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Hollande et Valls obligés de subir plus que d’agir
par Yves de Kerdrel

Dix jours après la formation du nouveau gouvernement Valls qui devait redonner des marges de manoeuvre à la majorité, le Président de la République comme le Premier Ministre voient leu popularité s’effondrer. Mais surtout leur crédibilité. Avec pour le premier les effets ravageurs du livre de Valérie Trierweiler et pour le second la démission du secrétaire d’état au commerce extérieur soupçonné de fraude fiscale. Tout cela à une semaine du vote de confiance des députés et à dix jours de la conférence de presse du Chef de l’Etat.

07/09/2014 - 00:26 Temps Lecture 12 mn.

L’entourage de François Hollande ne sait plus à quel saint se vouer. A peine sorti de la crise gouvernementale créée par les déclarations d’Arnaud Montebourg, le livre de Valérie Trierweiler, dont la parution est restée secrète jusqu’au dernier moment, a eu un effet ravageur sur l’image du Président de la République. Et c’est sans surprise que deux sondages réalisés coup sur coup ont fait apparaitre la dégringolade de la popularité du Chef le l’Etat. Le premier, réalisé par TNS-Sofres pour Le Figaro Magazine a placé François Hollande à 13 % de degré d’approbation. Le second réalisé par CSA pour les Echos l’a fait dégringoler à 19 %. Dans les deux cas ce sont des plus bas niveaux historiques jamais atteints par un Chef de l’Etat français.

Manuel Valls n’est pas en meilleure position. La position de contestation de l’intérieur adoptée par Christiane Taubira, les déclarations tonitruantes de Cécile Duflot et les menaces que fait peser Martine Aubry ne sont pas de bon augure pour le Premier Ministre. A cela s’est ajouté la catastrophique démission d’office de Thomas Thévenoud, proche de Laurent Fabius et d'Arnaud Montebourg, n'aurait pas déclaré ses revenus pendant trois années. Avec toutes les conséquences que cela laisse planer, puisqu’il semble que la direction des impôts n’ait jamais fait de signalement sur cette incongruité fiscale. A la différence des pratiques de droit commun.


L'EFFET VALLS A FAIT LONG FEU


En réalité, depuis dix jours il n’y a pas une journée sans qu'éclatent un nouveau « couac » gouvernemental, une nouvelle reculade ou une hésitation politique : débats sur les seuils sociaux, les 35 heures ou sur le contrôle des chômeurs, abandon de l'encadrement généralisé des loyers, incertitudes sur l'usage des ordonnances pour faire voter certaines lois sociales. Sans compter la vengeance littéraire de Valérie Trierweiler. L'effet Valls a donc d’ores et déjà fait long feu et l'absence de résultats économiques concrets plombe durablement le couple exécutif dans l'opinion.

A l'Elysée, on tente bien sûr de relativiser tout cela, évoquant une série d'événements non positifs qui n'ont pas de lien direct entre eux. Il n’empêche que les conseillers du Chef de l’Etat soulignent son absence au travail, son désintérêt, voire son abattement. D'autant que la nouvelle ligne de l'exécutif, nettement plus libérale, passe toujours aussi mal auprès des militants et des élus socialistes. Le 16 septembre, Manuel Valls doit engager la confiance de son gouvernement devant l'Assemblée nationale. Un vote à haut risque dans le contexte actuel. Déjà, en privé, les langues se délient. « On ne va pas pouvoir tenir comme cela jusqu'en 2017 », nous confiait un ministre. Certains évoquent un scénario selon lequel le gouvernement Valls ne va pas tenir et le président va devoir soit dissoudre, soit nommer un nouveau premier ministre plus fédérateur à gauche.


AUBRY SE PREPARE A PARLER


En attendant Manuel Valls sollicitera le 16 septembre un nouveau vote de confiance des députés - qui n'était pas obligatoire - après la mise en place de son deuxième gouvernement, formé le 26 août. Objectif: asseoir l'autorité du premier ministre dont la politique a été vivement critiquée à gauche ces dernières semaines. Cette épreuve permettra d'avoir un groupe socialiste plus apaisé et plus tranquille, espère-t-on chez Manuel Valls.

