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Yves de Kerdrel

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Hollande veut tenter de reprendre la main.
par Yves de Kerdrel

A l’occasion de son intervention télévisée du 6 novembre sur TF1, le Président de la République va essayer de trouver un nouveau souffle pour la deuxième moitié de son quinquennat. Il compte aussi faire de ce moment une tribune pour corriger vertement son Premier Ministre et se poser en point de repère de l’ensemble des socialistes.

02/11/2014 - 07:16 Temps Lecture 12 mn.

Comme WanSquare a été le premier à le révéler, c’est désormais une véritable cohabitation qui s’est mise en place entre le Chef de l’Etat et son Premier Ministre. Manuel Valls a clairement défini à plusieurs reprise une ligne politique très sociale libérale à partir de laquelle il souhaite réformer le Pays. Mais cette ligne clive le Parti Socialiste, avec les frondeurs, et même maintenant avec une partie des députés qui n’avaient jamais fait part de leurs états d’âme et qui se retrouvent derrière Claude Bartolone. Sans compter les propos très durs tenus par les écologistes, surtout après la mort d’un manifestant à côté du barrage en construction dans le Tarn.

L’attitude du Premier Ministre agace de plus en plus à l'Elysée. D'après le Canard enchaîné, le président de la République se montre de plus en plus irrité par ce comportement. « J'en ai un peu marre », a-t-il dit à des proches selon l'hebdomadaire. « Marre qu'il fasse provoc sur provoc. Il tire un peu trop sur la corde », a-t-il poursuivi. «Valls, il fait de la communication, encore de la communication, et les réformes n'avancent guère». François Hollande n’a pas supporté l’interview dans l’Obs où le premier ministre faisait un nouveau pas vers l'ouverture au centre, avec pour propositions l'idée d'une formation politique commune des progressistes et un changement de nom du PS.

UNE EMISSION DE CLARIFICATION

Du côté de Matignon, les proches de Manuel Valls ne sont guère plus tendres avec le Chef de l’Etat. L'ambiance dans la majorité et les velléités de l'aile gauche poussent Manuel Valls à souhaiter une clarification de la part de François Hollande. En fait tout porte à croire que le premier ministre a fait en sorte de créer un rapport de forces que le Chef de l’Etat doit déboucler ou laisser perdurer. A Matignon, on souhaite clairement que l’émission du 6 novembre sur TF1 soit l’occasion d’une clarification de la part du Président de la République. Et à l’Elysée on entend également faire de cet exercice une tribune pour François Hollande afin qu’il dise comme Jacques Chirac à propos de Nicolas Sarkozy : « Je décide et il éxécute ».

De manière tenter de retrouver un certain apaisement juste avant cette émission qui intervient le jour de la mi-mandat du Président de la République, Manuel Valls a déclaré dans un entretien au journal néerlandais NRC Handelsblad que c’est bien l'actuel président de la République qui est le candidat évident du Parti socialiste pour les élections de 2017. Il a même été jusqu’à dire que « c'est ma tâche de l'aider à réussir afin que la France en 2017 soit dans un meilleur état qu'en 2012 ». Une manière de calmer le jeu après une semaine agitée pour le couple exécutif.

SARKOZY TRES CRITIQUE

En fait pour beaucoup d’observateurs à gauche, tout se passe comme si Manuel Valls cherchait une porte de sortie de Matignon le plus vite possible. En tous cas avant les élections départementales. Il souhaite quitter son poste sans avoir été mis en minorité par les frondeurs, tout ayant mis en place une ou deux grandes réformes de structure. De manière à reconquérir toute sa virginité politique pour les présidentielles de 2017. En fait son scénario de sortie s’apparenterait au départ de Jacques Chirac à l’été 1976 déclarant « qu’il n’a pas les moyens de mener son action » afin de faire porter la responsabilité du divorce au sein du couple éxécutif à François Hollande.

