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Valls commence à vouloir quitter Matignon
par Yves de Kerdrel

Alors que Manuel Valls et ses ministres réformateurs mesurent chaque jour l’archaïsme des parlementaires socialistes, et pas seulement des frondeurs, François Hollande souhaite faire la « synthèse » comme il l’a faite au PS pendant onze ans. Mais le Premier Ministre ne l’entend pas de cette oreille. Et s’il n’arrive pas à gouverner, il pourrait quitter Matignon au début de l’année prochaine.

26/10/2014 - 08:29 Temps Lecture 14 mn.

C’est un toujours un climat de guerre larvée entre l’Élysée et Matignon. Averti de la sortie d’une importante interview dans l’Obs au cours de laquelle Manuel Valls affiche son ambition de redessiner le Parti Socialiste, de lui faire changer de nom et d’en faire « une maison commune » pour tous les sociaux-libéraux, reprenant la petite musique de « la troisième voie » chère à Jospin, Blair et Schröder, François Hollande a bien sûr préparé sa contre attaque. Mercredi dernier, veille de la publication de l’hebdomadaire, le Président de la République devait remettre les insignes de grand-croix de l'ordre du Mérite à son premier ministre, Manuel Valls, comme il est d'usage depuis 1974 quand le chef du gouvernement exerce ses fonctions depuis six mois. Mais il a profité de ce moment, a priori convivial pour multiplier les piques à l’égard du locataire de Matignon.

Devant un Manuel Valls souriant, il a déclaré : « Vous aimez citer de grands républicains. Une des figures qui vous sert de référence, c'est celle de Clemenceau. C'est un personnage controversé, y compris au sein de la gauche française. C'est sans doute pour cela que vous l'utilisez. » Puis, François Hollande a continué : « Car vous aimez la controverse, à condition qu'elle soit un facteur de débat, de contradiction et en même temps de synthèse. Car il faut aussi qu'il y ait des hommes de synthèse dans la République. C'est très important. » Il est ensuite revenu sur l'exemple de Georges Clemenceau, ministre de l'intérieur, président du Conseil, mais qui ne fut jamais président de la République. « Je connais bien son parcours, parcours très long, ce qui vous laisse grand espoir. Clemenceau n'est pas devenu président de la République, mais on peut aussi réussir son existence sans être président de la République ».

VALLS BIEN PLACE POUR 2017

Car dans cette interview, Manuel Valls va très loin, en bousculant un certain nombre de totems de la gauche, en démolissant l’état-providence à la française et en remettant même à l’honneur la notion d’identité. Par ailleurs le ton général de cette interview n’est guère optimiste. Et c’est bien sûr avec l’autorisation du Premier Ministre, dont il est très proche que François Rebsamen a déclaré : « Soyons honnêtes: nous sommes en échec. À titre personnel, devoir annoncer chaque mois une augmentation du chômage, c'est une souffrance». Dans l’entourage de Manuel Valls, on précise que sur le fond, le ministre est bien sur la ligne du Premier Ministre. Il est même devenu celui qui lance les ballons d'essai.

Du côté de l’Élysée, rien ne s’arrange. Plus de huit Français sur dix déclarent ne pas souhaiter que François Hollande se représente à l'élection présidentielle de 2017, selon un sondage réalisé par Odoxa pour CQFD, I>Télé et Le Parisien Aujourd'hui en France. Seules 15% des personnes interrogées disent souhaiter cette candidature, quand 84% sont contre et 1% ne se prononcent pas. Mais le pire, c’est que chez les sympathisants de gauche, 28% accueillent favorablement cette candidature. Parmi les quatre noms proposés, 47% des sondés estiment que Manuel Valls est "le/la meilleure candidate pour le Parti socialiste" à cette élection loin devant Martine Aubry (28%), Arnaud Montebourg (17%) et François Hollande (4%).

LES SOMBRES AUGURES DE VGE

La position de François Hollande est devenue beaucoup plus critique après le sommet de Bruxelles, durant laquelle, le Ministre des comptes publics a reçu une lettre sèche de Bruxelles demandant des explications sur la dérive du déficit public. Nos lecteurs pourront trouver à la fin de cet éditorial le texte intégral de cette lettre que WanSquare s’est procurée et que les pouvoirs publics français ont refusé de publier. Seuls cinq pays, l’Autriche, l’Italie, la France, Malte et la Slovénie ont reçu un courrier de ce type auquel chacun doit répondre dans les plus brefs délais. En fonction des arguments avancés la Commission Européenne pourrait aller jusqu'à émettre un « avis négatif » sur la copie française, mercredi prochain, si les négociations entre Paris et Bruxelles, d'ici là, ne se débloquent pas.

