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Yves de Kerdrel
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La semaine où Hollande a enterré son quinquennat
par Yves de Kerdrel
Entre le vote de confiance demandé et obtenu par un Manuel Valls volontariste et une conférence de presse poussive d’un président « pleurnichard », les français ont désormais bien compris que les clés du pouvoir sont désormais à Matignon. Et que la prochaine bataille de titans opposera Manuel Valls à Nicolas Sarkozy.
Ce n’est peut-être pas un hasard si François Hollande ressemblait à un croque mort, jeudi dernier à l’occasion de sa quatrième conférence de presse à l’Élysée. Pendant deux heures, le Chef de l’État n’a pas cessé de procéder à des enterrements. Il a enterré les engagements européens de la France sans que nos voisins aient donné leur accord. Il a enterré toutes les illusions de son électorat de gauche pour lequel il avait rédigé le discours du Bourget. Il a enterré la notion de gauche morale constatant son impossibilité à faire démissionner un député ayant fraudé le fisc. Surtout il a enterré l’idée que les français se font d’un Président ayant tous les pouvoirs. Il a du reconnaître que c’est à Matignon désormais que tout se décide et que le locataire de l’Élysée n’a plus qu’une seule fonction : celle de chef des armées.
Malgré les remises en cause personnelles et la rentrée catastrophique, le chef de l'État – qui a écarté toutes les questions sur 2017 – entend tenir ses cinq années de mandat. Pour ce faire il a évité de parler de reprise. Et il a délaissé les habits de super-ministre de l'économie pour endosser ceux de l'hyper-patron de la diplomatie. Celui qui décide de frappes aériennes en Irak ou du déploiement d'un hôpital militaire en Guinée. Un domaine de compétence plus conforme à la tradition présidentielle française. Une fois le registre international épuisé, le chef de l'État s'est également attaché à faire le plaidoyer de sa propre présidence. Quitte à se raconter lui-même en creux et à évoquer la difficulté de sa situation. Aucune annonce ne pouvait être faite dans la mesure où deux jours plus tôt Manuel Valls avait fait sa déclaration de politique générale avant de donner trois interviews.
UNE CONFIANCE TRES RELATIVE
La seule bonne nouvelle de la semaine pour Manuel Valls et François Hollande, c’est qu’ils disposent encore d'une majorité à l'Assemblée nationale. Mais, pour la première fois depuis 1962, celle-ci n'est plus absolue, et se rétrécit au fil des mois comme peau de chagrin. Mardi, le premier ministre a donc obtenu la confiance des députés par 269 voix contre 244. Le 8 avril, lors du premier vote de confiance demandé par le locataire de Matignon, 306 députés s'étaient exprimés en sa faveur. En six mois, les « frondeurs » socialistes ont vu s'élargir leur socle d'abstentionnistes de 11 voix, en avril, à 32, mardi. Ce n'est guère plus que leur score lors du vote du collectif budgétaire en juillet. Mais l'exécutif se trouve désormais confronté, dans sa propre majorité, à une opposition durable.
Le premier ministre pas encore dans la position d'un Michel Rocard, contraint en son temps de gouverner à grands renforts de 49.3, pour cause de majorité introuvable. Mais politiquement, et à moyen terme, l'affaire se révèle plus embarrassante pour un gouvernement Valls 2 qui ne peut plus compter, entre ses soutiens et ses opposants dans l'Hémicycle, que sur 25 voix d'écart. De fait on peut se demander quelles marges de manœuvre reste-t-il au premier ministre et au chef de l'État ? Au regard de la situation économique et budgétaire, celles-ci sont bien minces. En réalité, l'exécutif semble se raccrocher à deux bouées de sauvetage. D'un côté, il compte, à droite, sur le retour annoncé de Nicolas Sarkozy pour réaffirmer le clivage droite-gauche et permettre ainsi à la majorité socialiste de se ressouder pour faire front. De l'autre, à gauche, le premier ministre plaide pour une nouvelle donne européenne afin de relancer l'investissement dans la zone euro et permettre de desserrer l'étau de l’austérité.
