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Yves de Kerdrel

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Hollande en guerre ouverte contre Valls
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État se remet peu à peu du coup que lui a porté son ex-compagne avec la révélation de séquences peu amènes. Il en profite pour reprendre du poil de la bête vis à vis de son premier ministre engagé dans un programme de réformes ambitieux, en lui savonnant la planche et en laissant Ségolène Royal dire n’importe quoi.

18/10/2014 - 23:57 Temps Lecture 12 mn.

Drôle d’ambiance à l’Élysée. Comme le révèle très bien Vanessa Schneider la journaliste du Monde – dont François Hollande dit ouvertement : « c’est mon journal » - qui a passé plus d’une semaine en immersion au sein du Palais Présidentiel. Cette enquêtrice politique a été le témoin de scènes complexes entre les conseillers du Chef de l’État et ceux de Manuel Valls. De sources proches du Président de la République, le courant passe de moins en moins bien entre les deux protagonistes du couple exécutif. Et il ne se passe plus une semaine sans qu’un différent entre les deux hommes sorte sur la place publique.

Cela a été le cas à l’occasion du non renouvellement d’Henri Proglio. Manuel Valls était favorable au maintien de ce dernier, compte tenu de son excellent bilan. C’est François Hollande qui a imposé sa décision. Et qui s’est d’ailleurs trouvé très embarrassé pour la justifier auprès de l’intéressé qu’il a reçu à l’Élysée il y a quelques jours. Même si c’est Emmanuel Macron qui a été chargé d’annoncer à Henri Proglio que son mandat ne serait pas renouvelé.

UN PLAN B POUR LE BUDGET

La manière dont François Hollande a taclé ouvertement Manuel Valls comme Emmanuel Macron pour leurs simples propos sur une nécessaire réforme de l’assurance-chômage prouve que le Chef de l’État ne veut pas abandonner le peu de pouvoir qui lui reste au Premier Ministre Du coup les rumeurs d’un départ de Manuel Valls d’ici quelques semaines refont surface. Voire plus vite si une nouvelle crise naît à l’occasion de la réécriture du projet de loi de finances à la demande de Bruxelles. Selon les informations de WanSquare, à Bercy on prépare activement un plan B pour le prochain budget au cas où la commission européenne refusait d’avaliser le 30 octobre prochain le projet qui lui a été présenté mardi dernier.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que la réforme des allocations familiales a brutalement surgi. Le gouvernement a fini par accéder jeudi dernier à la demande insistante des députés socialistes de moduler les allocations familiales en fonction des revenus. Un geste en contradiction avec les engagements de campagne de François Hollande. Il faut dire qu’en mars 2013, sur France 2, François Hollande avait déjà amorcé une première tentative de réforme. Estimant anormal que les plus hauts revenus aient les mêmes allocations que les plus modestes, il avait promis que cet aspect de la politique familiale serait revu.

DISCUSSION BUDGETAIRE ARDUE

Mais confronté à une forte opposition orchestrée à la fois par la droite, les communistes et l'UNAF, le gouvernement Ayrault avait finalement renoncé en juin 2013 à instaurer la modulation des allocations en fonction des revenus. Pour conserver la « paix sociale », il avait été décidé de baisser plutôt le plafond du quotient familial, cet avantage fiscal qui bénéficie aux familles les plus riches. Selon plusieurs parlementaires de la majorité cités par l'Agence France-Presse, le président a finalement été convaincu de la détermination des députés à avancer, lors de rencontres ces derniers jours. Pour sauver la face, l'entourage de François Hollande et la majorité ont plusieurs fois tenté d'expliquer que la mise sous condition de ressources des prestations n'était pas contradictoire avec la fameuse universalité du système français.

