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Hollande veut profiter de sa conférence presse pour amplifier son rebond
par Yves de Kerdrel

Engagé dans une guerre de popularité contre son Premier Ministre, François Hollande a avancé à jeudi prochain sa prochaine conférence de presse, au cours de laquelle il devrait accorder une large place à la lutte contre l’islam radical et à la mise en place de dispositifs comme le service civique facultatif. Autant de sujets destinés à faire perdurer l’esprit du 11 janvier et l’unité nationale.

01/02/2015 - 07:34 Temps Lecture 13 mn.

L’événement de la semaine en matière politique devrait avoir lieu jeudi après midi à l’Elysée où François Hollande va tenir sa cinquième grande conférence de presse semestrielle. Dans l’entourage du Chef de l’Etat certains avaient imaginé de délocaliser ce rendez-vous pour lui donner plus d’importance. Mais François Hollande, désireux de rester dans la gravité des attaques terroristes, a opté pour le décor traditionnel de la salle des fêtes de l’Elysée.

Depuis jeudi dernier l’agenda du Chef de l’Etat a été profondément allégé afin de lui permettre de préparer de manière active de grand rendez-vous avec la presse, les leaders d’opinion et les français. Il est convaincu qu’il tient là une chance de transformer le rebond provisoire de popularité dont il bénéficie actuellement en tendance durable. Il compte profiter de l’esprit du 11 janvier pour montrer qu’il a enfin endossé les habits d’un Président, moins partisan, plus autoritaire, moins hésitant et plus décidé.

VALLS CREUSE L’ECART SUR HOLLANDE

Afin de préparer cette conférence de presse il a commencé à recevoir beaucoup de représentants de la société civile. Par exemple des chefs d’établissements, des élus de banlieue ou des intellectuels, tous de droite comme de gauche, pour redonner un sens à la citoyenneté abimée après les incidents qui ont émaillé l’après 11 janvier. Il va également accorder une large place à l’international, qui est son domaine réservé, et où son leadership a été renforcé récemment. Autant de sujets qui permettent de ne pas parler de l’actualité qui fâche (les chiffres du chômage, la mauvaise confiance des français, les terribles chiffres de la délinquance) et de se réserver des thèmes peu clivants. Enfin François Hollande devrait parler d’Europe surtout après le choc des élections grecques. Surtout après son diner en privé avec Angela Merkel improvisé vendredi soir.

A l’Elysée, tout s’organise donc pour faire en sorte que cette grand-messe présidentielle permette à François Hollande d’asseoir sa nouvelle popularité et surtout de réduire l’écart qu’il affiche désormais par rapport à son premier ministre. Car la popularité de François Hollande grimpe toujours mais pas les intentions de vote pour le PS à la prochaine élection présidentielle. Un sondage CSA pour RTL publié vendredi crédite la présidente du Front national de 29% des voix, que le candidat PS soit François Hollande ou Manuel Valls. Mais le plus intéressant, c’est que pour se qualifier au second tour de l'élection présidentielle, la rue de Solferino aurait tout intérêt à être représentée par Manuel Valls, indique l'enquête. Si François Hollande était le candidat PS, il serait éliminé au premier tour.

SARKOZY EN PANNE SECHE

Sur le fond la plupart des proches de l’Elysée attendent des annonces en matière de laïcité, d’école, et de politique de la ville. Son ancien conseiller, Gilles Clavreul, aujourd'hui délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, a été chargé de préparer un grand plan pour la fin du mois. L’idée de réservistes citoyens œuvrant dans les services publics comme l’éducation nationale ou la santé, devrait également être évoquée par M. Hollande. La mesure phare reste l’extension du service civique, chère au président depuis plusieurs mois, dont il détaillera les chiffres, le calendrier précis, le coût et les modalités.

A droite rien ne s’arrange pour Nicolas Sarkozy, deux mois après son élection à la tête du parti. L’ancien président ne fait plus recette. Ni à la télévision où sa dernière prestation a été très décevante sur le fond comme sur la forme et en termes d’audience avec seulement 5 millions de téléspectateurs. Jeudi dernier il a repris ses déplacements en France en commençant par Tourcoing, la ville de son chouchou Gérald Darmanin. Il y a rencontré des médecins devant lesquels il a vivement critiqué la réforme de la santé de Marisol Touraine. Il a également tenu un meeting offensif au cours duquel il a rappelé que le calendrier actuel imposait le rassemblent pour préparer les élections départementales de mars.

