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Nicolas Sarkozy redevient chef d’une opposition plus désunie que jamais
par Yves de Kerdrel

Comme prévu, Nicolas Sarkozy a gagné facilement l’élection pour la présidence de l’UMP. Il lui faut maintenant rassembler. A l’intérieur de l’UMP après deux mois de campagne musclée. Et à l’intérieur de toute la droite et du centre avec une UDI coupée en deux et un Modem qui ne veut pas entendre parler de lui. Il reste qu’il est désormais, pour tous les français, chef de l’opposition. Ce qui constitue un gros avantage pour 2017.

30/11/2014 - 07:57 Temps Lecture 15 mn.

Hier soir vers 20 heures 30, les unes électroniques de l’UMP ont donné un résultat clair net et précis. Nicolas Sarkozy a été élu président de l'UMP avec 64,5 % des suffrages. Il devance Bruno Le Maire (29,18 %) et Hervé Mariton (6,32 %). En dépit d’une cyber-attaque menée sans doute par des proches de l’actuelle majorité, afin de semer le doute sur ce scrutin, Nicolas Sarkozy est définitivement revenu en politique. Le voilà chef de l’opposition, mais d’une opposition qui n’a jamais été aussi divisée. Il y a les divisions propres à l’UMP avec notamment le courant Juppéiste, puisque François Fillon ne pèse plus bien lourd. Il y a les divisions propre à la droite avec une UDI coupée en deux après l’élection à sa tête de Jean-Christophe Lagarde, et un Modem qui ne veut pas entendre parler de Nicolas Sarkozy et qui a déjà scellé une alliance avec Alain Juppé.

Bien sûr, comme il l’a dit au cours des deux mois écoulés, Nicolas Sarkozy, s’il entend bien sûr tout contrôler devrait dans un premier temps mouiller la chemise pour rénover l’UMP, ses statuts, son nom, sa gouvernance et ses comptes. Avec comme première étape, peut être dés cette semaine la nomination d’un ou de deux secrétaires généraux qui seraient Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet. Ensuite à partir du mois de mars ou d’avril il a promis de se retirer sur son Aventin, Rue de Miromesnil en étant une sorte de « chairman non executive » de l’UMP, qui contrôle le parti sans avoir les mains aux manettes.

ALAIN JUPPE RESTE AUX AGUETS

Quoiqu’il en soit Nicolas Sarkozy est redevenu chef de l’opposition. Ce qui lui confère un statut particulier. Avec des prises de paroles fréquentes à la télévision. Avec la possibilité de bénéficier du bon score de la droite aux élections départementales et régionales et même avec la possibilité de se voir appelé à Matignon en cas de dissolution. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si à l’occasion de son dernier meeting, jeudi soir à Nîmes, il a parlé géopolitique et place de la France dans le Monde. Sur un ton apocalyptique, l’ancien chef de l’État a évoqué un monde confronté à la barbarie, à la sauvagerie, aux guerres économiques, aux crises financières qui menacent d’emporter des continents entiers avant d’envisager un choc de civilisations si l’on continue à faire table rase de la géographie et des cultures.

Surtout quels que soient les défauts prêtés à Nicolas Sarkozy, beaucoup de français lui reconnaissent une énergie une compétence et une autorité et qui font toujours largement défaut à François Hollande. Voilà pourquoi, ce nouveau statut de patron de l’UMP, par effet de miroir, a de bonnes chances de faire de lui le candidat naturel pour 2017. Même si les médias ont fait d’Alain Juppé leur candidat. C’est pour cette raison que dés demain, ce dernier devrait lancer une grande initiative avec des parlementaires UMP appartenant à diverses chapelles pour exiger de Nicolas Sarkozy un engagement clair sur l’organisation de primaires ouvertes.

HOLLANDE EMPETRE DANS SES AFFAIRES

A l’Élysée, bien sûr on ne voit pas le retour de Nicolas Sarkozy d’un si bon œil. Beaucoup ont pensé que François Hollande allait pouvoir profiter de l’animosité de certains contre l’ancien Président afin de fédérer la majorité et de faire rentrer dans le rang les frondeurs. En fait cela n’a rien changé. Comme l’a montré le vote du budget, réalisé avec une majorité relative de 19 voix seulement. De la même manière Manuel Valls a pu observer à l’occasion de la clôture du congrès des Maires de France le désarroi de ceux-ci, surtout lorsqu’ils sont socialistes. Seul le maintien d’une allocation de 400 millions d’euros pour financer l’aménagement des rythmes scolaires a permis au Premier Ministre d’éviter une bronca des édiles.

Par ailleurs François Hollande est de plus en plus embarrassé par les affaires. Il y a celles sur sa vie privée avec la fameuse photo prise par un membre du personnel de l’Élysée de lui au Palais avec l’actrice Julie Gayet. Il y a le Hollande Bashing que Valérie Trierweiller a effectué de manière très professionnelle en Grande-Bretagne à l’occasion de la traduction de son livre. Il y a surtout l’affaire Kader Arif, qui se révèle être bien d’avantage qu’une simple affaire de favoritisme en Haute-Garonne. Puisque d’après les révélations de Médiapart, les factures de la société AWF Music, créée par Aissa Arif, le frère de Kader, révèlent que 700 000 euros ont été réglés à l’entreprise lors de la campagne pour la primaire socialiste, puis celle de la présidentielle de M. Hollande. Il y a donc dans cette affaire tous les ingrédients d’une affaire Bygmalion bis, qui pourrait revenir comme un boomerang juste avant le prochain congrès du Parti Socialiste.