La discussion du projet de loi de finances pour 2015, qui se poursuit depuis mardi dernier à l’Assemblée nationale n’a pas manqué de faire réapparaître les dissonances à gauche. La journée de jeudi 16 octobre en a été l’illustration. C’est sans encombre qu’a été votée la disposition phare de cette partie recettes du projet de budget : la suppression de la première tranche, à 5,5 %, d’impôt sur le revenu qui, couplée avec l’abaissement du seuil d’entrée dans la tranche à 14 % et le relèvement de la décote, doit permettre à 9 millions de contribuables de bénéficier d’une baisse d’impôt sur le revenu ou d’en être exonérés.

QUAND SARKOZY FAIT SON INVENTAIRE

C’est après que les ennuis ont commencé, avec Henri Emmanuelli, vétéran des débats budgétaires. L’objet du contentieux : une disposition du Projet de loi de finances, défendue par le gouvernement, qui étend le bénéfice des exonérations fiscales prévues par la loi Duflot aux propriétaires louant à leurs descendants ou à leurs ascendants. S’ensuit un débat nourri, dans lequel l’opposition apporte un soutien appuyé… au secrétaire d’État chargé du budget, Christian Eckert, qui peine à convaincre ses ex-collègues. Un amendement de suppression de cette disposition est soumis au vote, après avis défavorable du gouvernement et de la rapporteure du budget : 26 voix se prononcent pour, 31 contre, il est rejeté. L’analyse du scrutin montre que 18 membres du groupe socialistes ont voté pour et 19 contre. Si les 12 députés UMP et UDI présents sur les bancs de l’opposition de droite n’avaient pas voté comme un seul homme contre cet amendement, il passait.

A droite, l’actualité reste marquée par le retour de Nicolas Sarkozy et ses interventions à l’occasion de meetings qui seront finalement plus nombreux que prévu. Au fil de ses réunions Nicolas Sarkozy commence à s’atteler à une critique de son propre bilan. Par exemple sur le discours de Grenoble de juillet 2010, qui faisait le lien entre criminalité et immigration ou sur son image de président des riches : « Avec le recul, je me dis que j’aurais été mieux inspiré de créer ce bouclier de la dépense publique plutôt qu’un bouclier fiscal… », Ou encore sur son comportement et certaines de ses expressions. Il reste que dans l’entourage de l’ancien Président on table sur un score de l’ordre de 60 % à l’occasion du vote du 29 novembre.

LES RESERVES DE L’OCDE

Du côté de la macro-économie, la semaine a été marquée par la publication d’une étude de l’OCDE sur les réformes structurelles en France. A cette occasion l’institution du Château de la Muette a ramené à 1,25 % la croissance potentielle (de long terme) française, histoire de tenir compte de gains de productivité et d’une compétitivité plus modestes. Mais elle a aussi délivré un satisfecit aux autorités pour les réformes engagées (réduction des contraintes réglementaires, baisse des charges sur les entreprises…) et pour celles qui ont été annoncées (réforme des professions réglementées, etc.). L’ensemble de ces réformes pourraient apporter 0,3 à 0,4 point de croissance supplémentaire par an et, si elles sont menées à terme, elles pourraient augmenter le produit intérieur brut de 3,7 % en dix ans, estime l’OCDE.

Il reste que sur les marchés l’environnement et les propos étaient beaucoup moins optimistes. Les spreads se sont affolés, pour la première fois depuis bien longtemps. Angoissés par la conjoncture médiocre, les investisseurs se sont tournés vers les placements jugés les plus sûrs, les obligations allemandes, tandis qu’ils se sont un peu détournés des dettes des pays périphériques, à commencer par celles de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. Le spread Allemagne-Grèce est ainsi passé de 464 points de base (4,64 %) au début septembre à 816 points de base.

PANIQUE SUR LES MARCHES

Par la même occasion, les marchés qui montrent une certaine fébrilité depuis quelques semaines se sont fait une belle peur durant la semaine écoulée. Affolés par des perspectives de croissance défaillante en Europe, angoissés par l’évolution à venir de la politique monétaire américaine les investisseurs ont cédé à la panique. Après un mercredi noir, et un nouvel accès de panique, jeudi 16 au matin, le calme est néanmoins revenu sur les marchés, de nouveau orientés à la hausse vendredi. De telles turbulences traduisent un émoi général des investisseurs qui est à la hauteur de l’euphorie qui dominait sur les marchés ces derniers mois, notamment outre-Atlantique. Dopé par les montagnes de liquidités injectées par la Fed, le S&P 500 a bondi de 80 % depuis mars 2011.