A droite, il reste encore quatre semaines avant le vote des militants pour la présidence de l’UMP. Et le retour de Nicolas Sarkozy en politique est d’ores et déjà considéré comme « raté » pour 75% des Français et 48% des sympathisants de l'UMP tandis que 77% des personnes interrogées jugent que l'ex-chef de l'Etat n'a fait aucune proposition intéressante pour la France, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien publié hier. Signe inquiétant pour l'ancien président : les sympathisants de droite sont une majorité à le penser (58%), les sympathisants UDI et FN se montrant particulièrement critiques à l'égard du fond du projet. Quant aux sympathisants UMP, a priori acquis à Nicolas Sarkozy, ils considèrent certes majoritairement qu'il fait des propositions intéressantes pour le pays, mais cette majorité est étriquée (54%).

BRUXELLES RESTE AUX AGUETS

Le psychodrame entre Bruxelles et Paris s’est achevé momentanément avec une baisse des charges sortie du chapeau de Bercy au dernier moment. Baisse des charges qui apparaît très artificielle à tous les observateurs. Les éléments de la réduction supplémentaire du déficit de 3,6 milliards d’euros, pour arriver à l’ajustement structurel de 0,5 point ne passe pas par des économies. Ce qui permet à Michel Sapin et à François Hollande d’affirmer qu’ils n’ont pas cédé au diktat de la Commission. A Bruxelles, certains s’étonnent de la stratégie adoptée par l’exécutif français. Pourquoi ne pas avoir accepté tout de suite le 0,5 point d’effort structurel ? A cause de cela, la France s’est rétrogradée elle-même dans la catégorie des pays risquant d’être sanctionnés a priori sur leur budget, avant même qu’on parle du fond.

Personne ne considère en tout cas que la France a marqué un point contre Bruxelles. On estime au contraire qu’elle n’a franchi qu’un obstacle. Et vu le ressentiment de certains à la Commission, qui estiment que l’institution a été, sur ce coup, trop laxiste, la partie s’annonce très difficile. Si bien que la négociation avec Paris va se poursuivre encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Prochain rendez-vous : la publication, avant la fin novembre, d’un avis circonstancié pour chaque pays de la zone euro.

UN SCRUTIN DIFFICILE POUR OBAMA

Après quelques jours de lobbying patronal intense, le gouvernement a décidé de renoncer, jeudi, à soumettre certains dividendes au paiement de cotisations sociales. Cette disposition complexe, votée par les députés dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2015, devait permettre d’éviter des phénomènes d’optimisation fiscale, avait précisé l’auteur de l’amendement en question, le député PS Gérard Bapt, rapporteur du projet de loi. Après être d’abord passé inaperçu, l’amendement a déclenché la colère du patronat. Celle ci a trouvé un relais précieux au sein du gouvernement, en la personne du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui est intervenu auprès de François Hollande et de Manuel Valls pour que le gouvernement revienne sur cet amendement. Le président de la République et le premier ministre ont donc arbitré dans son sens.

A quelques jours des élections de mi-mandat, la publication de bons chiffres de croissance tombe à point nommé pour le gouvernement de Barack Obama. L’économie américaine a progressé de 3,5 % en rythme annuel entre juillet et septembre, selon la première estimation du département du commerce. Après la hausse de 4,6 % enregistrée au deuxième trimestre, il s’agit de la meilleure performance sur six mois depuis 2003. Le PIB a été notamment soutenu par des facteurs qui ne devraient pas être récurrents. En fait, il semblerait qu’après un phénomène de rattrapage par rapport à un premier trimestre au cours duquel le PIB avait plongé de 2,1 %, on assiste à une sorte de retour à une croissance modeste.

HAUSSE DES PRIX EN ZONE EURO

Comme prévu la Réserve fédérale a annoncé, mercredi 29 octobre, qu’elle allait mettre un terme à ses injections de liquidités dans l’économie américaine destinées à soutenir la croissance. Constatant une amélioration du marché de l’emploi aux Etats-Unis, la banque centrale a décidé de clore son programme d’achats de bons du Trésor dès la fin du mois d’octobre. Pour autant, la Fed a décidé de maintenir ses taux d’intérêt proches de zéro pour un temps considérable. La banque centrale juge que la situation de l’emploi n’est pas encore totalement rétablie et que la faiblesse de l’inflation nécessite de prolonger sa politique monétaire accommodante. Elle a toutefois indiqué que, si les progrès dans ces deux domaines s’accéléraient, la hausse des taux pourrait intervenir plus tôt qu’on ne l’anticipe.

