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Yves de Kerdrel
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Manuel Valls a pris le pouvoir sur l’Elysée
par Yves de Kerdrel
Profitant de l’apathie du Président de la République et des circonstances politiques et budgétaires, le Premier Ministre assoit progressivement son pouvoir. Le centre de gravité de l’exécutif qui n’était plus à Matignon depuis 2007 y revient progressivement. Il reste maintenant au Premier Ministre à mener une ou deux grandes réformes susceptibles d’installer son image dans l’opinion.
A l’Elysée où l’on considère le journal Le Monde, comme le dernier rempart de la Hollandie, le très bel article publié la semaine passée sur le couple formé par Jean-Pierre Jouyet et Brigitte Taittinger a été très mal perçu. Les deux auteures de cette enquête y décrivent à plusieurs reprises un François Hollande seul, quasi-dépressif, trouvant refuge régulièrement Rue Raynouard au domicile de son secrétaire général de l’Elysée. Ces scènes cruelles dont le tout-Paris fait son miel depuis le printemps dernier ne devaient pas être publié. Et le Chef de l’Etat l’a fait savoir indirectement à ses amis du grand quotidien du soir.
Dans ce contexte où le Président de la république, après plusieurs mois de commémoration, un remaniement complet de sa vie privée, un chamboulement total des équipes élyséennes cherche désespérément une occasion de rebondir, le Premier Ministre s’impose de plus en plus comme le centre de gravité du couple exécutif. Toutes les décisions importantes sont prises de nouveau à Matignon. Les nominations s’y décident également. Et les patrons du secteur privé l’ont bien compris qui s’adressent soit directement à Emmanuel Macron, au Ministère de l’Economie, soit à Manuel Valls, ou à sa directrice de cabinet.
MANUEL VALLS MARQUE DES POINTS
Il faut dire que depuis son discours raté de politique générale à l’Assemblée Nationale, le Premier Ministre semble retrouver ses marques à l’occasion de ses déplacements dans les capitales européennes. Il y dit tout haut ce qu’il est impossible de dire à Paris, dessinant par petites touches un vaste programme de réformes. Bien sûr, c’est un moyen tactique pour acheter la mansuétude de Bruxelles qui doit donner son avis sur un projet de budget détestable, au cours des tous prochains jours. Mais il y a aussi la volonté de la part de Manuel Valls de mener au moins une grande réforme avant d’être contraint de quitter son poste, soit par perte de confiance des députés, soit par désaccord profond avec François Hollande, soit en raison d’évènements imprévisibles.
En vantant les réussites de nos voisins, le premier ministre a critiqué en creux l’échec de la France à faire baisser le chômage. A Berlin, il a ainsi semblé regretter que la France ait fait le choix de longue date d’un chômage de masse bien indemnisé. A Londres, il s’est demandé s’il ne fallait pas aller plus loin que l’accord sur l’emploi du 11 janvier 2013 concernant la flexibilité du marché du travail. Il a même glissé que la question de l’assurance-chômage doit être reposée, y compris dans son montant et dans sa durée d’indemnisation.
VERS UN BRAS DE FER AVEC LES SYNDICATS
Ces déclarations sont intervenues au moment même où le patronat et les syndicats se retrouvaient dans le cadre d’une négociation qui a pour objectif de renforcer la qualité et l’efficacité et d’améliorer la représentation des salariés. Mais en réalité, il s’agit de bien plus que cela. Après quatre négociations bouclées depuis le début du quinquennat – emploi, formation, retraites complémentaires et assurance-chômage –, la discussion en cours doit démontrer si la réforme du modèle social français par accord entre syndicats et patronat a encore un avenir. Il y sera bien sûr question des seuils sociaux, sujet qui exaspère les syndicats de tout poil. Pour l’heure il n’est pas question d’aller plus loin. Mais de fait le débat sur la réforme des allocations chômage est lancé. Et la gauche réformiste assume des positions que la droite n’a jamais eu le courage d’exposer aussi clairement.
Malgré tout, il n’y a aucune chance qu’un syndicat français, y compris la CFDT, souscrive à des solutions si radicales. Dans un tel scénario, Laurent Berger pourrait décider de faire capoter une négociation qui n’a aucune chance d’aboutir sans lui. En contraignant le gouvernement à reprendre la main pour légiférer seul, un tel échec signifierait la fin de la réforme par le dialogue social, marque de fabrique du quinquennat de François Hollande. Dans ce cas Manuel Valls pourrait être tenté d’imposer seul par la loi une réforme majeure attendue par le patronat, par des dizaines de milliers de chefs d’entreprise, par les agences de notation et par Bruxelles.
