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Yves de Kerdrel
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La politique reprend ses droits autour des débats sur la loi Macron
par Yves de Kerdrel
Si la France reste encore sous le coup de l’émotion et à l’heure de l’unité nationale, petit à petit la politique reprend ses droits. Notamment à gauche avec de vifs débats en commission sur la loi Macron. Avec les interventions de Ségolène Royal en faveur du nucléaire. Et avec la préparation des élections départementales qui risquent de faire apparaître une nouvelle poussée du Front National.
C’est un fait : François Hollande et surtout Manuel Valls continuent à faire un parcours sans faute après la vague de terreur qui a frappé la France dans le sillage de la tuerie de Charlie Hebdo et d’une supérette casher. Le Président de la République reste sur le registre de l’hommage aux victimes et aux forces de l’ordre de manière à maintenir un climat d’unité nationale aussi longtemps que possible. Un positionnement qui lui a fait gagner cinq points dans le dernier baromètre du Figaro Magazine.
Mais c’est surtout le Premier Ministre qui a fait preuve d’une stature d’homme d’état dans cette crise. A la fois pendant la gestion des évènements où s’est réveillé le caractère de l’ancien premier flic de France. Ensuite pendant la marche du 11 janvier. Enfin et surtout devant les parlementaires où il a tenu un discours très ferme et largement éloigné de certaines déclarations angéliques sur « les loups solitaires » Le Locataire de Matignon a clairement affirmé sa détermination de combattre cet ennemi de l’intérieur. Une déclaration ovationnée par la totalité de l’hémicycle.
VALLS POUSSE SON AVANTAGE
C’est dans le sillage de ces propos que Jean-Yves Le Drian a su convaincre le Chef de l’Etat d’annoncer, sur le Porte-avions Charles de Gaulle, un retour en arrière sur la politique de réduction des effectifs de nos forces armées. Un retour en arrière qui a de bonnes chances d’être suivi par une remise à plat complète de notre dispositif militaire (opérations extérieures, renseignement, achat de drones,…) Là encore, c’est entre Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian, le SGDN et le général de Villiers, chef d’Etat major des armées, que toutes les décisions les plus importantes ont été prises de manière à faire prendre conscience au Chef de l’Etat des nouvelles menaces.
Manuel Valls compte bien pousser plus loin son avantage dans ce nouvel environnement, surtout à un moment où la nature reprenant le dessus, le Chef de l’Etat a vite renoué avec ses malheureuses petites blagues. Il compte encore plus s’appuyer sur son quarteron de fidèles : Emmanuel Macron, François Rebsamen, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius afin d’imposer sa ligne et de marginaliser les deux icônes de la gauche du PS qui ont fait preuve d’amateurisme au cours des derniers jours : Najat Belkacem et Christiane Taubira.
DUEL ENTRE DUFLOT ET MACRON
Par ailleurs compte tenu du lien direct dont il dispose avec certaines personnalités de droite, il pourrait vite reprendre l’initiative dans la lutte anti-terrorisme et sur la question identitaire. En commençant par donner satisfaction à François Baroin, le président de l’Association des Maires de France qui a exigé une position claire de l’Etat sur l’interdiction faite aux mairies et associations de cofinancer la construction de mosquées.
A gauche l’unité nationale a été vite rompue par Cécile Duflot. Jeudi dernier, en début de soirée, l'ancienne ministre du logement du gouvernement Ayrault a participé aux travaux de la commission spéciale de l'Assemblée nationale sur le projet de loi défendu par Emmanuel Macron. Bien qu'elle n'en soit pas membre, elle peut y prendre la parole mais sans avoir le droit de voter sur les amendements. Cécile Duflot s'est invitée dans les débats lorsqu'il s'est agi d'examiner les mesures relatives à l'urbanisme. L'une d'elles vise à développer les logements intermédiaires en permettant aux communes d'augmenter le nombre de mètres carrés constructibles sur une parcelle donnée.
ALAIN MINC DERRIERE JUPPE
Selon les informations de WanSquare, le débat a été beaucoup plus vif durant l'examen d'un autre article, qui modifie les obligations pesant sur un propriétaire lorsqu'il veut vendre son bien alors que ce dernier était, jusqu'alors, loué à des particuliers. Les dispositions prises ont eu pour effet de permettre aux occupants de rester dans les lieux durant plus de dix ans, a expliqué Emmanuel Macron. Cécile Duflot s’énervant, le Ministre de l’économie lui a répondu que ses affirmations relevaient de la posture. Dans l’état actuel il manquerait une trentaine de voix, selon les décomptes faits à Matignon afin de faire voter la loi Macron. Et ce ne sont pas les quelques députés de droite prêts à voter certains articles qui pourraient compenser ce déficit d’approbation à gauche.