Mercredi, les députés de l'aile gauche du PS ont demandé à Valls de ne pas confondre vitesse et précipitation. Le premier ministre doit convaincre chacun des députés socialistes, et même au-delà, car avec un gouvernement resserré, il faut que la majorité soit élargie, estime-t-on chez les frondeurs qui sont de plus en plus nombreux à se tourner vers Martine Aubry. Ce n’est pas hasard si Emmanuelle Cosse, la secrétaire générale était présente hier dans la capitale des Flandres. L'occasion pour elle de s'afficher aux côtés de la maire de Lille, Martine Aubry.


RENCONTRE SARKOZY-JUPPE


Et comme si tout cela ne suffisait pas, la réforme territoriale se complique à nouveau pour le gouvernement. Celui-ci craint que la date de décembre 2015, qui a été retenue pour les élections régionales, mais aussi départementales, ne soit censurée par le Conseil constitutionnel, car cela reviendrait à prolonger de 21 mois le mandat des conseillers généraux élus en 2008. Le gouvernement travaille donc sur la faisabilité de deux scrutins qui auraient toujours lieu en même temps, mais plus tôt, en mars ou juin. Mais cette solution impliquerait d'avancer la date de création des 13 nouvelles régions, actuellement prévue le 1er janvier 2016. Surtout les présidents de région se sont déclarés totalement hostiles à la tenue des élections régionales avant l'été 2015, et réclament leur maintien en décembre 2015.

A droite, tous les regards restent tournés vers la Rue de Miromesnil qui reçoit de plus en plus de visiteurs. Nicolas Sarkozy entretient toujours le suspense sur sa probable candidature à la présidence de l'UMP. Si bien qu’Alain Juppé en profite pour pousser ses pions dans la perspective de la présidentielle. Le maire de Bordeaux, qui a officialisé le 20 août sa volonté de se présenter à la primaire à droite en vue de 2017, s'efforce d'afficher un profil plus rassembleur que son rival dans la course à l'Elysée. Le maire de Bordeaux se distingue aussi de Nicolas Sarkozy sur le sujet sensible de l'immigration, apparaissant en creux moins clivant que l'ancien chef de l'Etat sur ce sujet. Au niveau européen, il s'oppose à l'idée émise par le candidat Sarkozy en 2012 de sortir de l'espace Schengen.

Il reste que le sondage IFOP réalisé pour Le Figaro les 3 et 4 septembre fait beaucoup de bruit à droite comme à gauche : si l'élection présidentielle de 2017 avait lieu dimanche prochain, Marine le Pen serait en tête au premier tour. Largement, dans tous les cas de figure et quel que soit son adversaire à droite. Au deuxième tour, c'est une première, la présidente du Front national battrait même François Hollande. Au premier tour, à droite, le meilleur candidat serait Nicolas Sarkozy, avec 25 % contre 28 % pour Marine le Pen. Alain Juppé est au coude à coude, avec 24 % contre 30 % pour la présidente du FN. Dans l'hypothèse où François Fillon serait le candidat de l'UMP, l'écart se creuserait très nettement: il obtiendrait 17 % contre 32 % pour Marine Le Pen. François Bayrou, s'il était candidat, réaliserait une plutôt bonne performance, avec un score de 14 % dans l'hypothèse Fillon, de 11 % dans l'hypothèse Juppé et de 12 % dans l'hypothèse Sarkozy.


PAS DE CROISSANCE POUR LA ZONE EURO


Sur le plan économique, l’évènement de la semaine réside dans le fait que la zone euro a enregistré une croissance nulle au deuxième trimestre. L'Union monétaire subit au deuxième trimestre un coup d'arrêt de sa croissance (0 %) ; au premier trimestre, la hausse était de 0,2 %. Dans le détail des composantes du PIB, les dépenses de consommation des ménages ont augmenté de 0,3 % au deuxième trimestre, apportant une contribution positive à la croissance de 0,2 point. En revanche, les investissements des entreprises ont diminué de 0,3 %, soit une contribution négative de 0,1 %. La contribution du commerce extérieur a été positive (+ 0,1 point) grâce à une croissance des exportations de 0,5 %, supérieure à celle des importations (+ 0,3 %). Enfin, celle des variations de stocks a été négative (– 0,2 point).

