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Hollande veut éclipser Valls en ce début d’année
par Yves de Kerdrel

A défaut de faire des annonces de réformes dont il n’a plus la maitrise, le Chef de l’Etat a décidé de transformer cette période des vœux en temps fort de présence sur les fronts médiatiques et institutionnels. Au risque de banaliser sa parole et de gêner l’action réformatrice du Premier Ministre, dont le grand rendez-vous aura lieu le 26 janvier avec le débat de la Loi Macron.

04/01/2015 - 07:58 Temps Lecture 12 mn.

De la même manière que Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur prenait systématiquement la parole deux jours avant un grand rendez-vous médiatique de Jacques Chirac. De la même manière Manuel Valls continue de préempter la prise de parole de l’exécutif. C’est ce qui l’a amené à déclarer lundi au journal espagnol El Mundo que les sacrifices des Français pour redresser le pays devront continuer pendant des années. Une interview considérée à gauche de la gauche comme provocatrice et qui a suscité quelques réactions indignées notamment sur Twitter. Une interview également considérée à l’Elysée comme très malvenue car empiétant sur le long terme, terrain de prédilection du Chef de l’Etat.

De fait, la déclaration de vœux de François Hollande est apparue bien plate, alors que ses communicants voulaient en faire un exercice de reconquête de l’autorité présidentielle. Dans cette allocution de neuf minutes suivie par 9,7 millions de français (500.000 de moins qu’il y a un an) Le Chef de l’Etat s’est donc gardé de faire toute annonce de nature économique. Si bien qu’à défaut de nouvelles réformes à proposer, et plutôt que de commenter publiquement ses propres échecs en la matière, le chef de l’Etat a insisté sur le rôle international de la France et sur le grand rendez-vous de 2015 concernant le climat.

HOLLANDE OCCUPE LE TERRAIN

Au delà de ses traditionnels vœux de l'Elysée, le chef de l'Etat sera l'invité de France Inter demain, lundi 5 janvier entre 7 heures et 9 heures. Le chef de l'Etat sera interrogé après ses voeux aux Français et juste avant un Conseil des ministres avancé à lundi pour cause de suspension pendant les fêtes de fin d'année. C'est la première fois qu'un chef de l'Etat français sera ainsi sur une matinale en début d'année. Autre moment important : la présentation des vœux au monde de l’entreprise et de l’emploi qui devrait intervenir le 19 janvier à l’Elysée.

D’ici là, le mois de janvier sera marqué, pour François Hollande par de très nombreuses cérémonies. Avec toujours en premier les vœux au Conseil constitutionnel, mardi 6 janvier, puis aux autorités religieuses, le 7, aux corps constitués, le 8 et aux armées sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, le 14. Il devrait profiter de cette occasion pour annoncer le départ de ce bâtiment amiral vers le golfe persique afin d’apporter un soutien aux opérations de la coalition contre l’état islamique. Le 16 janvier il reprendra ses vœux aux corps diplomatique ; puis aux territoires, en Corrèze, le 17 ; aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi, le 19 ; aux bureaux des assemblées et au Conseil de Paris, le 20 ; et à la presse enfin sous la forme d’une conférence de presse dont la date n’est pas encore fixée.

SARKOZY A PIED D’OEUVRE

Cette chiraquisation du discours présidentiel, avec trois grands thèmes de prédilection (l’immigration, la culture et l’éducation) intervient alors que, dans les sondages, la cote de popularité du chef de l’Etat se redresse. Depuis fin novembre, les différentes études vont dans le même sens. Dans la dernière en date, le baromètre de confiance dans l’exécutif Harris Interactive/Délits d’opinion, réalisé du 23 au 29 décembre, il est ainsi crédité de 25 % d’opinions favorables, soit 7 points de plus en un mois. Selon l’entourage du Président de la République ce léger retour en grâce repose ses rencontres de proximité qu’il compte intensifier en début d’année.