A droite, l’actualité reste toujours très limitée avec une UMP qui est bridée par les contraintes de l’unité nationale et sa réorganisation. A noter toutefois qu’Alain Minc, qui n’a jamais caché sa sympathie pour Nicolas Sarkozy a déclaré au journal L’Opinion qu’il penchait désormais pour le Maire de Bordeaux dans la perspective de la prochaine présidentielle. Le conseil de nombreux patrons du CAC 40 estime que l’ancien premier ministre serait un rempart contre Marine Le Pen, contrairement à l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Car Alain Minc est convaincu que la présidente du FN sera qualifiée pour le second tour de la prochaine élection présidentielle.
PERSPECTIVES NOIRES SUR L’EMPLOI
Du côté de la macro-économie, l’actualité a largement repris sur tous les fronts. En France, on appris que le déficit budgétaire s’élève finalement à 85,6 milliards d’euros pour 2014, soit une diminution de 3,4 milliards d’euros par rapport aux dernières prévisions de la loi de finances rectificative de la fin de l’année (89 milliards) et de 1,4 milliard par rapport à la prévision associée à la loi de finances pour 2015 (87 milliards). Deux éléments expliquent ce bon résultat. Les dépenses de l’Etat ont été maîtrisées tout au long de l’année. Le deuxième élément porte sur les recettes fiscales, qui se sont avérées supérieures de 2 milliards d’euros aux prévisions retenues dans la loi de finances rectificative de décembre 2014.
A coté de cette nouvelle meilleure que prévu sur le plan budgétaire, les informations ne sont pas meilleures sur le front de l’emploi. L’Unedic a publié de sombres pronostics, vendredi 16 janvier. Ils prévoient une hausse du taux de chômage à 10,3 % en métropole fin 2015, contre 9,9 % actuellement. Le nombre de chômeurs sans aucune activité devrait s’établir dans un an à 3,6 millions de personnes, contre un peu moins de 3,5 millions actuellement. En comptant les chômeurs ayant une activité réduite, le nombre d’inscrits à Pôle emploi pourrait grimper de 5,2 à près de 5,4 millions de personnes. En cause le timide retour de la croissance, que l’Unedic estime à 0,8 % pour 2015 en accord avec le consensus des économistes. Un chiffre insuffisant pour créer assez d’emplois.
L’ALLEMAGNE PLUS FORTE QUE JAMAIS
Cette nouvelle montée du nombre de chômeurs va se traduire par une forte hausse du déficit de l’Unedic. Alors que l’assurance-chômage prévoyait encore en septembre de réduire son déficit en dessous de 3,7 milliards d’euros en 2015 (contre près de 4 milliards en 2013), celui-ci devrait finalement se stabiliser en 2014 puis déraper à plus de 4,6 milliards en 2015. L’Unedic, qui est déficitaire depuis 2009 et le début de la crise, va voir sa dette totale grimper à près de 26 milliards à cet horizon. Si bien que l’actuelle convention, rentrée en vigueur début octobre, ne permettra pas de stabiliser le déficit comme espéré, malgré les 600 millions d’euros d’économies prévues par le texte.
En revanche, de l’autre côté du Rhin les nouvelles restent plus que bonnes. L’an passé, la croissance allemande a atteint + 1,5 %, au lieu du + 1,2 % prévu. Après une médiocre année 2012 (+ 0,4 %) et un exercice 2013 atone (+ 0,1 %), l’économie semble donc repartie. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, a annoncé, en début de semaine que l’Etat fédéral avait fini l’année 2014 en équilibre et non avec un déficit de 6,5 milliards d’euros comme prévu. Grâce à la baisse des taux, les intérêts de la dette ont été moins élevés que prévu et les recettes fiscales meilleures que prévu. De fait, pour la première fois depuis 1969, le budget allemand est excédentaire.
LA SUISSE ANTICIPE LES MESURES DE LA BCE
Autre actualité européenne : jeudi 15 janvier au matin, la Banque nationale suisse annonçait par communiqué qu’elle mettait fin sur le champ au taux plancher de 1 euro pour 1,20 franc suisse, qui arrimait la monnaie helvétique à celle de la zone européenne et l’empêchait de s’envoler depuis trois ans et demi. Même la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, s’est dite surprise par ce revirement.
