WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Hollande retrouve un peu d’air grâce à ses gesticulations internationales
par Yves de Kerdrel

Après une semaine marquée à la fois par les frappes françaises en Irak, la mort horrible d’un français pris en otage par des islamistes algériens, l’intervention de François Hollande à la tribune de l’ONU, le chef de l’État a réussi à retrouver un petit peu d’oxygène. Mais dés cette semaine, avec la présentation du projet de loi de finances il va de nouveau mordre la poussière.

28/09/2014 - 07:18 Temps Lecture 13 mn.

La semaine écoulée a eu, nolens volens, une dominante très internationale. D’abord avec l’assemblée générale annuelle de l’ONU, au cours de laquelle François Hollande a réaffirmé sa volonté de participer à une grande coalition contre les islamistes irakiens. Ensuite avec la décapitation insupportable de l’otage français en Algérie, et les menaces d’attentat qui se font jour sur le sol français. Enfin avec de nouvelles frappes françaises sur le territoire irakien, même si elles restent très limitées compte tenu de la faiblesse des marges budgétaires dont dispose l’armée pour ses opérations extérieures.

La semaine qui vient aura pour dominante le projet de loi de finances pour 2015. Un budget où la part belle est faite aux ménages les moins aisés, sans qu’aucune mesure favorable vienne répondre aux vœux des entreprises. Mardi 30 septembre, à l’occasion de la remise du Prix de l’Audace Créatrice, à l’une des trois entreprises nominées (Le Bélier, Gorge et GEA), François Hollande va naturellement s’étendre sur les 40 milliards d’euros de cadeaux au patronat. Des cadeaux qui restent assez virtuels dans la mesure où ils incluent le CICE à hauteur de 20 milliards d’euros et une baisse des charges patronales qui n’interviendra que dans deux ans. Tout cela est à mettre en rapport avec une sur-taxation des entreprises de 30 milliards d’euros au cours des deux dernières années. C’est dire si la notion de « cadeau » est discutable.

RIEN POUR LES ENTREPRISES DANS LE BUDGET

Après deux années de forte hausse ayant conduit au fameux « ras-le-bol fiscal », le gouvernement s'est en effet engagé à toucher le moins possible aux impôts, sauf pour les diminuer. Une promesse qui ne sera que partiellement tenue : certaines mesures qui devaient frapper les entreprises ont été déportées vers les ménages, comme l'alourdissement de la taxation du diesel. Toutefois, la mesure phare du budget 2015 reste la baisse d'impôt pour les foyers modestes et les classes moyennes, dont le montant dépasse les 3 milliards d'euros. Et pour éviter les effets en cascade liés à la sortie de nombreux ménages de l'impôt, le mode de calcul de la CSG pour les retraités sera modifié dans le budget de la Sécurité sociale. Parallèlement, le seuil de revenu fiscal de référence qui conditionne différentes exonérations d'impôts (taxe foncière, taxe d'habitation…) sera revalorisé de l'inflation. En revanche, la suppression de la prime pour l'emploi, prévue dans le cadre de la réforme des aides aux travailleurs pauvres, ne devrait finalement pas figurer dans le budget comme prévu.

A cela s’ajoutera un paquet de mesures visant à relancer la construction qui a déjà été présenté fin août. A commencer par l'assouplissement du dispositif Duflot : les investisseurs achetant des biens immobiliers en vue de les louer bénéficieront d'avantages fiscaux dès 6 ans de location (réduction d'impôt de 12 % pour 6 ans, de 18 % pour 9 ans et de 21 % pour 12 ans, avec un plafond annuel de 10.000 euros). Et ils pourront louer leur bien à leurs ascendants ou descendants. Le régime des plus-values de cession des terrains à bâtir est par ailleurs aligné sur celui du foncier bâti, soit une exonération totale au bout de vingt-deux ans. Les terrains cédés d'ici à fin 2015 bénéficieront en outre d'un abattement exceptionnel de 30 % sur les plus-values. Par ailleurs, un abattement exceptionnel de 100.000 euros sera accordé pour les donations de logement neuf aux enfants et petits-enfants effectuées jusqu'à la fin 2016.

VALLS FAIT LE VRP A BERLIN

Le projet de loi de finances devrait comporter de nombreuses petites mesures sectorielles. Ainsi, une dizaine de petites taxes seront supprimées (comme la taxe sur les trottoirs, la taxe sur le colza ou la taxe sur les appareils automatiques (manèges) dans une optique de simplification. Devrait aussi y figurer la suppression des exonérations prévues pour les « contrats vendanges », à partir de 2015. Parmi les mesures sectorielles également, tous les billets de matchs de football et autres manifestations sportives seront désormais soumis à la TVA, mais au taux le plus réduit (à 5,5 %). Le texte évoluera pendant le débat parlementaire. Les députés de la majorité ont déjà prévu de proposer de nouveaux amendements pour lutter contre l'optimisation fiscale des entreprises. Ils devraient aussi soumettre un nouveau dispositif relevant le plafond de la taxe de séjour sur les hôtels.