RIEN NE SE PASSE COMME PREVU POUR SARKOZY
Tout cela n’échappe pas aux conseillers du Président de la République qui cherchent désespérément des pistes pour redonner du souffle à la seconde moitié du quinquennat. Mais dans l’entourage du Chef de l’Etat, certains conviennent que François Hollande est usé jusqu’à la corde. Qu’il n’a plus de crédit à gauche, plus de soutien au centre gauche, et que plus personne n’est prêt à parier le moindre euro sur l’éventualité de sa candidature en 2017. Les seules possibilités d’exister du Chef de l’Etat se limitent finalement en une opposition à son Premier Ministre s’il veut réformer le Pays comme le souhaite la doxa européenne ou à Nicolas Sarkozy s’il revient à la tête de l’opposition.
Pour l’heure la campagne de l’ancien Président de la République donne le sentiment de « patiner ». De ses trois premiers meetings, seul celui de Lambersart a été jugé comme réussi, y compris par les plus fidèles de la Rue de Miromesnil. Nicolas Sarkozy est coincé entre l’enjeu d’une campagne interne au parti qui n’intéresse personne, car il est sûr de remporter le scrutin du 29 novembre, et des propositions qu’il décline dans la perspective de 2017. Ce qui amène l’opinion à faire des comparaisons avec Alain Juppé qui ne sont pas au profit de l’ancien Président. Bien sûr il reste encore du temps à Nicolas Sarkozy pour rectifier le tir. Mais tous ceux qui annonçaient son retour en parlant d’un tsunami son contraints de faire preuve de plus de modestie.
LE RAPPORT INQUIETANT DU FMI
A droite toujours, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) s’apprête à choisir le successeur de Jean-Louis Borloo, l’un des fondateurs du parti qui a annoncé, en avril, son retrait de la vie politique pour raisons de santé. Les adhérents du parti centriste doivent dire qui de Jean-Christophe Fromantin, Yves Jégo, Jean-Christophe Lagarde ou Hervé Morin sera leur prochain président. Le vote pour le premier tour s’achève ce mardi pour un résultat annoncé le lendemain. Et l’on connaîtra le prochain président à l’issue du second tour, le 13 novembre. L’un des enjeux de cette campagne est de voir comment l’UDI réagit face aux appels du pied sarkozystes. Des candidats en lice seul Hervé Morin est favorable lui à un rapprochement avec François Bayrou, qui lui-même a signé un pacte avec Alain Juppé.
Du côté de la macro-économie, l’actualité de la semaine passée a été marquée par la publication de différents travaux réalisés par le Fonds monétaire international : les Perspectives économiques mondiales, le rapport sur la stabilité financière dans le monde et le Moniteur des finances publiques. L’occasion pour l’institution dirigée par Christine Lagarde d’affirmer qu’une troisième récession européenne n’est pas inéluctable, pour la zone euro et que les risques sont élevés concernant une déflation. Les mauvais chiffres industriels allemands, publiés en début de semaine, apportent de l’eau au moulin d’un FMI aujourd’hui convaincu que la politique monétaire accommodante de Mario Draghi ne suffira pas et que le président de la Banque centrale européenne a besoin d’un soutien macroéconomique sous la forme d’une augmentation des investissements publics en infrastructure.
FORTE HAUSSE DES DETTES SOUVERAINES
Les deux autres rapports, qui ont été présentés mercredi dernier, complètent ce panorama alarmant. Le Moniteur des finances publiques observe ainsi que la dette publique des pays riches se maintient à des niveaux historiquement hauts : 106,5 % du PIB en moyenne en 2014 et 106 % en 2015. Le FMI n’exclut pas que cet endettement public puisse remonter en raison de la faible reprise. Les trois pays les plus endettés sont le Japon (245,1 % du PIB), la Grèce (174,2 %) et l’Italie (136,7 %). Enfin dans son rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI souligne par ailleurs l’apparition d’un nouveau déséquilibre résultant d’une prise de risque insuffisante sur le plan économique et excessive sur le plan financier. Les prix des actifs ont augmenté, les écarts se sont réduits et la faible volatilité est sans précédent, précise le FMI.