Il y en a un que cette volatilité n’a pas affolé, c’est Vincent Bolloré. L’homme d’affaires breton a annoncé, vendredi soir, le lancement d’une offre publique d’échange sur le groupe Havas, dont il détient déjà 36,22 % du capital. Chaque actionnaire du publicitaire aura la possibilité d’échanger 5 actions Havas contre 9 actions Bolloré, après division par 100 du nominal des actions Bolloré. Cette proposition représente une prime de 19,5 %. Comme le veut la nouvelle législation sur les offres publiques, le groupe Bolloré pose comme condition d’obtenir plus de 50 % du capital de sa filiale. En revanche, il a indiqué qu’il souhaitait conserver à l’avenir une cotation d’Havas.

LE GRAND ART DE BOLLLORé

Le conseil d’administration du groupe de communication qui s’est tenu vendredi après-midi a d’ores et déjà jugé amicale l’OPE émanant de son premier actionnaire. Un expert indépendant va analyser les termes financiers de cette proposition. Les administrateurs d’Havas se prononceront mi-novembre en fonction du résultat de ces travaux. Cette opération est particulièrement bien menée. Car en versant une prime de près de 20 % sur le capital d’Havas qui ne lui appartient pas encore, Bolloré augmente la valeur de sa propre participation. De surcroit cette valeur pourra servir de référence un pu plus tard à l’occasion d’un apport d’Havas à Vivendi qui permettrait à Vincent Bolloré de renforcer fortement sa position au capital du groupe. Du très grand art donc.

La nomination de Jean-Bernard Lévy à la tête d’EDF, qui est un choix formidable pour l’électricien, entraine un vide à combler chez Thalès dont les deux principaux actionnaires sont l’État et Dassault. Pour le patron sortant, la meilleure des solutions serait interne. Devant deux cents thalésiens opérant au Moyen Orient et en Afrique, et réunis jeudi à Dubaï, qui lui ont réservé une standing ovation de plus de cinq minutes, Jean-Bernard Lévy a affirmé que les fondamentaux du groupe avaient été rétablis et que la croissance revenait. Selon les informations de WanSquare, ce dernier devrait rencontrer, dès son retour à Paris, Emmanuel Macron, pour évoquer sa succession.

LES DROLES DE PROCEDES DE GDF-SUEZ

Mais le principal dossier du moment est celui lié à la volonté de Gérard Mestrallet de faire nommer à la direction générale de GDF-Suez, l’une de ses proches, la directrice financière du groupe, Isabelle Kocher. Un conseil d’administration de l’énergéticien est même convoqué ce mardi 21 octobre afin de « révoquer » Jean-François Cirelli, ancien patron de GDF et directeur général en titre. Ce qui est une procédure exceptionnelle, d’autant plus qu’un conseil était prévu le 12 novembre. Tout Paris, depuis les pouvoirs publics jusqu’aux grands actionnaires de GDF-Suez, en passant par les syndicats, est scandalisé par les procédés utilisés pour évincer celui auquel rien ne peut-être reproché.

A priori, à ce jour le sort de Jean-François Cirelli est joué. Mais comme Jean-Pierre Jouyet a décidé de jouer les Ponce Pilate dans ce dossier, le seul qui peut encore empêcher le pire, est Emmanuel Macron qui a prévu d’en parler aujourd’hui avec les plus hautes autorités de l’État. Car au delà de ce dossier, c’est toute l’image de la Place de Paris et des pratiques de certains piliers du capitalisme français, comme Jean-Louis Beffa, qui sont en cause.

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