A droite, la rentrée va se faire en ce début de semaine avec une grande réunion de l’Etat-major de l’UMP autour d’un Nicolas Sarkozy qui a passé les fêtes de fin d’année à Marrakech, comme tous les ans, pendant que Jacques Chirac occupait le Palais Royal d’Agadir. Dans une vidéo postée sur Facebook et enregistrée avant son départ au Maroc, le nouveau président de l’UMP a adressé ses vœux à ses concitoyens depuis le bureau de son parti en plaidant une fois encore pour le rassemblement. Les spécialistes auront noté qu’en un peu plus de deux minutes, les mots de « rassemblement » et de « rassembler » sont prononcés neuf fois.

UN SOCLE PROGRAMMATIQUE POUR LA DROITE

Nicolas Sarkozy va en fait commencer à découvrir les difficultés de sa nouvelle tâche avec la préparation des élections départementales de mars et des régionales de décembre. Il doit aussi rénover son parti en le dotant de nouveaux statuts à l’étude qui devraient être votés par les militants lors d’un congrès de refondation en avril 2015. Et pendant qu’il aura les mains dans le cambouis son discours risque d’être parasité par l’action d’Alain Juppé qui a prévu de démarrer cette année par une série de déplacements thématiques en France. Sur son blog, le Maire de Bordeaux a lui aussi formulé ses vœux en se tournant vers l’avenir. De plus en plus il bénéficie du soutien des anciens supporters de François Fillon comme en témoigne le dernier numéro du Point.

Face à cela Nicolas Sarkozy va essayer de renouer le contact direct avec les militants. Une première rencontre avec les nouveaux adhérents devrait avoir lieu dés le mois de janvier suivie par l’organisation d’un premier conseil national les 7 et 8 février, série de conventions thématiques où les militants voteront. L’idée est de se mettre d’accord sur dix propositions qui constitueront le socle programmatique, quel que soit le candidat à la primaire en vue de la présidentielle de 2017.

LA MANSUETUDE DES SAGES

Du côté des finances publiques, le gouvernement a terminé l’année sur une bonne note avec la validation dans leur quasi-intégralité par le Conseil constitutionnel, lundi 29 décembre, de la loi de finances pour 2015 et de la loi de finances rectificative pour 2014. Sur les 239 articles que comportaient ces deux textes, seules sept dispositions mineures ont été jugées contraires à la Constitution, soit parce qu’elles n’avaient pas leur place dans une loi de finances – ce qu’on appelle des « cavaliers budgétaires » –, soit parce qu’elles étaient mal rédigées et ne respectaient pas le principe d’« intelligibilité » de la loi. Pour le gouvernement, l’essentiel est que ses hypothèses économiques aient été jugées sincères et que les mesures d’économie prévues ainsi que les dispositions fiscales les plus emblématiques aient été validées.

Les sages ont toutefois procédé à quelques rappels à l’ordre. Notamment sur l’incompréhensibilité de certaines dispositions. Ainsi ont-il annulé la sanction financière infligée aux avocats-conseils ayant contribué à l’élaboration de montages fiscaux frauduleux, le texte, tel qu’il était rédigé, ne permettant pas de comprendre sur quoi s’appliquait le taux de la sanction. Même chose pour une mesure visant à modifier le régime des sociétés mères (qui exonère d’impôt sur les sociétés les dividendes reçus d’une filiale). Là aussi, c’est l’imprécision de la formulation, qui est sanctionnée.

INCERTITUDES SUR LE PETROLE

Annoncé lors des vœux présidentiels du 31 décembre 2013, le pacte de responsabilité est encore loin d’avoir été décliné dans toutes les branches professionnelles. Moins d’une dizaine l’ont fait. Si un accord a été signé dans le secteur des assurances début décembre 2013, la situation est plus compliquée dans les banques. Les négociations sont achevées, selon l’Association française des banques. Le projet d’accord est ouvert aux signatures syndicales jusqu’au 21 janvier. Le principal point de discorde entre patronat et syndicats porte sur l’emploi. L’objectif officiel est de recruter au moins 40 000 salariés sur la période 2015-2017. Ce chiffre inclut cependant tout type d’embauches : CDD, CDI, contrats d’apprentissage et de professionnalisation.