François Hollande a laissé entendre que quoiqu’il en soit Paris ne reverrait pas sa copie, mais donnerait à Bruxelles des arguments pour expliquer que les économies mises en œuvre en 2015 ne peuvent pas être accrues. En fait plus que Bruxelles, c’est Berlin qui joue un rôle important dans ces discussions. D’où l’aller-retour de Michel Sapin et Emmanuel Macron à Berlin la semaine dernière. Si Sigmar Gabriel semble être convaincu qu’il ne faut pas brusquer la France, ce n’est pas l’avis d’Angela Merkel. D’autant plus que les déclarations de Valéry Giscard d’Estaing, prédisant, dans le Figaro de ce week-end que la France prend le même chemin que la Grèce n’est pas là pour rassurer. Selon les informations de WanSquare disponibles samedi soir, Bruxelles serait effectivement prête à prendre le risque d’aller au « clash » avec Paris. Un avis négatif ne signifie toutefois pas un rejet du budget. Il ouvre la voie, si rien n’est fait par le pays pour corriger sa trajectoire budgétaire dans les mois qui suivent, au démarrage d’une procédure de sanction.

LE DIMANCHE DES STRESS TESTS

A droite, c’est toujours le calme plat en attendant les élections internes à l’UMP du 29 novembre dernier. Nicolas Sarkozy a récemment musclé son dispositif de campagne en rajoutant quelques meetings à l’agenda initial. Par ailleurs il a obtenu qu’Alain Juppé fasse un meeting commun avec lui à Bordeaux. Alors que François Fillon qu’il a rencontré au domicile de René Ricol a décliné fermement toute participation aux meetings de l’ancien Président de la République. Henri Guaino, qui n’a jamais caché son scepticisme sur la candidature de Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP s’apprêterait à reprendre du service auprès de l’ancien président. Il a accepté de l’aider à préparer ses prochains discours. Il pourrait contribuer à préparer le texte du meeting de Marseille le 28 octobre et il est d’ores et déjà mobilisé sur le discours que prononcera M. Sarkozy à Paris, le 7 novembre.

Du côté de la macro-économie, l’événement de ce week-end réside dans la publication des stress-tests réalisés sur les banques de la zone Euro. Ce dimanche à midi tapante, la Banque centrale européenne va dévoiler le résultat de la revue des bilans et des tests de résistance des établissements bancaires européens. Un gigantesque bilan de santé des 128 plus grandes banques de la zone euro, telles que BNP Paribas, le Crédit agricole, la Société générale ou encore Deutsche Bank. Le bu vise à faire apparaître les éventuelles faiblesses se dissimulant encore au sein du système bancaire, comme l’ont fait les Américains chez eux dès 2008. Afin de rétablir enfin la confiance.

QUELQUES BANQUES SUR LA SELLETTE

Pour la BCE, le défi est triple. Le premier est d’asseoir sa crédibilité en tant que superviseur unique, tâche qui lui incombera pleinement dans quelques jours.

Le deuxième défi qu’elle devra relever est celui inhérent à sa nouvelle double casquette. Dès le 4 novembre, la BCE sera à la fois le pilote de la politique monétaire et le superviseur bancaire. En théorie, les deux activités seront bien séparées. Mais dans les faits, le superviseur ne manquera pas d’informer le pilote sur l’état de santé des banques. Le troisième défi de la BCE sera, enfin, de continuer à soutenir la reprise, tout en faisant face aux critiques toujours plus virulentes émanant d’Allemagne.

Les banques en déficit de fonds propres disposeront de deux semaines pour soumettre à la BCE un plan de renforcement de leurs fonds propres et la BCE décidera d'y donner son aval ou pas. Bien que l’institution de Francfort a tenu à préciser que toute information donnée avant ce dimanche à midi n’aurait aucun sens, Bloomberg a révélé que 25 banques auraient échoué aux tests et qu'une dizaine avaient encore un déficit en capital. Ce qui est certain c’est que les établissements qui sont mal notés ont déjà été prévenus.