UN PETIT SURSIS DE BRUXELLES

De son côté Manuel Valls continue de vouloir réformer la France avec l’aide efficace d’Emmanuel Macron dont la loi « fourre-tout » devrait être présentée au conseil des ministres le 10 décembre. Une loi qui pourrait intégrer un certain nombre d’éléments contenus dans le rapport des deux économistes Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein remis, jeudi 27 novembre, aux ministres de l’économie français et allemand, et qui propose l’engagement d’un programme de réformes et d’investissement pour relancer la croissance en Europe. Les deux économistes plaident notamment pour une réforme de la formation professionnelle et de l’assurance chômage ainsi que pour une réforme du code du travail. Dans sa loi, Emmanuel Macron a prévu une rénovation de la justice prudhommale de manière à offrir aux entreprises davantage de visibilité.

Mais sur le plan économique, l’événement de la semaine, voire de l’année a résidé dans le verdict sans appel rendu par la Commission européenne sur le projet de budget pour 2015 de la France. L’exécutif européen a donné jusqu’à mars à notre pays pour faire de nouveaux efforts budgétaires et accélérer le programme de réformes. Bruxelles examinera donc la situation de la France au début du mois de mars 2015, à la lumière de la version définitive des lois budgétaires et des précisions attendues sur les programmes de réformes structurelles. Mais à Bruxelles, il semble acquis que personne ne croit à la volonté de la France de respecter les règles budgétaires européennes.

LA LOI MACRON EST UN SIGNAL IMPORTANT

Les équipes de Pierre Moscovici, le braconnier devenu garde-chasse, veulent s’assurer que les 3,6 milliards promis par François Hollande à la veille du rejet potentiel du budget de la France, existent bien. Faute de quoi un effort supplémentaire pourrait être demandé à la France. Michel Sapin continue à répéter inlassablement qu’il ne peut pas faire davantage que les 21 milliards d’économies engagées en 2015. Mais Bruxelles souhaite surtout obtenir plus de garanties sur les réformes structurelles. D’où le délai de trois mois accordé. D’où aussi la priorité accordée à la loi Macron sensée remettre de la concurrence et de la vitalité dans l’économie du Pays.

Si la France ne montre pas de bonne volonté, au mois de mars prochain, la Commission européenne pourra proposer d’imposer à Paris une amende qui peut aller jusqu’à 4 milliards d’euros, si elle juge toujours que la France ne prend pas les mesures nécessaires pour enrayer la dérive de ses déficits. Si Paris fait au contraire preuve de bonne volonté, elle proposera alors un délai supplémentaire d’un an ou plus pour permettre à la France de revenir à 3 % de déficit. Pour gagner la mansuétude de Bruxelles et éviter les sanctions, Manuel Valls a pris la plume vendredi dernier. Rendue publique vendredi dernier par la Commission, la lettre de Manuel Valls ne comporte pas de révélations. Elle vise surtout à rappeler les réformes déjà réalisées et expliquer celles qui sont dans les tuyaux.

LE MEDEF A BOUT DE NERFS

A quelques jours de la mobilisation patronale qui doit intervenir à partir du 1er décembre, pour libérer l’entreprise, le Medef s’est livré, mercredi, à une opération vérité sur les chiffres, en l’occurrence ceux de la fiscalité – et plus généralement des prélèvements – pesant sur les entreprises. Les services du Medef ont recensé l’ensemble des dispositions fiscales entrées en vigueur depuis 2010, date à partir de laquelle les prélèvements ont recommencé à croître, pour atteindre aujourd’hui 25,4 % de la valeur ajoutée. Ils en comptent pas moins de quatre-vingt-dix, qu’il s’agisse de taxes nationales, de taxes locales, de taxes sectorielles ou de taxes clandestines c’est-à-dire affectées par un changement de taux ou d’assiette.

En quatre ans, les impôts et cotisations acquittés par les entreprises ont progressé de 31 milliards d’euros. Un chiffre choc, destiné à démontrer que les 40 milliards d’allégements cumulés du crédit d’impôt compétitivité emploi et du pacte de responsabilité, qui commencent à produire leurs effets à partir de cette année, ne peuvent suffire à effacer le fardeau antérieur. Pour étayer sa démonstration, le Medef raisonne non en niveau des prélèvements mais en cumul. Ainsi, en 2011, les impôts et cotisations des entreprises ont augmenté de 8,6 milliards d’euros. L’année suivante, 2012, l’augmentation a été de 13,2 milliards (21,8 en cumulé). En 2013, l’addition s’est gonflée de 14,3 milliards (36,1 en cumulé).

