éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Ambiance délétère à droite comme à gauche
par Yves de Kerdrel
Le retour de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP ravive les tensions sur la ligne du parti, sur les primaires et sur la guerre des chefs. A gauche, même si François Hollande bénéficie d’une légère remontée dans les sondages, l’ambiance est toujours épouvantable entre l’Elysée et Matignon. C’est dans ce décor qu’Emmanuel Macron va présenter une loi pour déverrouiller l’économie.
Moins d’une semaine après son élection à la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy a déjà coché la plupart des cases qu’il s’était engagées à remplir aussitôt revenu Rue de Vaugirard. Il a rencontré tous les ténors. Il a donné des gages à chacun. Il a été s’adresser aux députés et a tenu un premier bureau politique où « pas une mouche ne volait » selon l’un des participants. Et en fin de semaine il a clarifié l’organigramme en nommant Laurent Wauquiez au poste stratégique de Secrétaire Général comme WanSquare l’avait laissé envisager tout en donnant un lot de consolation à Nathalie Kosciusko-Morizet, élevée au rang de vice-présidente déléguée, un poste sans attribution. Elle sera simplement chargée de la refonte des statuts du mouvement, de la rénovation du parti et des relations avec les autres formations politiques.
L’ancienne candidate à la mairie de Paris a eu beaucoup de mal à accepter ce poste. En début de semaine, elle avait déclaré à Nicolas Sarkozy qu’elle ne prendrait aucune fonction si Laurent Wauquiez devenait secrétaire général. Pendant deux jours, les proches de l’ancien Chef de l’Etat et ceux de la candidate à la Mairie de Paris ont négocié pour que son périmètre soit élargi. Jeudi matin, NKM a demandé elle-même à Nicolas Sarkozy de pouvoir conserver sa liberté de parole et que cette expression soit communiquée de manière officielle. Une demande acceptée par l’ancien président, qui ne pouvait pas se séparer de son ancienne porte-parole.
NOMINATIONS EN CASCADE A L’UMP
Mercredi dernier, 48 heures après la prise de fonctions de Nicolas Sarkozy, le premier bureau politique, qui a bénéficié soudainement d’une assiduité extraordinaire, a acté un certain nombre de décisions. Le député de la Drôme, Hervé Mariton, et les sarkozystes Christian Estrosi, Henri Guaino et Eric Woerth ont été amenés à rejoindre cette instance en tant qu’invités. De leur côté, Bruno Le Maire et Hervé Gaymard, proche d’Alain Juppé vont rejoindre la commission nationale des investitures présidée par Christian Estrosi, le maire de Nice.
Mais la principale décision officialisée cette semaine et que Nicolas Sarkozy avait préparée en amont est la création d’un groupe de réflexion sur l’organisation de la primaire à droite pour la présidentielle de 2017, présidé par Thierry Solère, proche de Bruno Le Maire, mais sarkozyste également. Y participeront notamment Luc Chatel, la présidente de la haute autorité du parti, Anne Levade, ainsi que les députés Bernard Accoyer (soutien de François Fillon), Brice Hortefeux (soutien de Nicolas Sarkozy) et Edouard Philippe (soutien d’Alain Juppé). Un premier rapport de ce groupe de travail doit être publié en mars.
LA HOLLANDIE DANS LE TOURMENT DES AFFAIRES
En fait les élections de samedi dernier et les nombreux meetings faits par Nicolas Sarkozy ont convaincu ce dernier que les sympathisants de l’UMP s’étaient largement droitisés depuis 2012. Ce qui lui donne un avantage compétitif pour une primaire face à François Fillon, Xavier Bertrand et Alain Juppé. Surtout si Bruno Le Maire décide désormais de se présenter et affaiblit à la fois Fillon et Juppé. Dans les premières enquêtes d’opinion Nicolas Sarkozy fait déjà la course en tête en cas de primaire avec un score de 52% dominant un Alain Juppé crédité de 36 % des voix. Et pour plusieurs ténors de l’UMP, si l’ambiance était aussi terne au bureau politique de mercredi dernier, c’est que François Fillon et Alain Juppé viennent tout juste de réaliser qu’ils ont laissé échapper leur chance en refusant de concourir pour la présidence de l’UMP.