Au cours des deux jours qu'il a passés en Allemagne, Manuel Valls n'aura pas ménagé sa peine pour tenter de redorer, outre-Rhin, l'image d'une France engluée dans ses conservatismes. Le premier ministre qui a demandé à Emmanuel Macron, grand connaisseur de l’Allemagne de l’accompagner a peu apprécié que le journal allemand Bild consacre lundi dernier sa une à « La France malade ». Pour le premier ministre, il était urgent de faire ce travail d'explication vis-à-vis de l'opinion publique allemande à laquelle il s'est d'ailleurs directement adressé au cours de ses différentes prises de parole. Lundi soir, au cours de son interview télévisée, le premier ministre a martelé les réformes en cours dans l'Hexagone. Idem mardi matin devant les industriels, qui l'ont beaucoup applaudi.

SARKOZY CAPTE TOUTE LA LUMIERE

Mais depuis qu'il a annoncé sa candidature à la présidence de l'UMP, Nicolas Sarkozy focalise l’attention de tous les médias français et européens. L'ex-président ne se ménage pas pour mettre le parti en ordre de marche derrière lui, dans l'optique du scrutin du 29 novembre. Il tente de rallier un par un les élus qui ne sont pas engagés avec lui. Il drague ouvertement les soutiens de François Fillon, Bruno Le Maire et Xavier Bertrand. Depuis une dizaine de jours, plusieurs d'entre eux ont défilé dans les bureaux parisiens de l'ancien chef de l'État, rue de Miromesnil. Chacun a eu droit à un entretien en tête-à-tête de près de quarante minutes. Tous sont invités à rejoindre le camp Sarkozy, avec plus ou moins d'insistance.

L'ex-président a dans sa manche un atout majeur : c'est lui qui distribuera les investitures pour les prochaines élections une fois qu'il aura pris l'UMP. Certains se voient proposer un poste alléchant, comme le député du Nord Gérald Darmanin, à qui a été promise la tête de liste aux régionales dans le Nord - Pas-de-Calais. Il fait miroiter à d'autres un coup de pouce pour de futurs combats. Il a ainsi encouragé le sénateur filloniste Bruno Retailleau à briguer la présidence du groupe UMP au Palais du Luxembourg, en laissant entendre qu'il pourrait le soutenir. Sur les cinq élus approchés dans le camp de Bruno Le Maire, deux ont franchi le Rubicon : le maire de Mulhouse, Jean Rottner, et la députée de la Haute-Savoie et ancienne conseillère à l'Élysée, Sophie Dion. Les parlementaires proches de François Fillon, sont aussi particulièrement courtisés. Quatre ex-ministres ont mordu à l'hameçon : François Baroin, qui rêve de Matignon, Laurent Wauquiez, qui espère être tête de liste en Rhône-Alpes aux élections régionales, ainsi que Patrick Ollier et Eric Woerth.

RACLEE POUR LA GAUCHE AU SENAT

Après la déroute socialiste aux municipales et la débâcle aux européennes, ce dimanche devrait marquer le retour à droite du Sénat. L'élection des 178 sénateurs de 58 départements métropolitains et de 5 départements ou collectivités d'outre-mer par 87 534 grands électeurs promet d'être douloureuse pour le premier parti de la majorité. Dans les Bouches-du-Rhône, où 8 sièges de sénateurs sont en jeu, le résultat devrait logiquement être dans la continuité des municipales de Marseille : à droite toute. Les trois UMP sortants, dont le maire de la deuxième ville de France, Jean-Claude Gaudin, pourraient accueillir deux, voire trois nouveaux sénateurs de droite tandis qu'à gauche, la communiste et les quatre socialistes, dont Samia Ghali, sont menacés. Seul Jean-Noël Guérini, exclu du PS à la suite de ces ennuis judiciaires, pourrait tirer son épingle du jeu. C'est aussi dans ce département que le Front national a le plus de chance de faire son entrée historique au Palais du Luxembourg avec Stéphane Ravier, maire du 7e secteur de Marseille.

En fait, les seuls endroits où la gauche peut espérer gagner des sièges se trouvent dans des départements qui ont changé de mode de scrutin depuis les dernières élections, et qui sont passés à la proportionnelle. Le Calvados, la Sarthe, la Somme ou encore l'Eure, dont les sénateurs sortants sont tous de droite ou du centre, en constituent des bons exemples. D'autant que, dans le cas de l'Eure, la multiplication des listes dissidentes à droite pourrait favoriser la gauche. Idem dans l'Hérault, où trois listes de droite et deux d'extrême droite sont en lice. Mais, comme ce fut le cas pour l'élection municipale à Montpellier, les socialistes se divisent dans ce département et, au final, la répartition des sièges pourrait rester la même (deux UMP, un PS et un radical de gauche).

