WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Manuel Valls veut tirer la corde du réformisme jusqu’à être mis en minorité
par Yves de Kerdrel

Une semaine après son intervention télévisée, François Hollande en a perdu tout le bénéfice éventuel. D’une part, dans l’affaire Jouyet-Fillon, il passe pour le grand organisateur de ce piège où est tombé son secrétaire général de l’Élysée, pour lequel il n’a eu aucun geste de soutien. D’autre part à Matignon, Manuel Valls prend de plus en plus de distance avec François Hollande, jusqu’à assumer clairement, devant ses ministres, le fait d’être en cohabitation.

16/11/2014 - 07:49 Temps Lecture 12 mn.

La scène se passe un soir de la semaine passée dans le Pavillon de Musique de l’Hôtel Matignon. Manuel Valls a convoqué le matin même l’un de ses vieux amis qui a également ses entrées chez Nicolas Sarkozy. Les deux hommes évoquent l’actualité, notamment l’affaire du Barrage de Sivens, dont le Premier Ministre est persuadé qu’elle peut toujours dégénérer, l’affaire Jouyet-Fillon dont Manuel Valls est fou furieux et rend François Hollande responsable de ce coup monté. « Même les pieds nickelés s’y prenaient mieux, a-t-il dit à son interlocuteur, ils savaient de temps à autre monter de vrais plans. » En vient une discussion sur le fond. Et là Manuel Valls avoue qu’il va continuer à dérouler son train de réformes sans se soucier des frondeurs, sans se soucier du locataire de l’Élysée, en sachant très bien qu’à force de tirer sur la corde du réformisme, elle cassera, si bien qu’il sera mis en minorité. Tout est dit sans acrimonie, sans amertume et avec une grande tranquillité d’esprit qu’il n’avait pas en juin dernier.

En juin, c’est à dire au moment du fameux déjeuner organisé au Pavillon Ledoyen entre Jean-Pierre Jouyet et François Fillon en présence d’Antoine Gosset-Grainville. Il s’avère aujourd’hui que ce déjeuner a eu lieu parce que François Hollande voulait savoir si en cas de dissolution, François Fillon accepterait d’être Premier Ministre. Cette raison n’a pu être donnée par aucun des deux protagonistes car elle était trop sensible. Mais Manuel Valls était lui au courant. Et cela montre la perversité de François Hollande qui n’a certes pas lâché son secrétaire général de l’Élysée mais ne lui a manifesté aucun soutien à la différence du Premier Ministre ou d’Emmanuel Macron.

FILLON EST DEVENU INAUDIBLE

A droite cette affaire n’a pas fini d’avoir des conséquences. D’abord parce que la tête de François Fillon a aujourd’hui bel et bien roulé. Et même si l’ancien premier ministre continue de dérouler son programme, il est devenu inaudible. Et rien ne lui permettra de revenir sur le devant de la scène. D’ailleurs Nicolas Sarkozy se garde bien de l’enfoncer, estimant qu’il ne représente plus que lui-même. Quant à Alain Juppé, il a été également fragilisé par cette affaire. D’abord parce qu’il a eu du mal à s’expliquer avec Nicolas Sarkozy sur cette obsession de François Fillon à vouloir que la justice poursuive l’ancien président parce que l’UMP a payé les amendes liées au surcoût de sa campagne. Alors que c’est Nicolas Sarkozy qui a fait en sorte qu’Alain Juppé n’ait rien à payer lors de son procès. Ensuite parce que le Maire de Bordeaux – et surtout sa femme – ont eu cette semaine une petite illustration de la violence du climat politique. Ce qui les fait réfléchir sur sa volonté d’aller jusqu’au bout.

Du côté de François Hollande, il est actuellement à Brisbane en Australie pour le G20 d’où Vladimir Poutine est parti plus vite que prévu. Le chef de l’État a évoqué hier après midi ses préoccupations sur différentes questions économiques comme la nécessité de ramener la croissance et de lutter contre la faible inflation au niveau mondial. La délégation française assure pouvoir compter sur le soutien du Fonds monétaire international, de l’OCDE, des États-Unis ou encore du Japon, quand l’Allemagne et la Commission européenne restent plus prudentes. Ce dimanche, François Hollande doit discuter de la régulation de la finance mondiale, dans une table ronde avec ses partenaires. Le communiqué final du G20 doit faire mention de la régulation bancaire que les États espèrent mener à bien en 2015. La révélation du scandale « LuxLeaks » à propos des arrangements fiscaux entre le Luxembourg et certaines multinationales a par ailleurs fait bouger les lignes sur la question de l’optimisation fiscale. Les Allemands, soutenus par la France et la Commission européenne ont plaidé pour l’introduction d’un paragraphe dans le communiqué final.