A gauche, les affaires se multiplient. C’est au sortir du déjeuner mercredi dernier, que François Hollande a appris la citation devant le tribunal correctionnel de Paris de son conseiller très proche Faouzi Lamdaoui pour abus de biens sociaux, blanchiment d’abus de biens sociaux, faux et usage de faux. Peu après, l’Elysée annonçait que l’intéressé avait présenté sa démission pour se donner les moyens de se défendre suite à sa citation pour des faits remontant à 2007-2008. Mais à ce jour le Président de la République n’a toujours pas reçu son ancien conseiller pour s’expliquer avec lui de cette affaire. Une affaire qui pourrait être beaucoup plus grave que ce que l’on en dit, selon des documents que la presse s’apprête à publier.
CALME TEMPORAIRE A L’ASSEMBLEE
Le pire est que François Hollande, dont la probité personnelle n’a jusqu’ici jamais été mise en doute et qui a déjà géré maladroitement l’affaire Cahuzac, voit avec Kader Arif et Faouzi Lamdaoui le soupçon gagner les principaux rouages de son canal historique. Ecartelé entre sa fidélité à son passé et les nécessités du présent, François Hollande a tardé encore une fois à prendre une décision, comme il avait tardé à se séparer de Kader Arif, alors qu’il était au courant depuis la fin du mois d’aôut des malversations imputées à son ancien ministre.
A l’assemblée, on observe un calme politique à gauche. Un calme toutefois relatif. Les frondeurs se sont calmés : ils font désormais porter leur combat au sein du Parti socialiste, qui tiendra son congrès en juin prochain. Martine Aubry n'a pas osé affronter François Hollande directement, pour le moment. Ses autres rivaux pour la présidentielle à gauche peinent à exister, à l'instar de Cécile Duflot qui a plutôt perdu du crédit depuis son départ du gouvernement. Du coup, les proches du Président sont à la manœuvre pour préparer le congrès du PS. Enfin, la chute du prix du pétrole donne de l'oxygène à une économie.
EN ATTENDANT A LOI MACRON
La cote de confiance mesurée du Chef de l’Etat vient même de remonter de 2 points. Il aurait pourtant tort de se réjouir trop vite, 2015 s'annonçant comme une année électorale désastreuse pour le PS, qui anticipe déjà la perte de nombreux départements et Régions en mars et décembre. Surtout, les frondeurs qui pour l’heure n’ont fait que s’abstenir sur des textes majeurs comme le budget envisagent de voter contre la Loi Macron qui sera présentée en conseil des ministres ce mercredi 10 décembre. Alors que cette loi est très attendue par la plupart des acteurs économiques.
C’est pourquoi, plusieurs ministres, dont Michel Sapin et Emmanuel Macron, n’ont pas hésité à tancer jeudi les patrons, les appelant à se concentrer sur leur mission d'investissement et de création d'emplois, plutôt que de manifester comme ils le font depuis le début de la semaine à l'appel de leurs organisations représentatives.
Emmanuel Macron, a notamment appelé les dirigeants patronaux à prendre leurs responsabilités et à conclure davantage d'accords de branche concernant les contreparties au pacte de responsabilité. Cependant, selon un sondage Odoxa réalisé pour BFM Business, Challenge et Aviva assurance, 64 % des Français pensent que les patrons ont raison de se mobiliser pour ce qu'ils appellent leur souffrance et leur ras-le-bol contre la politique du gouvernement.
LA VISION INQUIETE DE VGE
Interrogé récemment sur l’état de la France et la difficulté du pays à se réformer, Valéry Giscard d'Estaing n’a pas caché son inquiétude : « La France est dans une situation économique catastrophique. Elle est actuellement, hélas, le dernier élève de la classe européenne sur le plan budgétaire », commente l’ancien président de la République. Il se préoccupe de la divergence de plus en plus prononcée entre la France et l’Allemagne : « Les Allemands, souligne-t-il, ont mené ces dernières années un programme de réorganisation sociale très remarquable. Leur chômage est inférieur de moitié au nôtre. Les Français annoncent des réformes et des restrictions budgétaires et ne les font pas. Pour l’ancien président de la République, le blocage français est avant tout culturel : Les Français ont une culture des droits acquis. Quand ils ont obtenu quelque chose, ils ne veulent pas le perdre, parce qu’ils pensent que c’est quelque chose qui leur appartient.
Sur le plan purement économique, l’amélioration de la situation de l’emploi se confirme aux États-Unis. L’économie américaine a ainsi créé 321 000 emplois en novembre, selon les chiffres publiés par le Département du travail, vendredi soir. Ce chiffre se situe bien au-delà des prévisions des économistes qui tablaient sur la création de 230 000 emplois. Le taux de chômage, en revanche, est resté stable à 5,8 % de la population active, soit son plus bas niveau depuis la mi-2008. Mais 2014 s’annonce comme la meilleure année en termes de recrutements depuis 1999. Le rythme mensuel de créations d’emplois n’a jamais été aussi soutenu depuis janvier 2012. Depuis dix mois consécutifs, l’économie américaine a créé plus de 200 000 emplois par mois.