AREVA EN PLEINE TRANSITION

Or il se trouve qu’Axa vient d’injecter 225 millions d’euros dans sa filiale bancaire belge Axa Bank Europe. L’augmentation de capital est intervenue le 30 septembre 2014. La date a son importance puisque le 30 septembre dernier est la date repère fixée par la Banque centrale européenne pour évaluer la qualité du bilan et la solidité des 130 banques européennes. La presse belge avait annoncé il y a quelques jours que les stress tests auraient épinglé deux enseignes belges : Dexia et Axa Bank Europe. Dexia est un cas à part puisque l’institution est gérée en extinction. Axa Bank Europe, pour sa part, regroupe les activités bancaires belges et hongroises du géant français. Ce sont ces activités en Hongrie qui auraient déplu à a BCE.

Réuni mercredi le conseil de surveillance d’Areva a opté pour une solution de transition afin de répondre à la situation créée par la mise en retrait de Luc Oursel, le président du directoire. Le directoire est composé du directeur général délégué Philippe Knoche, nouvel homme fort du groupe, de Pierre Aubouin et Olivier Wantz. Ils devront gérer la phase qui doit déboucher sur le changement de gouvernance, le groupe optant éventuellement pour un statut d’entreprise à conseil d’administration, avec un président et un directeur général. Le processus doit aboutir sur une assemblée générale, qui devrait se tenir autour du 9 décembre. Lors de cette réunion, les actionnaires auront à voter sur un changement de statut et sur les candidats aux postes d’administrateurs. Dans la foulée, se réunira le nouveau conseil d’administration qui élira son président et son directeur général. Pierre Blayau milite beaucoup à Bercy pour être ce futur patron. Avec peu de chances, tant il a mené la vie dure à Luc Oursel au cours des derniers mois.

RAPPEL A L’ORDRE DE MACRON

Thierry Desmarest, actuel président d’honneur de Total, et Patrick Pouyanné, directeur général de la branche Raffinage-Chimie, ont déjà pris les rênes du géant pétrolier après la disparition brutale de Christophe de Margerie. Leur feuille de route est claire. Dans un contexte qui voit le prix du baril de brut reculer vers les 80 dollars, ils n’ont pas d’autre choix que de mettre en place les mesures annoncées récemment par Christophe de Margerie, à savoir un plan de réduction des coûts, des cessions d’actifs et une réduction des investissements. Le sujet du raffinage va vite revenir sur la table. Les marges s’effondrent et le secteur continue de souffrir de surcapacités sur le Vieux Continent, une situation aggravée par la concurrence d’installations bien plus récentes mises en service hors d’Europe.

Enfin, s’agissant de GDF-Suez, où a surgi une polémique sur la retraite chapeau de son président, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, s'est dit "choqué" vendredi par les montants en question. Gérard Mestrallet percevra après son départ de la présidence de GDF Suez, 831.641 euros par an au titre de sa retraite complémentaire. Le locataire de Bercy qui a la tutelle de l’APE, principal actionnaire du groupe a ajouté : "Je souhaite que le Haut Comité de Gouvernement d'entreprises se saisisse de ce cas. L'État, comme actionnaire, se veut exemplaire et plus exigeant que le code Afep-Medef. Je souhaite que Gérard Mestrallet en tire toutes les conclusions"

Ci-dessous le texte original en anglais de la lettre envoyée par Bruxelles à Paris :

« Dear Minister,

First and foremost, I would like to thank you for the submission of France's Draft Budgetary Plan (DBP) for 2015, which we received on 15 October.

Based on the submission by France, the DBP itself does not plan to bring the general government deficit below the 3 % of GDP Treaty reference value by 2015, the deadline set by the Council in its recommendation of 21 June 2013 with a view to bringing an end to the situation of an excessive government deficit in France.

According to our preliminary analysis - confirmed on the basis of the recalculation by the Commission services using the commonly agreed methodology - the adjustment in the structural deficit is expected to be well below the level recommended. In that respect, there is a strong indication that the DBP for 2015 plans a breach of the budgetary policy obligations which stem from the Council recommendation under the excessive deficit procedure. Against this background, further exchanges of information have already taken place between your services and the Commission.

In line with the provisions of Article 7(2) of Regulation (EU) № 473/2013 of 21 May 2013, I am writing to consult you on the reasons why France plans to deviate from the budgetary targets set by the Council regarding both the general government deficit and the adjustment in the structural balance in 2015. I would also wish to know how France could ensure full compliance with its budgetary policy obligations under the SGP for 2015.

The Commission seeks to continue a constructive dialogue with France with the view to come to a final assessment. I would therefore welcome your view at your earliest convenience and if possible by 24 October. This would allow the Commission to take into account France's views in the further procedure.

Yours sincerely, »

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