LES FRONDEURS PREPARENT LE CONGRES DU PS

S’agissant de la gauche de la gauche, qui se fait plus silencieuse actuellement, elle va trouver une nouvelle occasion de compter ses forces. Car le prochain congrès du Parti socialiste sera organisé les 5, 6 et 7 juin 2015. Cette date correspond à la préconisation faite lundi 10 novembre par la Haute autorité du PS. Ainsi, c’est dans sept mois que les militants vont être appelés aux urnes pour renouveler l’ensemble de leurs instances fédérales et nationales, et choisir qui sera le futur premier secrétaire du PS. Alors que la politique économique du gouvernement est contestée par une partie des cadres et des militants socialistes, ce congrès sera un moment de test pour le président de la République qui pourrait voir ses positions dans le parti fragilisées.

Les statuts du PS prévoient que les candidats des deux « motions » arrivées en tête s’affrontent pour le poste de premier secrétaire. La synthèse qui définit la ligne du parti doit en revanche se faire autour de la motion plébiscitée par les militants. Ce pourrait être un moment important pour Benoît Hamon, allié avec Arnaud Montebourg, même si une partie de l’aile gauche ne lui a pas encore pardonné d’avoir œuvré à l’installation de Manuel Valls à Matignon en avril. Si des discussions ont commencé entre les différentes tendances de l’aile gauche, un participant concède qu’il n’y a pour l’heure qu’une ébauche de rassemblement.

Dans ce paysage, reste surtout à savoir ce que vont faire les aubrystes. Les troupes de la maire de Lille, qui représente une sensibilité importante au centre et à la gauche du PS, sont pour l’instant divisées entre ceux qui participent au mouvement « Vive la gauche », et les autres qui restent plus proches de l’actuelle direction.

CHIFFRES PEU GLORIEUX POUR LA FRANCE

Du côté de la macro-économie, c’est toujours le calme plat. D’après les chiffres publiés vendredi par Eurostat, la croissance de la zone euro n’a été que de 0,2 % au troisième trimestre. C’est un peu mieux que ce que prévoyaient les économistes (0,1 %), mais ce chiffre cache de grandes disparités. L’Italie (– 0,1 %) et Chypre (– 0,4 %) continuent ainsi de s’enfoncer en récession. L’Allemagne, elle, affiche une timide hausse de 0,1 %, tandis que le produit intérieur brut français a crû de 0,3 %, le portugais de 0,2 % et le belge de 0,2 %. La seule véritable bonne surprise est venue de l’Espagne (+ 0,5 %) et surtout de la Grèce (+ 0,7 %), qui affiche le plus fort taux de croissance trimestrielle de la zone euro. Après six ans de récession et de rigueur, Athènes voit enfin se profiler la reprise.

Pour la France il n’y a pas de quoi pavoiser. Et in fine 2014 devrait se terminer sur une croissance de 0,4 %. D'ailleurs, au troisième trimestre, la France n'a pas créé d'emplois, elle en a détruit. Selon l'Insee, 34 100 postes ont disparu dans le secteur marchand, plombé par l'intérim. L'emploi salarié s'est replié de 0,2 % sur le trimestre. Il est tiré à la baisse par le travail temporaire, qui a chuté de 4,2 %. Dans ce secteur réputé précurseur des évolutions du marché du travail, 22 900 postes ont été supprimés. Sur un an, 37 700 postes ont disparu dans le secteur marchand, malgré une légère embellie au deuxième trimestre.

