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Yves de Kerdrel

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Hollande dans une bulle et Valls dans une nasse
par Yves de Kerdrel

A l’Elysée il règne depuis une dizaine de jours un climat d’euphorie motivé par la remontée du président dans les sondages, par la libération du dernier otage français et par la confirmation faite par l’Insee que la France pourrait renouer en 2015 avec une croissance de 1 %. A Matignon, c’est tout le contraire. Manuel Valls s’attend à un début d’année très difficile marqué par le débat sur la loi Macron, de nouvelles dégradations de la note française et l’ultimatum de Bruxelles.

21/12/2014 - 08:00 Temps Lecture 13 mn.

Tous ceux qui ont approché le Président de la République (qui a multiplié les déjeuners avec les éditorialistes) au cours des derniers jours sont ressortis de l’Elysée en se demandant ce qu’il se passait. Non seulement le Chef de l’Etat est devenu euphorique. Non seulement il est fermement convaincu que la baisse du prix du pétrole et celle du dollar vont permettre à l’économie française de redécoller en 2015. Non seulement il est très heureux de ses rencontres désormais fréquentes avec les français et avec les parlementaires socialistes. Mais en plus de cela il semble réellement convaincu que le pire est passé et que l’année à venir va se dérouler comme un tapis de roses. Au point de ne parler que d’écologie à la plupart de ses invités.

C’est vrai que la cote de popularité de François Hollande a regagné 3 à 5 points en l’espace de quinze jours, selon les instituts. C’est vrai que certains indicateurs économiques s’améliorent. C’est vrai que la fronde des parlementaires socialistes s’est calmée, en même temps que le Chef de l’Etat gauchisait ses interventions. C’est vrai aussi que la libération du dernier otage français a été unanimement saluée comme un succès personnel de l’action menée par le locataire de l’Élysée. Ce nouvel environnement permet la recomposition définitive de l’équipe du Château avec le remplacement de Sylvie Hubac, jusqu’ici excellente directrice de cabinet, par le préfet Thierry Lataste, ancien directeur de cabinet de Manuel Valls au Ministère de l’intérieur

MACRON ET REBSAMEN FONT BOUGER LES LIGNES

Mais à l’Hôtel Matignon, il ne règne pas du tout la même ambiance. D’abord parce que face au sous-président qu’est François Hollande, l’Hyper Premier ministre qu’est devenu Manuel Valls a les mains dans le cambouis. Il est au front sur tous les dossiers. Et les contacts qu’il a multipliés avec le monde des affaires – qu’il connaissait encore mal il y a six mois – lui donnent une idée beaucoup plus complexe des mois à venir. Ensuite le Premier Ministre redoute qu’une crise financière mondiale bouleverse la donne au cours des prochains mois. Une crise qui ne ferait évidemment que précipiter la hausse des taux français dans le sillage des dégradations annoncées par les agences de notation. Enfin Manuel Valls est tout à fait conscient de la grogne qui monte dans les rangs socialistes autour de la loi Macron qui devrait commencée à être débattue le 26 janvier. Ce qui devrait contribuer à multiplier les critiques à l’égard de son action.

Deux ministres terminent cette année en se distinguant au sein de ce gouvernement. Emmanuel Macron qui a très bien défendu dimanche dernier, à l’occasion de son premier 20 heures, la nécessité de mener des réformes profondes, dans le contexte de faiblesse de la croissance et de consolidation budgétaire rendu encore plus nécessaire par l’impératif de Bruxelles. L’autre est François Rebsamen qui après avoir clairement laissé entendre qu’il serait de bon sens de réformer le processus d’allocation chômage en France – ce qui est un tabou pour la gauche et pour une partie de la droite - n'a pas exclu, mardi dernier, un allongement de la durée de cotisation pour les retraites. Une déclaration qui a provoqué l’émoi de Marisol Touraine et un léger recadrage de la part du Premier Ministre. Mais qui a aussi largement satisfait Eric Woerth, chargé des affaires économiques dans le shadow cabinet de l’UMP.

L’UMP TRAVAILLE SUR SA FUTURE PRIMAIRE

Enfin comme chaque année le couple exécutif va rester très vigilant pendant la trêve des confiseurs à la manière dont le Conseil Constitutionnel va apprécier le projet de loi de finances pour 2015. Après plusieurs revers essuyés lors des deux derniers exercices budgétaires le gouvernement a voulu, cette fois, ne prendre aucun risque. L’opposition a toutefois saisi les sages de la Rue de Montpensier, en contestant la baisse des dotations aux collectivités territoriales, ainsi que la surtaxe sur les résidences secondaires et la majoration de la taxe sur les surfaces commerciales introduites dans le collectif budgétaire.