Sur le front de la macro-économie, la plupart des experts surveillent surtout l’évolution de l’or noir et son impact sur la croissance Sur l’un des blogs du Fonds monétaire international, l’économiste en chef de l’institution multilatérale, Olivier Blanchard, et Rabah Arezki, responsable de l’équipe de recherche sur les matières premières, évaluent ce surcroît de croissance entre 0,3 et 0,7 % l’an prochain. Pour l’année suivante, cette fourchette est estimée entre 0,4 et 0,8 %. Pour leurs calculs, les deux chercheurs s’appuient sur l’hypothèse que le recul des prix de l’or noir est dû, à hauteur de 60 %, à une hausse surprise de l’offre de pétrole, le reste venant d’un recul de la demande.

RENCONTRE INSOLITE A LONDRES

Par ailleurs cette semaine il faudra surveiller une rencontre insolite. En effet, la chancelière allemande se rendra mercredi 7 janvier à Londres pour y rencontrer son homologue britannique David Cameron. Ce déplacement aura lieu dans le cadre de la présidence allemande du G7, et sera notamment consacré à la préparation du sommet des sept plus grandes puissances économiques les 7 et 8 juin en Bavière. Angela Merkel, qui s'était fermement opposée fin 2014 au projet de David Cameron de limiter l'immigration en provenance de l'UE, jugeant non négociable la liberté de circulation au sein de l'Union, s'entretiendra de questions bilatérales, internationales et de politique européenne avec le Premier ministre britannique.

En matière de politique monétaire, 2015 fera figure de test. L’année passée s’est terminée avec l’espoir que la Banque centrale européenne en fasse plus pour mettre un terme aux menaces déflationnistes et à la stagnation dans l’union monétaire. Certains de ses membres estiment qu’il est urgent d’acheter de la dette publique des pays membres. D’autres soulignent que ce n’est pas parce que les achats de dette publique ont fonctionné outre-Atlantique qu’ils fonctionneront chez nous. Si l’on ajoute à cela qu’il faut mettre désormais dix-neuf pays d’accord avant de faire quoi que ce soit, on comprend pourquoi la politique économique de la zone euro tâtonne toujours autant.

LE TRIOMPHE DE LAZARD ET ROTHSCHILD

Jamais les entreprises françaises n’ont suscité autant de convoitise depuis 2006. Cette année, les offres de rachat ciblant des sociétés hexagonales ont ainsi atteint le montant de 175,9 milliards de dollars, soit plus du double de l’année dernière. Un résultat qui s'approche du point haut atteint en 2006, à 190,3 milliards de dollars. Mais plus que l'augmentation du nombre d'opérations, c'est surtout la hausse du prix moyen de chaque deal qui a tiré l'activité vers le haut. En particulier, l’activité a bénéficié de la hausse du nombre des offres de rachat supérieures à un milliard de dollars, qui s’est porté à 28 en 2014 contre 17 en 2013, mais qui a surtout représenté un volume trois fois supérieur, à 139,3 milliards de dollars, contre 45,5 l’année dernière.

En 2014, cette explosion des grandes manoeuvres en France a excité les esprits des banquiers d'affaires. Si BNP Paribas figure toujours à la deuxième place du classement français, ce ne sont plus des grands noms américains, leaders incontestés en Europe, qui l'entourent, mais Lazard et Rothschild, deux grandes maisons de conseil indépendantes. La première a obtenu la tête du classement Thomson Reuters, avec 127,6 milliards de dollars de transactions conseillées. Ce qui constitue un succès incontestable pour Mathieu Pigasse. Avec un peu plus de transactions, l'autre grande maison française, Rothschild, boucle le trio de tête, avec un total de 114 milliards de dollars. Et là aussi, si c’est une équipe qui a fait un très gros travail, le gros des deals revient à Grégoire Chertok qui s’est imposé comme le banquier d’affaires de l’année.

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