MACRON PARLE D’ETAT D’URGENCE

Samedi soir, à l’occasion d’une interview au journal Le Monde, Emmanuel Macron a tenu des propos clairs et nets, dans la ligne de ce qu’affirme Manuel Valls : « nous devons moderniser notre pays parce que notre économie est en état d’urgence, et c’est l’Europe qui doit investir. » Le Ministre de l’Économie qui doit voir le Premier Ministre en tête à tête cette semaine va évoquer avec lui la réduction de la politique de saupoudrage en matière d’innovation pour diminuer le nombre de secteurs prioritaires. Lors de cet entretien il a eu une phrase qui est déjà largement commentée par les patrons du CAC 40 : « Sanofi est un vrai point de vigilance pour le gouvernement. Les grandes entreprises françaises ont une responsabilité dans le maintien du tissu industriel. C’est une question d’éthique pour les décideurs économiques. »

Du côté du CAC 40 justement, la période des budgets pour 2015 qui s’achève témoigne d’une très grande prudence de leur part. Il faut dire que les dernières semaines n’ont pas été très favorables. A fin septembre, leur chiffre d’affaires cumulé sur les neuf premiers mois de l’année s’affiche en progression de 0,5 % par rapport à la même période de 2013, atteignant 904,3 milliards d’euros. À la fin du premier semestre, la hausse de l’activité était encore de 0,8 %. Sur l’ensemble de l’année 2013, le chiffre d'affaires cumulé des acteurs du CAC 40 avait connu un léger repli de 0,2 %, à 1 268 milliards d'euros. Il reste que les résultats attendus pour l’année 2014 par les analystes sont de 72 milliards d’euros, soit une hausse de 50 % par rapport aux 47,7 milliards engrangés de 2013.

COMMENT BLAYAU S’EST TIRE UNE BALLE DANS LE PIED

Comme WanSquare a été le premier à le révéler, Pierre Blayau, président du conseil de surveillance d’Areva, ne sera pas reconduit à son poste à l’occasion du prochain changement de mode de gouvernance. L’État souhaite que Philippe Varin, ancien patron de PSA, et désormais administrateur d’EDF entre au conseil d’administration d’Areva en vue d’en prendre la présidence. Philippe Varin est un très grand industriel connu et reconnu. Laurent Fabius a joué un grand rôle à la fois dans sa nomination au conseil d’EDF et d’Areva après avoir constaté la manière dont la filière nucléaire se comportait à l’étranger.

Pierre Blayau a été convoqué vendredi matin par Véronique Bédague, la directrice de cabinet de Manuel Valls, qui lui a annoncé la nouvelle. Son éviction serait le résultat de la guerre que se sont menée les dirigeants du groupe dans la perspective du changement de gouvernance. D’une société à conseil de surveillance et directoire, le groupe nucléaire doit en effet se convertir prochainement à une entreprise à conseil d'administration, avec un président et un directeur général Pierre Blayau, qui dans le futur schéma se voyait bien devenir président du conseil d'administration avec Philippe Knoche comme futur directeur général, s’était livré à une offensive très violente contre le président du directoire Luc Oursel. Depuis celui-ci a dû se retirer en raison d’une très grave maladie.

BOUYGUES VOIT LE BOUT AVEC ALSTOM

Sur un tout autre sujet, la secrétaire d'État au numérique, Axelle Lemaire, s'est déclarée jeudi dernier ouverte au principe de l'entrée d'un investisseur étranger au capital de la filiale d'Orange Daily motion. Elle a appelé à éviter à tout prix une nouvelle « affaire Daily motion », en référence à la polémique déclenchée par le veto d'Arnaud Montebourg au projet de rachat du service de vidéo en ligne par le groupe américain Yahoo! l'an dernier. Orange cherche de nouveau un partenaire extérieur pour entrer au capital de Daily motion, qu'il contrôle à 100 %, afin de l'aider à se développer. L'État, de son côté, détient 27 % du capital d'Orange.

Enfin on sait maintenant qu’Alstom pourrait redistribuer à ses actionnaires jusqu'à un tiers environ du produit de la cession de l'essentiel de ses activités énergétiques à l'américain General Electric, soit 4 milliards d'euros. Il y aurait donc une distribution aux actionnaires qui prendrait la forme d'une offre publique de rachat d'actions. Cette offre publique serait soumise à l'accord des actionnaires après la réalisation de l'opération avec GE, attendue au cours du deuxième trimestre 2015 après validation par une assemblée générale convoquée le 19 décembre.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande a perdu une occasion de se taire

09/11/2014 - 08:18

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande veut tenter de reprendre la main.

02/11/2014 - 07:16