RAFFARIN REGAGNE DES POINTS

L’étape suivante aura lieu mardi avec la réunion à huis clos de tous les sénateurs UMP ou apparentés pour décider qui de Jean-Pierre Raffarin ou de Gérard Larcher est le mieux placé pour emporter « le plateau ». Sur un plan arithmétique auquel s’ajoute la force des réseaux maçonniques au Sénat c’est Gérard Larcher qui devrait l’emporter. Mais plusieurs sénateurs nous assuraient ces derniers jours que Jean-Pierre Raffarin effectue une très bonne campagne qui pourrait créer la surprise. Quant à la présidence du groupe UMP elle devrait revenir à Roger Karoutchi qui a une large avance sur Bruno Retailleau.

Sur le plan de la conjoncture, une étude publiée ces derniers jours par COE-Rexecode a montré par A + B que l'économie française accuse un retard de croissance qui devrait perdurer en 2014 (+ 0,4 %, contre + 0,8 % en moyenne dans la zone euro) comme en 2015 (+ 0,8 % contre + 1,3 %). COE-Rexecode insiste sur l'effondrement de l'investissement en logement des ménages (- 27,4 % depuis 2007, et - 10,5 % sur un an), qui a « coûté » 0,4 point de PIB. Il en coûterait encore 0,3 point en 2015. Et va peser lourdement sur l'emploi dans la construction. Autre chiffre impressionnant : les 1350 milliards d'euros de perte cumulée d'exportations depuis 2000. Si la France avait conservé le même niveau de part de marché par rapport à la zone euro qu'en 1999, elle aurait aujourd'hui 157 milliards d'exportations de biens et services en plus par an, analyse COE-Rexecode.

LA GAUCHE NE PEUT PAS SE PRIVER DE PROGLIO

Après un recul marqué en début de semaine, les grandes places mondiales ont fortement rebondi, mercredi 24 septembre, avant de chuter aussitôt le lendemain, et de repartir de l'avant, vendredi. Témoin de ce regain de turbulences, la remontée du VIX, le fameux « indice de la peur » qui mesure la volatilité à venir du marché à travers les options d'achat ou de vente placées sur le S & P 500. Jeudi, il a bondi de 17,9 % pour atteindre un plus haut depuis août. En cause, des nouvelles mitigées en provenance des États-Unis, où le violent recul des commandes de biens durables et l'augmentation des inscriptions au chômage ont refroidi les investisseurs, jeudi. Et ce n'est pas la situation géopolitique qui a de quoi rendre leur sérénité aux marchés. La multiplication des troubles, anciens comme nouveaux, a donné le tournis aux investisseurs.

C’est ce lundi que le comité des nominations d’EDF, présidé par Bruno Lafont, patron de Lafarge, doit statuer sur le renouvellement des administrateurs de l’électricien français. Parallèlement l’État doit faire connaître son choix sur la reconduction d’Henri Proglio. Car le futur PDG d'EDF doit être l'un des douze administrateurs indépendants (six) ou représentants de l'État (six) dont la nomination ou le renouvellement seront proposés aux actionnaires par le conseil d'administration. Même si l'État peut proposer un administrateur – et donc un PDG – le jour même de l'assemblée générale. Si l'on veut respecter le calendrier, le conseil d'administration de lundi ne pourrait pas être repoussé au-delà du 10 octobre, car la date ne serait alors plus compatible avec le délai requis pour convoquer l'assemblée générale.

Si Henri Proglio est finalement reconduit, ce qui est aujourd’hui la solution prônée à la fois par Ségolène Royal, par Emmanuel Macron et par Manuel Valls, il ne pourra rester en poste que jusqu'en juin 2017 : il aura alors 68 ans, la limite d'âge qui a été fixée pour la présidence d’EDF. Le fait est que son bilan est excellent et que tous ceux qui aspiraient à prendre sa place se font moins pressants. Notamment Guillaume Pepy ou Jean-Pierre Clamadieu. Ne serait-ce que pour des raisons salariales (460.000 euros par an). Naturellement Anne Lauvergeon déploie toute son énergie pour tenter de faire échec au renouvellement d’Henri Proglio, son ennemi personnel. Elle a été reçue vendredi soir par François Hollande qui n’est pas dupe de ses intentions. Dans le contexte actuel, marqué par la grève d’Air France, l’exécutif ne veut pas ajouter de la crise à la crise et sait que le principal soutien d’Henri Proglio est la CGT.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / La semaine où Hollande a enterré son quinquennat

21/09/2014 - 00:02

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Exercice impossible pour Hollande qui va prendre la parole sans avoir encore touché le fond

14/09/2014 - 07:47