DRAGHI DANS L’EXPECTATIVE
De ce coté-ci de l’Atlantique, la Bundesbank vient de réduire de moitié sa prévision de croissance de l'Allemagne en 2015 et a également revu en baisse celle de 2014. La banque centrale, dans ses prévisions semestrielles publiées vendredi, prévoit 1 % de croissance en 2015, alors qu'elle attendait 2 % en juin dernier. Pour 2014, elle anticipe 1,4 % de croissance au lieu de 1,9 % en juin. Pour 2016, elle révise en baisse également, à 1,6 % contre 1,8 % en juin.
Du coté de la BCE rien de nouveau. Mario Draghi a préféré temporiser jeudi, et a mis l’accent sur la forte révision à la baisse des perspectives d’inflation et de croissance pour les deux années à venir en zone euro. Elle y a été amenée dans le sillage d’une baisse des prix du pétrole bien plus forte que prévu, avec des effets importants à attendre sur l’inflation. Les perspectives économiques européennes restent moroses. Au lieu de 1,6 % de croissance du PIB attendue encore en septembre pour la zone euro, on est tombé à 1 %. Concernant l’inflation, les prévisions passent de 1,1 % à 0,7 % sur la même période.
ENFIN UNE SOLUTION POUR SAFRAN
Ce contexte justifie la décision de maintenir le principal taux directeur à son plus bas niveau de 0,05 %. Un niveau auquel il devrait y rester pendant un long moment. L’institution a également estimé qu’il est encore trop tôt pour déployer de nouvelles mesures. A noter que ces derniers jours, le FMI et l’OCDE ont appelé la BCE à opter sans attendre pour le QE, comme la Réserve fédérale américaine (Fed) avant elle, dans l’espoir que cela enraye le risque déflationniste pesant sur la zone euro. Du coup certains analystes estiment que la BCE pourrait annoncer un QE à l’européenne dès sa prochaine réunion, le 22 janvier.
Une solution s’est enfin dégagée pour la succession de Jean-Paul Herteman atteint par la limite d’âge à la tête de Safran. Le conseil d’administration réuni vendredi après-midi a donné sa bénédiction au tandem constitué de Ross McInnes à la présidence et de Philippe Petitcolin à la direction générale. Selon les informations de WanSquare beaucoup auraient tenté d’empêcher la nomination à la présidence non éxécutive de Ross McInnes. D’ailleurs celui-ci a essuyé six votes contre. Les uns parce qu’ils voulaient placer Christian Streiff, l’ex-patron d’Airbus et de PSA Peugeot Citroën. Les autres pour promouvoir Jean-François Cirelli, évincé sans ménagement de GDF Suez par Gerard Mestrallet.
DELIRE DE VALORISATION POUR LE CLUB MED
La bataille pour le contrôle du Club Méditerranée s’accélère. Quatre jours seulement après la nouvelle offre déposée par le chinois Fosun, son rival Andrea Bonomi a surenchéri à son tour, vendredi. L’homme d’affaires italien propose désormais 24 euros par action du Club Med, soit 0,5 euro de plus que l’offre du conglomérat chinois Fosun. Cette offre valorise à 916 millions d’euros le groupe français de tourisme, alors même que celui-ci perd de l’argent depuis plusieurs années. Le prix proposé par Andrea Bonomi est supérieur de 73 % au cours de l’action avant le début des grandes manœuvres.
L’investisseur italien ayant pris tout le monde de vitesse, il paraît à présent probable que Guo Guangchang, le milliardaire chinois qui contrôle Fosun, augmente à son tour son offre. D’autant qu’il a trouvé des partenaires prêts à l’épauler, comme l’homme d’affaires brésilien Nelson Tanure, qui pourrait prendre 20 % du tour de table. L’autorité des marchés financier (AMF) a fixé au 19 décembre 18 heures, le délai limite pour une contre-offre. Il n’empêche que le climat anti-chinois qui se développe dans l’opinion après la privatisation de l’aéroport de Toulouse pourrait gêner les ambitions de Fosun.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Nicolas Sarkozy redevient chef d’une opposition plus désunie que jamais
30/11/2014 - 07:57
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Valls et ses troupes continuent de marquer des points
23/11/2014 - 07:55