Un indice a surpris la plupart des économistes ces derniers jours : l’inflation a très légèrement accéléré en octobre dans la zone euro, selon les chiffres provisoires publiés vendredi par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Cette très légère accélération des prix ne devrait pas dissiper les craintes de voir la zone euro sombrer dans la déflation, d’autant que jeudi les chiffres publiés par l’Allemagne et l’Espagne n’étaient guère encourageants. Sur un mois, les prix la consommation dans la première économie de la zone ont diminué de 0,3 %. Et en Espagne, l’indice des prix a enregistré en octobre son deuxième recul mensuel consécutif. Il y a exactement un an, l’inflation dans la zone euro s’élevait encore à 0,7 %.

LE REBOND DE BNP PARIBAS

Du côté des affaires, cette semaine de la Toussaint a été marquée par un grand calme. Parmi les rares dossiers en cours il faut noter l’éviction attendue de Marc Lelandais de la présidence de Vivarte. Il sera remplacé par Richard Simonin, actuel directeur général délégué, qui sera assisté dans ses nouvelles fonctions par Pierre Trotot, qui devient directeur général du groupe. Le conseil d’administration du groupe sera composé, outre Richard Simonin et Pierre Trotot, de quatre représentants des nouveaux actionnaires. Ce départ intervient au lendemain du bouclage de l’opération de restructuration de la dette record du groupe. Cette restructuration a permis de réduire les créances de 2 milliards d’euros, passant à 800 millions d’euros, mais a obligé Vivarte à changer d’actionnaires de référence, en faisant entrer les fonds Alcentra, Babson, GoldenTree et Oaktree au sein de son conseil d’administration, en remplacement des fonds d’investissement Charterhouse, Chequers et Sagard.

Autre événement important de cette semaine : BNP Paribas a publié vendredi des résultats en net rebond au titre du troisième trimestre, tirés par toutes ses divisions, après avoir essuyé au trimestre précédent une perte historique liée au règlement de son contentieux aux Etats-Unis. Ce qui a entrainé un très net rebond du titre. Entre juillet et septembre, le produit net bancaire de BNP a progressé de 3,9% à 9,54 milliards d'euros. Le résultat net affiche une augmentation de 10,6% à 1,5 milliard.

Les revenus s'inscrivent en hausse dans toutes les divisions et particulièrement dans celle de la banque de financement et d'investissement, signe que les clients ne se sont pas détournés de la banque après ses ennuis judiciaires outre-Atlantique. BNP Paribas, comme ses grandes concurrentes françaises cotées, a passé sans encombre les tests de résistance et l'examen de la qualité des actifs organisés par la Banque centrale européenne, dont les résultats ont été publiés le 26 octobre.

Enfin, selon les informations de WanSquare, Transdev (coentreprise de Veolia et de la CDC détenant 66 % du capital de la compagnie) et Veolia ont fait partir mercredi un courrier exigeant de SNCM le remboursement anticipé de leurs prêts de 103 et 14 millions d'euros. Si bien que cette demande va obliger Olivier Diehl, patron de la SNCM, à aller devant le président du tribunal de commerce de Marseille pour demander que la compagnie soit placée en redressement judiciaire. Une telle mesure aurait l’avantage de geler l’amende de 420 millions d'euros infligée par Bruxelles et de permettre la restructuration de la compagnie dans un format rentable. Il reste que le risque de la liquidation n’est pas à exclure. Surtout si les salariés bloquent le plan d’allègement des effectifs.


Corrrectif : dans une dépêche publiée vendredi dernier à 17 h 47 il était écrit que Baudouin Prot était directeur général de BNP Paribas. Nos lecteurs auront corrigé d’eux-mêmes puisque le directeur général est Jean-Laurent Bonnafé et que le Baudouin Prot qui était président jusqu’à fin septembre à laissé sa place à Jean Lemierre, ancien Président de la BERD.

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