150.000 CHOMEURS DE PLUS EN UN AN

Pour le reste, les chiffres du chômage publiés jeudi soir par Pôle emploi font état d'une hausse de 27 300 demandeurs d'emploi sans aucune activité (catégorie A), sur la France entière. Le nombre de chômeurs de cette catégorie franchit la barre des 3,7 millions de personnes. En comptant les chômeurs ayant eu une activité réduite au cours du mois (catégories A, B et C), la hausse est de 25 900 personnes. Au total, 5 457 400 personnes sont inscrites à Pôle emploi dans ces trois catégories. Cette nouvelle hausse fait déjà de 2014 une nouvelle année noire sur le front du chômage, avec déjà plus de 150 000 chômeurs de plus pour la seule catégorie A.

Ce sont de nouveau les chômeurs de longue durée, inscrits depuis plus d'un an, qui expliquent la hausse d'octobre. Il sont 20 000 de plus qu'en septembre, et l'ancienneté moyenne d'inscription sur les listes augmente encore de deux jours, pour s'établir à 536 jours. Autre élément inquiétant : la part des chômeurs indemnisés par l'assurance-chômage ou l'allocation spécifique de solidarité a plongé en septembre à 46,6 %, son niveau le plus bas depuis 2010. Le nombre de chômeurs bénéficiaires du RSA a bondi de 11,5 % sur un an. Par ailleurs, en octobre, le nombre d'inscriptions après une fin de CDD recule fortement, mais les licenciements économiques ont progressé.

UN PATRON PAR INTERIM POUR THALES

C’est demain, lundi que l’on saura si le groupe chinois Fosun décide se surenchérir sur le Club Méditerranée. D’aucuns en doutent compte tenu de l’état du Club. Pour l’heure Andrea Bonomi, conseillé par la Banque Lazard et l’avocat de renom Henri Brandford-Griffith et associé au Sud-africain Sol Kerzner, au brésilien GP Investments et au fonds américain KKR, tient la corde. L’homme d’affaires italien est prêt à payer 914 millions d’euros. En face il y a toujours le chinois Fosun associé à l’agence de tourisme chinoise U-Tour et à l’homme d’affaires brésilien Nelson Tanure. Depuis que l’OPA sur le Club a débuté, ce dernier a vu sa perte s’élargir à 12 millions d’euros alors que les analystes attendaient un bénéfice de 10 à 20 millions d’euros. En huit ans, c’est la cinquième fois que les comptes sont dans le rouge.

Six semaines après avoir accepté de prendre la présidence d'EDF, Jean-Bernard Lévy a présenté, jeudi 27 novembre, sa démission aux administrateurs de Thales qu'il dirigeait depuis deux ans. Dans la foulée, le conseil a nommé, sur proposition des deux actionnaires de référence - l'État (26,39 %) et Dassault Aviation (25,30 %) un PDG intérimaire Il s'agit de Philippe Logak (X-Mines, Ingénieur de l'armement), qui occupait jusqu'alors le poste de secrétaire général du groupe de défense. Aux termes du pacte d'actionnaires qui les lie, l'État et Dassault Aviation doivent se mettre d'accord sur le nom du futur PDG du groupe français. À peine nommé, le PDG par intérim a rencontré les membres du comité exécutif où siègent les deux candidats de l'interne au poste de patron : Patrice Caine et Pierre-Éric Pommelet. Le premier reste le grand favori, tant pour sa connaissance de l’entreprise que des clients et des rouages institutionnels.

LE PLAIDOYER DE LEVY POUR EDF

À la veille de sa nomination en Conseil des ministres, le futur PDG d'EDF, Jean-Bernard Levy, s'est plié mardi à l'exercice des auditions préalables devant les commissions économiques du Sénat et de l'Assemblée nationale. L'ex-patron de Vivendi et Thales a d'ores et déjà insisté sur un point primordial : la nécessité d'un rééquilibrage tarifaire. Le nouveau PDG de l'entreprise publique a mis en tête de liste de ses chantiers prioritaires la restauration des grands équilibres financiers, condition de la mise en œuvre des investissements massifs qui attendent le groupe. Jean-Bernard Levy s'est par ailleurs engagé à resserrer la coopération avec Areva et améliorer la conduite des grands chantiers nucléaires, à commencer par l'EPR de Flamanville, dont le calendrier vient de déraper d'une année supplémentaire.

Enfin Airbus Group vient d’annoncer la cession de moins de 10 % de sa participation dans Dassault Aviation. C’est Dassault Aviation qui va racheter les titres vendus par Airbus Group. La cession des parts d’Airbus Group dans Dassault Aviation est vivement réclamée par l’un de ses actionnaires minoritaires, le fonds activiste TCI (The Children’s Investment Fund). Le retrait est organisé de manière progressive avec une première tranche allant jusqu’à 10 % du capital. Intéressé par cette opération, Dassault Aviation a réuni, en septembre, une assemblée générale l’autorisant à acquérir ses propres actions et, ensuite, à les supprimer. L’opération pouvant aller jusqu’à 10 % du capital. À terme, la perspective d’une cession totale des parts d’Airbus Group ne serait pas sans conséquence sur le secteur tout entier et pour l’Etat français.

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