TAPIS ROUGE POUR SARKOZY
S’il y en a un à qui cette situation convient très bien, c’est François Bayrou. Il faut dire que l'actualité va dans le sens du maire de Pau. Lui qui prophétise depuis des mois l'explosion de la majorité regarde avec grand intérêt la crise gouvernementale. Et il ne voit qu'une seule solution : la dissolution. Les divisions à droite et l'absence d'un candidat charismatique à la présidence de l'UDI lui donnent également une occasion inespérée : celle d'être à nouveau un recours. Pour revenir au premier plan François Bayrou doit se rallier une partie de la droite qui souhaite lever l'hypothèque Sarkozy. Il s'est donc rapproché d'Alain Juppé. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac et le président du MoDem n'en finissent pas de s'envoyer des compliments. Mais, avant toute chose, François Bayrou doit se faire réadopter par sa famille politique d'origine, le centre droit.
En politique l’événement de la semaine a été le retour officiel de Nicolas Sarkozy sur la scène. L'ancien président a annoncé vendredi sa candidature à la présidence de l'UMP, dans une déclaration diffusée sur son compte Facebook et relayée sur Twitter. Son objectif : s'emparer du parti pour construire une alternative crédible, avant de reconquérir l'Élysée lors de la présidentielle de 2017. Une performance qu'aucun président vaincu n'a encore réussi à réaliser sous la Ve République. Pour réussir son pari et prendre un nouveau départ, Nicolas Sarkozy veut faire table rase du passé. Il assure avoir pris le recul indispensable pour analyser le déroulement de son mandat et en avoir tiré les leçons. L'ex-président reprend donc le thème du renouveau pour apparaître comme un homme qui se serait réinventé profondément afin de faire oublier les insuffisances de son quinquennat.
MOODY’S SOUTIENT LA FRANCE CONTRE… L’OPINION
Nicolas Sarkozy se donne donc un délai de trois mois pour refonder l'opposition, en mettant sur pied le vaste rassemblement qu'il appelle de ses voeux. Sans être clair sur la ligne politique qu'il entend suivre, même s'il semble vouloir occuper un créneau plus modéré que lors de sa campagne de 2012. Il aura l'occasion de détailler son positionnement lors de son intervention au 20 heures de France 2 ce dimanche dans le cadre intimiste du journal de Laurent Delahousse. Son premier meeting est prévu jeudi 25 septembre à Lambersart. Un meeting qui devrait « dépoter » ainsi qu’il l’a confié samedi à WanSquare, pendant que son équipe de campagne s’installait dans de nouveaux locaux au 13 rue du docteur Lancereaux.
Sur le plan économique, la note de la France attribuée par Moody’s reste finalement la même pour le moment. Après que le journal L'Opinion a affirmé jeudi que l’agence de notation avait averti le gouvernement de son intention de dégrader l'appréciation de l'économie française, elle a finalement maintenu la note « Aa1 », confirmant toutefois une perspective négative, suggérant qu'elle pourrait l'abaisser prochainement. Moody's a souligné que la note de crédit de la France restait solide en dépit de pressions budgétaires et fiscales significatives. Le ministre des finances, Michel Sapin, a annoncé vendredi avoir demandé l'ouverture d'une enquête de l'Autorité des marchés financiers sur ce faux scoop de L'Opinion. Pour le Ministre il s’agit là d’une information erronée, éthiquement répréhensible et qui a eu un impact sur les marchés financiers. L'AMF a de son côté indiqué qu'elle analysait précisément l'effet de cet incident sur les marchés.
L’EUROPE AU CŒUR DES DEBATS DU G 20
Les perspectives européennes en matière d’investissement restent faibles. Comme l’ont montré jeudi les piètres résultats de l'offre de prêts à long terme, à taux quasi-zéro, faite aux banques par l'autorité monétaire européenne, afin de stimuler leur activité et avec elle, le financement de l'économie. Seuls 82,6 milliards d'euros ont été demandés par 255 banques européennes (parmi lesquelles les grandes banques françaises), sur un total de 400 milliards d'euros offerts en deux temps (cette fois-ci, puis à la mi-décembre). Une grande majorité d'analystes financiers avaient escompté une demande d'environ 150 milliards d'euros. Peu d'entre eux avaient fixé le curseur en deçà des 100 milliards.