MACRON FAIT AVANCER SON TEXTE

Une pierre dans le jardin d’Alain Juppé qui a donné un coup d’accélérateur à sa candidature cette semaine avec un premier déplacement en province et une interview accordée au Figaro-Magazine. L’ancien premier ministre qui ne voulait pas toucher à l’ISF il y a un an parce que « c’est un symbole » affirme vouloir le faire disparaître aujourd’hui parce que « c’est un symbole ». Allez comprendre ! En même temps il qualifie la loi Macron de "fourre-tout hétéroclite", qui a été élaboré sans concertation. Ce qui n’est pas vraiment la réalité. Enfin sur les questions d’identité il reste piégé par la publication de son texte sur l’identité heureuse en septembre dernier dans lequel il expliquait qu’il n’y avait pas de problème avec l’Islam en France.

Sur le front parlementaire, c’est toujours la loi Macron qui est en débat pour au moins encore une semaine. La presse s’est mobilisée cette semaine sur une disposition du texte destinée à protéger le secret des affaires. Les entreprises françaises étant bien plus vulnérables que les autres dans ce domaine. Les journalistes l’ont donc emporté, puisque les articles sur ce sujet qui devaient être intégrés au projet de loi Macron actuellement en discussion à l’Assemblée nationale en seront finalement écartés. La décision a été prise dans la soirée de jeudi 29 janvier, à l’issue de discussions entre François Hollande et son ministre de l’économie.

INCERTITUDES A ATHENES

A l’international, c’est bien sûr vers Athènes que tous les regards ont été tournés cette semaine avec la victoire de l’extrême gauche aux élections législatives de dimanche dernier. A peine nommé, le nouveau gouvernement grec d’Alexis Tsipras a annoncé, mercredi, sa volonté de stopper le processus de privatisation du port du Pirée et de DEI, la compagnie nationale d’électricité. Au-delà de ces deux entreprises, c’est l’ensemble du programme de privatisation, lancé en 2011 par les autorités grecques, qui est en réalité aujourd’hui sur le point de prendre fin.

Ces privatisations s’inscrivaient dans le cadre des engagements pris par les pouvoirs publics grecs vis-à-vis de leurs bailleurs de fonds internationaux, réunis dans la Troïka. L’objectif de ces opérations était double : à la fois budgétaire, en faisant rentrer des liquidités dans les caisses de l’Etat grec, et structurel, avec l’idée que privatiser une entreprise renforce sa compétitivité et son efficacité. À ce jour, depuis 2011, des accords de vente ont été conclus à hauteur de 5 milliards d’euros, sur lesquels 3 milliards auraient déjà été récoltés par l’Etat grec. Ce qui est très éloigné des premiers objectifs affichés avec 50 milliards de recettes escomptés.

CRAINTES DE DISLOCATION DE L’EUROPE

Le plus curieux dans ce changement de gouvernement c’est qu’il a été salué par toute la classe politique et par la plupart des européens, sauf l’Allemagne, alors qu’il annonce une dislocation à plus ou moins brève échéance de l’Europe avec la montée en puissance de forces centripètes comme Podemos en Espagne ou Ukip en Grande-Bretagne. Dés jeudi Martin Schulz, le président du Parlement européen s’est précipité à Athènes pour faire allégeance, suivi par Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe vendredi. Dans un premier temps certains veulent s’assurer que le nouveau pouvoir ne veut pas d’un Grexit.

Les Européens veulent savoir à quoi s’en tenir concernant le deuxième plan d’aide à la Grèce (130 milliards d’euros, accordés à partir de 2012). Celui-ci doit théoriquement se clore fin février 2015, avec le versement d’une dernière tranche de financements internationaux (environ 3,6 milliards de la part des Européens), en échange de réformes supplémentaires en Grèce. Jeudi, le président de l’eurogroupe a indiqué que le nouveau gouvernement grec risque de compromettre les réformes et la reprise économique s’il s’en tient aux promesses faites pendant la campagne électorale tout en se disant prêt à écouter les propositions d’Athènes pour alléger le fardeau de la dette publique grecque.

