu’aux socio-démocrates du PS, déçus du hollandisme. Un discours qui a encore beaucoup de mal à passer auprès des sympathisants de droite. Comme en témoignent les derniers sondages.

A la fois Nicolas Sarkozy veut tout faire – sans doute trop pour une partie de la droite – afin qu’Alain Juppé reste dans le giron gaulliste et ne devienne pas le candidat du centre. Et par ailleurs, de manière à freiner la montée en puissance de son rival, l’ancien Président n’hésite plus à soutenir ouvertement Bruno Le Maire qui « drague » sur les mêmes terres qu’Alain Juppé, tout en ayant un discours plus ferme dans le domaine identitaire. Ce jeu de billard à trois bandes peut naturellement se retourner contre Nicolas Sarkozy. Si le député d’Evreux finissait par dévorer la créature qu’il l’a créé.

LE MIRACLE HOLLANDAIS

Dans le domaine économique, l’actualité a été dominée par la publication des chiffres de la croissance pour l’année écoulée. Le PIB de la zone euro a donc augmenté de 0,9% en 2014 selon la première estimation publiée vendredi par Eurostat. Un chiffre un peu meilleur que celui qu’attendait la Commission européenne. Début février, elle tablait encore sur une croissance de 0,8%. Dans l’Europe à 28, la hausse atteint 1,4%, toujours selon Eurostat. Ces chiffres meilleurs que prévu sont liés au dynamisme de la zone hanséatique. L’économie néerlandaise a enregistré au quatrième trimestre une croissance supérieure aux attentes, de 0,5%.

S’agissant de la France, le produit intérieur brut a enregistré une croissance de 0,4% en 2014, selon l'Insee, en ligne avec les prévisions du gouvernement. Au quatrième trimestre, la croissance a progressé de 0,1 %, après 0,3 % au troisième, 0,1 % au deuxième et zéro au premier. Point noir de ces statistiques, l'investissement a reculé de 1,6 % sur l'ensemble de l'année 2014, après – 0,8 % en 2013. Ce repli est particulièrement marqué pour les ménages (– 5,8 %) alors qu'un petit redémarrage est visible chez les entreprises non financières (+ 0,3 % après – 0,6 % en 2013). Autre moteur très surveillé de la croissance française, la consommation des ménages a légèrement augmenté en 2014 (+ 0,6 %, après + 0,3 % en 2013), mais elle a ralenti au dernier trimestre.

Contrairement à la France, l’Allemagne a fini l’année 2014 en beauté. Au quatrième trimestre, l’économie allemande a progressé de 0,7 % par rapport au trimestre précédent, a annoncé, vendredi, l’office fédéral de la statistique. Ce dernier, qui avait annoncé mi-janvier, que la croissance avait été de 1,5 % sur l’ensemble de l’année 2014, sans donner le détail du dernier trimestre, a corrigé ce chiffre à la hausse en le portant à 1,6%. La bonne surprise du quatrième trimestre s’explique par une pluralité de facteurs : la demande intérieure a progressé, les investissements, notamment dans le BTP, sont également en hausse, tout comme les exportations. Résultat de cette croissance : au quatrième trimestre 2014, l’Allemagne comptait 43 millions d’actifs, soit 412 000 de plus qu’un an auparavant.

PIGASSE S'AGITE A ATHENES

Sur le dossier grec, aucune solution n’a encore été trouvée. Mais il semble que le nouveau gouvernement d’Athènes revienne depuis quelques jours à des demandes un peu plus réalistes. Cela a été l’un des principaux sujets abordés lors de l'Eurogroupe, jeudi dernier à l’issue de la réunion, à Bruxelles, des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne. Les ministres des finances de la zone euro ont passé près de six heures à travailler sur le texte d’un accord. Selon les informations de WanSquare l’agrément de tous y compris d’Athènes était là. D’autant plus qu’il évitait de mentionner la troïka des créanciers. Ce projet mentionnait aussi une extension du deuxième plan d’aide financier à la Grèce, qui s’achève théoriquement le 28 février, mais en tenant compte des nouveaux projets du gouvernement grec. Il s’agissait, en l’occurrence, de se donner de la marge pour négocier, dans les jours ou les semaines qui viennent, entre Athènes et le reste de l’eurozone, une liste de réformes à mettre en place en Grèce. Mais, après un coup de téléphone à Athènes, Yanis Varoufakis, le ministre des finances grec, est revenu sur ce pré-accord.

Dès lors, c’est la nouvelle réunion de l’Eurogroupe, prévue demain qui s’annonce décisive : elle est présentée comme le rendez-vous de la dernière chance pour trouver un accord entre Athènes et le reste de l’Eurozone. Selon Alexis Tsipras, le seul objet des pourparlers en cours et de la prochaine réunion de l'Eurogroupe lundi sera la transition entre le programme actuel, qui arrive à échéance le 28 février, et le nouveau programme grec. Pour aboutir à un accord, il faudra que les engagements du gouvernement grec soient suffisamment précis. Que celui-ci donne une idée des réformes qu’il pourrait mettre en place. C’est ce à quoi s’emploie Mathieu Pigasse, le patron de Lazard Paris.

LE RETOUR DES RICARD

Sur le front des entreprises, la grande surprise de la semaine écoulée a été l’annonce par la Société générale de son projet visant à supprimer 1 500 postes en 2015 au sein de sa filiale russe Rosbank. Une réduction de postes de même ampleur avait déjà été réalisée, en 2014, au sein de Rosbank, qui fait face à la situation économique dégradée de la Russie. La Société générale est l’une des banques étrangères les plus exposées en Russie depuis sa montée au capital de Rosbank, dont elle détient 99,4 %). En dépit de ces difficultés, la banque dirigée par Frédéric Oudéa a publié un bénéfice net part du groupe au titre de 2014 de 2,7 milliards d’euros, en hausse de 32 %, quand BNP Paribas, n’a récolté que 157 millions d’euros, après prise en compte de l’amende américaine de 6,6 milliards d’euros.

A l'âge de quarante-deux ans, Alexandre Ricard, neveu de Patrick Ricard devient donc, comme cela était prévu, PDG de Pernod Ricard. La famille, qui détient 13,1 % du capital et 20 % des droits de vote, revient donc aux commandes après un intermède de cinq ans. Une nouvelle gouvernance est instaurée avec la réunification des fonctions de président et de directeur général. Sa tante, Danièle Ricard, a démissionné de ses fonctions de présidente du conseil d'administration et d'administrateur. Veronica Vargas, arrière-petite-fille de Paul Ricard, le fondateur, lui succède au poste d'administrateur. Pierre Pringuet, 65 ans, directeur général depuis cinq ans, reste au conseil d'administration au poste de vice-président. Alexandre Ricard semble vouloir renouer très vite avec la croissance externe.

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