En matière de conjoncture l’Europe n’en finit pas d’inquiéter les observateurs. Après le Fonds monétaire international, l'OCDE a, elle aussi appelé cette semaine les États concernés à réagir contre le décrochage de la zone euro. Ce week-end, ce sont les grands argentiers de la planète réunis au G20 finance de Cairns en Australie, qui se penchent au chevet de la reprise, jugée décevante. Premier patient sur leur liste : l'Union européenne (UE) et surtout, la zone euro. Avec 23,4 % du PIB mondial (17 % pour la zone euro), celle-ci reste la première puissance économique, au coude à coude avec les États-Unis (22,5 %) et devant la Chine (12,3 %). Le moteur américain à lui seul ne peut suffire à tirer la croissance mondiale, tandis qu'au Brésil, en Inde ou en Chine, la consommation intérieure n'est pas encore assez solide pour compenser la baisse des échanges avec le Vieux continent.
AIR FRANCE PERD DE L’ARGENT MAIS FAIT FRONT
Certes, l'Espagne et le Portugal vont un peu mieux, tandis que la reprise se raffermit au Royaume-Uni. Mais au deuxième trimestre, la France et l'Allemagne, deux des grandes économies de l'Union, ont décroché. C'est pour cette raison que Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé, en août, les États à accélérer les réformes structurelles susceptibles d'augmenter la croissance potentielle : la politique monétaire ne pourra pas, à elle seule, réanimer l'activité. Or, avec 11,5 % de chômage en moyenne dans la zone euro et des salaires qui stagnent, la demande n'est pas prête de repartir. Par ailleurs la dette publique de la zone euro qui était de 66,4 % du PIB en 2007, culmine aujourd'hui à 93,9 %. En France, elle devrait s'établir à 95,4 % en 2014 et 96,1 % en 2015. Mais en cas de déflation, l'endettement dépasserait les 100 % du PIB dès 2015, selon l'agence de notation Fitch.
Du coté des entreprises, Air France se dirige tout droit vers une semaine de grève supplémentaire. Samedi, au sixième jour du conflit des pilotes d'Air France, alors qu'à nouveau la compagnie aérienne a annulé près de six vols sur 10 (55 %), le syndicat des pilotes de ligne (SNPL) a déposé un nouveau préavis de grève de quatre jours du 23 au 26 septembre. Le SNPL a été suivi par le syndicat des pilotes d'Air France (SPAF) qui a annoncé, vendredi, la reconduction de son préavis de grève pour deux jours, les 23 et 24 septembre. Aucune amélioration ne se fait jour dans le ciel de la compagnie aérienne. Elle est en passe de battre le record de la plus longue grève de ses pilotes depuis 1998. Tout indique que le mouvement devrait se durcir.
NIEL DEALE AVEC KKR POUR T-MOBILE US
Pour l'heure, Air France fait ses comptes. La compagnie perdrait de 15 à 20 millions d'euros par jour de grève. Une addition salée qui comprend le manque à gagner pour Air France duquel elle déduit la baisse de ses coûts, et les économies de carburant et les salaires des pilotes grévistes. Et pourrait, aux dires d'Alexandre de Juniac, le PDG d'Air France-KLM, empêcher la compagnie de redevenir bénéficiaire en 2014 comme prévu. Le conflit a aussi des conséquences pour tout l'écosystème autour d'Air France. Aéroports de Paris (ADP) redoute que la baisse du trafic ait un impact négatif sur le chiffre d'affaires de ses galeries commerciales. En effet, Air France détient 77 % de parts de marché des vols domestiques.
Par ailleurs, selon les informations de Wansquare, dans le dossier T-Mobile US le groupe français Iliad négocierait actuellement avec des fonds, parmi lesquels KKR, pour lever entre 5 et 6,5 milliards de dollars. La maison mère de Free, est en discussions avec plusieurs banques américaines qui l’appuieraient dans le cas d’une offre améliorée, en plus de ses banques actuelles, HSBC et BNP Paribas. Iliad discuterait également avec des fonds de capital-investissement, parmi lesquels KKR, pour lever entre cinq et 6,5 milliards de dollars. Le groupe créé par Xavier Niel a présenté fin juillet un projet d’offre sur 56,6% de T-Mobile US, le quatrième opérateur mobile des États-Unis pour 33 dollars par action, un prix jugé trop bas par Deutsche Telekom, qui détient 66% de T-Mobile US.
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