Pour beaucoup cette décision, prise quelques jours avant que la BCE lance probablement son programme de rachats de dettes souveraines le 22 janvier, constitue une anticipation assez naturelle d’une accélération de la baisse de l’euro. Si le krach boursier qui est intervenu en Suisse n’a pas eu de conséquence à Paris. En revanche, la panique commence à se répandre en Europe centrale et orientale. La flambée de la devise helvète risque d’y pénaliser les ménages qui ont contracté des emprunts en francs suisses. Avant la crise, ces prêts étaient très populaires dans certains de ces pays, car souvent moins chers.
ECHEC POUR LA NEGOCIATION SUR LE DIALOGUE SOCIAL
La discussion engagée par les partenaires sociaux à l’automne à la demande du gouvernement sur le dialogue social a commencé à vraiment avancer vendredi soir avant de capoter finalement samedi matin à l’aube. Les partenaires sociaux se sont donc séparés hier au petit matin sans avoir réussi à trouver un compromis sur la modernisation du dialogue social. Le Medef a proposé qu’ils se retrouvent dès cette semaine mais aucune date n’a été fixée. Un élément qui va gâcher les vœux du président de la République aux forces économiques et aux acteurs de l’emploi prévus ce lundi matin. De son côté Alexandre Saubot qui conduisait la délégation patronale reste optimiste sur la capacité à renouer le dialogue. Il reste qu’aucune date n’a été fixée alors que le gouvernement a annoncé qu’accord ou pas, il présenterait un projet de loi au parlement au deuxième trimestre.
L’événement de la semaine à venir réside naturellement dans la tenue du Forum de Davos. Quarante chefs d’Etats, dont François Hollande attendu le 23 janvier, et pour la première fois plus de 2500 participants venant de 140 pays, se sont donné rendez-vous au Forum économique qui se tiendra du 21 au 24 janvier prochains avec pour thème « le nouveau contexte global ». Cette 45e édition sera co-présidée par Eric Schmidt (Google), Jim Yong Kim (Banque Mondiale), Hari Bhartia (Jubilant), Katherine Garrett-Cox (Alliance Trust), Winnie Byanima (Oxfam) et Roberto Egydio Setubal (Itau Unibanco).
L’ACTIVITE RALENTIE PAR LES ATTENTATS
En matière de business, l’attaque terroriste de la semaine dernière pèse sur la fréquentation de Paris et sur l’activité économique. S’il est encore trop tôt pour en mesurer la portée, ses répercussions n’en sont pas moins tangibles, en particulier dans l’hôtellerie. Le cabinet MKG Hospitality fait état de baisse du taux d’occupation des établissements de 3 à 5 points, voire de 4 à 6 points pour le haut de gamme et luxe, sur la période 9-12 janvier. A court terme, la Fashion Week, qui commence à la fin de la semaine prochaine, sera un bon test. Concernant les spectacles, le bilan est plus mitigé. On constate un fléchissement des réservations depuis la dernière semaine pour des dates à venir.
Sur un tout autre sujet, la Caisse centrale de réassurance vient de finaliser sa nouvelle gouvernance, avec la nomination de son directeur général. Son choix s’est porté sur Bertrand Labilloy, actuellement directeur des affaires économiques et financières à la FFSA. Sa nomination a été entérinée vendredi après-midi, lors d’un conseil d'administration. Le groupe public a été rapide pour trouver le dirigeant qui travaillera en tandem avec Pierre Blayau, son nouveau président. Ce dernier a été nommé il y a un mois pour prendre la suite de Stéphane Pallez, partie diriger la Française des Jeux. A cette occasion, il avait été annoncé une dissociation des fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général, alors que Stéphane Pallez était PDG.
Enfin, à noter le débarquement brutal de José Luis Duran de la présidence de Lacoste qui vient d’être remercié par son actionnaire, le groupe suisse Maus Frères. L’actuel PDG sera remplacé, dès lundi, par Thierry Guibert. Après avoir débuté dans le groupe de conseil KPMG, il a effectué une bonne partie de sa carrière dans la galaxie Pinault, chez PPR devenu Kering et à la Fnac. Depuis 2008, il dirigeait le distributeur de meubles Conforama. Il en avait annoncé son départ en décembre.
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