Le Fonds Monétaire International va même jusqu’à dresser un diagnostic mitigé de la santé des banques des économies avancées. L’institution ne les juge pas assez fortes pour soutenir avec vigueur la reprise avant d’exhorter les établissements bancaires à revoir leur modèle économique et à engager les restructurations qui s’imposent. D’après une estimation portant sur 300 groupes financiers, 40 % du système bancaire (mesuré par le poids de ses actifs) n’auraient pas les reins assez solides pour distribuer du crédit autant que nécessaire. Cette proportion atteindrait même 70 % en zone euro.
UNE GRANDE PREMIERE POUR LE MEDEF
Dans cet environnement complexe il convient de souligner l’initiative du Medef qui réuni demain matin, pour la première fois, un séminaire international. Et cela grâce à l’initiative de Bernard Spitz, le patron de la FFSA. De très nombreux patrons devraient y assister pour y entendre parler des personnalités aussi diverses que Jean-David Levitte, Anna Placio ou Henri de Castries sur les nouveaux risques et les nouvelles opportunités, puis Sophie Pedder ou Laurent Solly sur les nouveaux relais de communication pour les entreprises et enfin Olivier Ginon ou Maurice Lévy sur la France dans la mondialisation. Cette manifestation sera clôturée par une intervention de Laurent Fabius.
Du côté des entreprises, les discussions se focalisent sur la succession d’Henri Proglio, dont le mandat à la tête d’EDF arrive à échéance le 22 novembre. Surtout depuis que Laurence Parisot a fait connaître sa candidature. Pour être reconduit Henri Proglio doit recevoir le feu vert du conseil d’administration qui se réunit prochain. Ce jour-là, le comité des nominations d’EDF, présidé par Bruno Lafont, patron de Lafarge, dévoilera la liste des douze administrateurs sur dix-huit (les six représentants des salariés ont déjà été renouvelés) dont la nomination sera soumise au vote des actionnaires, le 21 novembre, lors d’une assemblée générale extraordinaire. Mais selon les informations de WanSquare, une réunion importante doit se tenir à ce sujet ce dimanche à l’Elysée en présence d’Emmanuel Macron, de Ségolène Royal et bien sûr de Manuel Valls. Sauf surprise de dernière minute il devrait être décidé de ne pas sacrifier Henri Proglio. Même si es chances de Laurence Parisot sont lin d'être nulles.
REUNION CRUCIALE CE SOIR A L’ELYSEE
Au cours de cette même réunion élyséenne il devrait être également question de la rivalité de plus en plus criante qui oppose Pierre Blayau à Luc Oursel chez Areva. Une rivalité qui porte le risque de créer de nouveaux remous importants à l’intérieur d’un groupe qui se remet à peine de la gestion calamiteuse d’Anne Lauvergeon. Autre sujet de gouvernance dont l’Agence des Participations de l’Etat et Emmanuel Macron sont largement saisis : la succession de Gérard Mestrallet à la tête de GDF-Suez et sa volonté d’installer contre le souhait de l’État sa directrice financière au poste de directrice générale, à la place de Jean-François Cirelli. Régis Turrini, le nouveau patron de l’APE estime qu’il s’agit là d’un vrai test en matière de corporate governance sur lequel l’Etat sera jugé sans concession par les marchés.
L'euphorie des marchés, qui était encore présente cette année au premier semestre, est retombée. Comme l’a souligné à voix haute Carl Icahn de l’autre coté de l’Atlantique. Malgré ces signaux négatifs, les fonds propriétaires de Spie avaient pourtant choisi, fin septembre, de lancer l'introduction en Bourse qu'ils avaient en tête depuis plusieurs années. Mais le patron du groupe français d'ingénierie électrique, a été contraint d’annoncer, jeudi dernier, le report de l'introduction en Bourse. Spie envisageait de lever jusqu'à 1,2 milliard d'euros. Ce qui aurait ferait de cette entrée en Bourse la plus importante de l'année à Paris.
Enfin c’est dimanche 26 octobre à midi que l’on connaitra les résultats de la grande campagne d’audit des bilans suivie des tests de résistance des banques menés par la BCE. On connaîtra alors le nombre de banques ayant échoué à cet examen sans précédent, ce qui se traduira, le cas échéant, par un besoin en capital à combler dans les mois à suivre. Le jour de publication retenu, un dimanche, doit permettre aux marchés, au repos ce jour-là, de digérer l’information avant l’ouverture des Bourses le lundi, où des turbulences sont très possibles. Cette campagne de tests, menée avec l’autorité bancaire européenne, sert de préparation avant l’entrée en lice de la BCE avec en son sein le superviseur unique des grandes banques européennes qui a été créé, sous la présidence de la Française Danièle Nouy.
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