Compte tenu de ces indicateurs Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a une fois de plus déjoué les pronostics des marchés. Jeudi dernier, à l'issue de la réunion mensuelle du conseil des gouverneurs de l'institution, l'Italien a annoncé une nouvelle salve de mesures pour soutenir la croissance vacillante de la zone euro et enrayer le risque déflationniste. A commencer par une baisse du taux directeur, de 0,15 % à 0,05 %. Le taux de dépôt est, lui, passé de – 0,10 % à – 0,20 % : les banques devront donc payer un peu plus cher pour laisser de l'argent à court terme dans les coffres de la BCE. Ce qui devrait les inciter à prêter plutôt à l'économie. Surtout : l'institution va lancer, en octobre, un programme d'achat d'ABS (asset-backed securities), ces titres adossés à des créances notamment de PME, ainsi que d'obligations sécurisées d'institutions financières de la zone euro. Dans les deux cas, l'objectif est de relancer le crédit aux PME.


DRAGHI ENERVE LES ALLEMANDS


Ces mesures, prises à une majorité confortable mais non à l'unanimité, ont surpris les investisseurs. L’un des buts poursuivis par Mario Draghi est aussi de faire baisser l'euro. La hausse du bilan de la BCE, alors que la Fed cessera de faire augmenter le sien à partir d'octobre, devrait pousser la monnaie unique plus loin encore sous la barre de 1,30 dollar d'ici à la fin de l'année, ce qui soutiendra les exportations des pays membres. La BCE a donc désormais déployé presque tout l'arsenal dont elle dispose pour relancer l'économie. Mario Draghi a indiqué que le conseil est, à l'unanimité, prêt à prendre d'autres mesures non conventionnelles si la situation l'exigeait. Mais, à part l'achat de dette publique, auquel les Allemands restent réticents, il ne reste aucune arme à l'institution.

L’Allemagne est sous le choc après l’annonce de ces mesures. Cela se reflète dans les commentaires de la presse outre-Rhin publiés en fin de semaine. Au lieu d’être l’institution qui donne le cap vers lequel doit naviguer la zone euro, la BCE semble de plus en plus aux abois, pour les observateurs allemands en courant de plus en plus le danger de causer plus de dégâts que de bien. Les dangers d’une politique monétaire qui emballe la planche à billets fait courir le risque de voir complètement disparaître le soutien public de l’Allemagne pour la politique de la BCE et ainsi pour le projet d’Union monétaire.


TRES BEAU DENOUEMENT DE L'AFFAIRE HERMES


L’évènement de la semaine a été l’enterrement de la hache de guerre entre LVMH et Hermès. L’accord a été signé dans le bureau du président du tribunal de commerce de Paris, Frank Gentin, mercredi 3 septembre, à 1 heure du matin. C'est ce spécialiste des procédures préventives pour les entreprises en difficulté qui a joué les « M. Bons Offices ». Son rôle a été déterminant pour convaincre le groupe de Bernard Arnault de réduire sa participation dans le capital d'Hermès. LVMH cédera près de 15 % du sellier à ses propres actionnaires et n'en conservera que 8,5 %.

C'est au printemps 2014, au moment où l'avocat d'Hermès, allait prévenir le président du tribunal de commerce de Paris de son intention d'assigner LVMH, que l'idée d'une médiation a refait jour. Franck Gentin, époux de Valérie Bernis, et ami proche de Nicolas Bazire a alors demandé à LVMH de trouver pour cette négociation une personne de confiance, un proche de Bernard Arnault. Le nom de Thierry Breton est rapidement apparu. Près d'une vingtaine de réunions se sont tenues dans le plus grand secret dans le bureau du président du tribunal de commerce de Paris. Seules quatre personnes, y assistaient : hormis Franck Gentin, Axel Dumas, le nouveau gérant d'Hermès, était accompagné de Philippe Ginestié. Et Thierry Breton représentait les intérêts de LVMH. Une seule fois, Bernard Arnault a assisté à l'une de ces réunions.

Autre changement important : l’abandon par Franck Riboud de ses responsabilités opérationnelles chez Danone au profit d’Emmanuel Faber. C’est parce que Danone s'apprête à prendre un virage stratégique majeur qui devrait donner une nouvelle dimension au groupe que le fils d’Antoine Riboud a fait le choix de laisser les commandes à son fidèle second. Pour autant Franck Riboud reste président du conseil d’administration. Pour se concentrer sur les grandes orientations stratégiques de Danone à moyen et long terme et préparer dans les meilleures conditions sa succession à la tête de l'entreprise. Le nouveau directeur général devra préserver la sacro-sainte indépendance d'un groupe sur lequel n'a jamais cessé de peser des rumeurs d'OPA. Il aura aussi à mener le projet Danone 2020 qui pourrait conduire à nouer des alliances stratégiques, voire capitalistiques pour renforcer ses positions.

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