SITUATION CRITIQUE EN FRANCE

Sur le plan économique les principaux indicateurs de la semaine sont la nouvelle hausse du chômage en France. On a compté 174 800 chômeurs de plus en 2013, 189 000 en 2014 et 572 000 depuis le début du quinquennat de François Hollande. Au total, fin décembre 2014, la France comptait 3 496 400 sans-emploi. Un record. Si l’on ajoute à ce stock les personnes en activité réduite, 5,2 millions (5 218 200 exactement) étaient inscrites à Pôle emploi. Cette montée du chômage se traduit par une forte hausse de l’épargne avec 21 milliards d’euros de collecte nette en assurance-vie en l’espace d’un an et le plus faible taux de français détenteur d’un crédit à la consommation comme à l’immobilier.

Aux Etats-Unis la situation reste totalement opposée. La confiance du consommateur américain a atteint en janvier son niveau le plus élevé en plus de sept ans dans un contexte d'optimisme croissant sur le marché de l'emploi. Son indice de confiance ressort sur le mois en cours en hausse à 102,9 contre 93,1 en décembre, soit un pic depuis août 2007. Les économistes interrogés par Reuters l'attendaient en moyenne à 95,1. L'indice de décembre a été révisé en hausse après avoir été initialement annoncé à 92,6. Par ailleurs, selon le département du Commerce, l’économie américaine a enregistré une croissance de 2,6% en rythme annualisé au quatrième trimestre, contre 5% au troisième et 3% estimé par le marché.

EDF-INVEST SUR LE DOSSIER EUROSTAR

Enfin s’agissant de la zone euro, l'inflation calculée en rythme annuel continue de s'enfoncer dans le rouge pour le deuxième mois consécutif : en janvier, tirée vers le bas par les prix de l'énergie, l'inflation de la zone euro s'affiche en baisse de 0,6 %, après -0,2 % en décembre. Un mauvais chiffre qui va assurément alimenter les craintes de déflation et ce d'autant plus que hormis dans les services ou les prix progressent de 1 %, les autres postes de l'indice baissent. La menace de déflation augmente encore les attentes envers la BCE et son programme de rachats de dette, vu par certains comme la dernière arme pour revivifier l’économie.

Tout bouge très vite chez EDF depuis l’arrivée de Jean-Bernard Lévy. L’électricien français serait ainsi intéressé par le processus de vente par l'Etat britannique des 40 % qu'il possède dans le capital d'Eurostar. Une présélection des prétendants au rachat, évoquée mi-décembre, a bien été effectuée. Selon les informations de WanSquare au moins cinq offres ont été retenues. La date limite de dépôt est le 23 février. Les 40 % d'Eurostar seraient valorisés entre 300 et 400 millions de livres. EDF est donc bien partie prenante du consortium mené par GIC, le fonds souverain de Singapour.

NOUVEAUX CANDIDATS POUR SANOFI

Les deux partenaires y sont à parité, EDF intervenant via son véhicule d'investissement dans le non-coté, EDF Invest, créé par Thomas Piquemal, le directeur financier du groupe. Le consortium est conseillé par un fin connaisseur de l'électricien public comme du groupe SNCF : David Azema, qui a rejoint la banque d'affaires Bank of America-Merrill Lynch à Londres après son départ de l'Agence des participations de l'Etat l'été dernier. Il était avant cela bras droit de Guillaume Pepy à la SNCF. Un autre consortium mené par le fonds d'investissement britannique 3i allié à Predica, une filiale du Crédit Agricole, a passé le premier tour. Une alliance entre la Caisse de Dépôt et Placement du Québec et le fonds d'investissement britannique USS serait encore aussi sur les rangs.

Du côté de Sanofi il semblerait que les choses avancent concernant le recrutement d’un nouveau directeur général. Serge Weinberg, le président du groupe est à la manoeuvre. Selon plusieurs administrateurs que WanSquare a pu joindre, deux candidatures seraient très avancées. D’une part celle de Eric Cornut, ancien chief commercial officer de Novartis, désormais chargé des affaires institutionnelles du groupe. D’autre part celle de Hervé Gisserot, responsable des activités chinoises de GlaxoSmithKline. Le seul problème, c’est que ces deux noms de font pas l’unanimité du Comité des nominations.

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