A droite, tout l’organigramme de l’UMP est désormais éclairci après l’affaire Fatima Allaoui, du nom de cette jeune femme qui avait flirté avec le Front National et que Nathalie Kosciusko-Morizet avait fait nommer à un secrétariat national thématique avant de lui signifier la fin de son mandat. Désormais les principaux ténors du Parti sont de nouveau concentrés sur ce que sera la première grande primaire de l’UMP. Mercredi dernier, le groupe de réflexion sur la primaire a tenu sa première réunion pendant un peu plus d’une heure à l’Assemblée nationale, sous la présidence de Thierry Solère. Selon les informations de WanSquare, lors de cette réunion, les différents participants (dont Brice Hortefeux, Luc Chatel, Anne Levade, Bernard Accoyer ou Edouard Philippe) ont convenu d’une série de thèmes à aborder : le corps électoral, les modalités de participation et l’organisation comme le financement de l’élection.

DISCUSSION FRUCTUEUSE AVEC L’UDI

Cette commission surveillée de très près par Alain Juppé, François Fillon et Xavier Bertrand a prévu de se réunir tous les mardis à 16 heures. Thierry Solère présentera un rapport d’étape lors du bureau politique du parti avant la remise des conclusions début mars. Plusieurs sujets sont au programme. Il faudra déterminer quels électeurs pourront participer. Devront-ils signer une charte, comme l’avaient fait les sympathisants socialistes en 2011 ? Devront-ils payer pour voter et ainsi aider au financement de la campagne ? Cette élection doit-elle être ouverte aux partis du centre et même au MoDem de François Bayrou ? La date de l’élection aura également son importance.

Par ailleurs Nicolas Sarkozy a commencé à plancher sur la prochaine bataille électorale, celle des départementales. C’est dans cette optique qu’il a reçu cette semaine Jean-Christophe Lagarde le président de l’UDI. D’autant plus que le mode de scrutin de ces prochaines élections qui remplacent les cantonales et qui impose un binôme dans chaque canton, favorise les accords UMP-UDI. Dans les départements, les négociations sont en cours, et l’UMP souhaite des accords sur des noms avant la fin du mois de janvier. Par ailleurs, selon nos informations les candidats UMP et UDI pourront se présenter chacun de son côté, seulement s’il n’y a pas de risque de victoire de la gauche ou de l’extrême droite. Mais, dans cette élection où les candidats ne peuvent se maintenir qu’en réunissant 12,5 % des inscrits et où la participation est faible, chacun mesure l’intérêt de l’union.

LE CADEAU DE NOËL DE L’INSEE

Par ailleurs le patron de l’UMP qui prend à cœur son rôle de premier opposant de France ne laisse rien passer au gouvernement. Par exemple, alors qu’Hervé Mariton, fidèle à ses convictions libérales a annoncé qu’il voterait la loi Macron, Nicolas Sarkozy a demandé mardi 16 dernier aux députés de son parti de voter contre le projet de loi du ministre de l’économie, en fustigeant cette réforme d’inspiration libérale. Même la numéro deux de Nicolas Sarkozy à l’UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, s’est prononcée en faveur des dispositions sur le travail le dimanche, sans toutefois se dire prête à voter l’ensemble du texte.

Sur le front économique, l’actualité a été dominée par la publication de la dernière note de conjoncture de l’Insee où l’Institut fait preuve d’un certain optimisme. D’après cette note, l’économie française, en panne depuis trois ans, a commencé à retrouver des couleurs cet été. Le produit intérieur brut a progressé de 0,3 % au troisième trimestre, plus qu’attendu, et le climat des affaires s’est éclairci en novembre. L’indicateur synthétique qui permet de le mesurer a quasiment retrouvé sa moyenne de long terme dans l’industrie manufacturière. Après un léger ralentissement au quatrième trimestre, le PIB accélérerait début 2015 : + 0,3 % au premier trimestre et + 0,3 % au deuxième. De fait, à la mi-2015, la croissance atteindrait 1 % en glissement annuel (par rapport à juin 2014) contre 0 % un an plus tôt.

AIR FRANCE FACE A L’AMF

A eux seuls, la dépréciation récente de l’euro liée aux mesures d’assouplissement monétaire prises par la Banque centrale européenne, et le contre-choc pétrolier auraient des effets importants sur l’activité. Ils expliqueraient 40 % de la croissance française d’ici la mi-2015, selon l’Insee, qui a fait l’hypothèse d’un baril stabilisé à 70 dollars et d’un taux de change de 1,23 dollar pour 1 euro. La consommation des ménages progresserait de 1 % de juin 2014 à juin 2015. Quant au taux d’épargne il remonterait à 16 %. En revanche l’emploi marchand baisserait encore de moins 11.000 postes au premier semestre 2015.

Au moment même où l'action Air France KLM chutait de plus de 8 % en bourse à la suite d'un nouvel avertissement sur résultats, le gendarme de la Bourse examinait vendredi la communication financière du groupe. La commission des sanctions de l'Autorité des marchés financiers, a passé au crible trois séries de griefs sur la façon dont la compagnie aérienne avait informé le marché entre mai 2010 et février 2011. La représentante du collège de l'AMF a réclamé une amende de 1,5 million d'euros à l'encontre d'Air France-KLM et de 50 000 euros pour Pierre-Henri Gourgeon qui était son directeur général au moment des faits. L’AMF met en cause le communiqué du 19 mai 2010, présentant les perspectives de l'exercice de façon imprécise et sibylline donnant lieu à des interprétations divergentes de la part des analystes. Second grief, plus gênant : après trois communiqués de juillet, octobre et novembre 2010 révisant à chaque fois à la hausse l'objectif de résultat opérationnel pour l'exercice clos le 31 mars 2011, Air France-KLM faisait un avertissement sur résultat le 5 février 2011. Or Air France disposait depuis trois semaines d'une information précise sur le fait que les chiffres donnés au marché ne seraient pas atteints. La commission des sanctions rendra son verdict d'ici début février 2015.

LE TRES BEAU DEAL DE THIERRY BRETON

Mais l’événement de la semaine est venu d’Atos qui a annoncé, vendredi l’acquisition de la branche informatique de l’américain Xerox. La transaction, qui se fera entièrement en numéraire s’élève à 855 millions d’euros. Elle devrait être finalisée au premier semestre 2015. Les discussions auraient duré neuf mois pour parvenir à ce résultat spectaculaire. ITO, du nom de la filiale du géant américain du photocopieur, réalise 8 % de marge et son chiffre d’affaires se monte à plus de 1 milliard de dollars annuels. Présente dans 45 pays à travers le monde, la société réalise tout de même plus de 90 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. Une situation qui va permettre à Atos de tripler ses revenus outre-Atlantique. Ce qui en fera son premier marché d’Atos devant l’Europe de l’Ouest.

Enfin le dossier du Club Med a connu un nouveau rebondissement. Puisque dans la bataille qui l’oppose, depuis le printemps, à l’homme d’affaires italien, Andrea Bonomi, le le propriétaire du conglomérat Fosun a relevé, une nouvelle fois, vendredi, son offre d’achat. Gaillon II, le véhicule d’investissement mis en place par Fosun, a annoncé qu’il propose désormais 24,60 euros par action pour acquérir le Club Med. La nouvelle offre de Fosun valorise le Club Med à 939 millions d’euros.

Avec une nouveauté, puisqu’alors qu’il avait dit vouloir laisser le titre Club Med coté en Bourse, pour préserver notamment son ancrage français, Gaillon indique désormais qu’un retrait de la cote pourrait être envisagé. Andrea Bonomi a désormais jusqu'au 7 janvier 18 heures surenchérir. Ce qui serait déraisonnable compte du niveau de prix atteint et de la plus-value latente que l’italien peut désormais réaliser avec cette offre de Fosun.

Enfin selon es informations recueillies hier soir par WanSquare au plus haut niveau, la situation devrait enfin s’éclaircir pour Thalès. Dés demain, Henri Proglio devrait être nommé président non exécutif. De fait il assurera la liaison avec les actionnaires et notamment avec les Dassault dont il est très proche. Sur le plan opérationnel, c’est Patrice Caine qui devait prendre la direction générale du groupe d'électronique, conformément aux vœux de Jean-Bernard Lévy.

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