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Hollande aborde 2015 sur les chapeaux de roue
par Yves de Kerdrel

Après un passage à vide au début de l’automne, le Président de la République connaît un regain de forme qui étonne jusqu’à ses collaborateurs les plus proches. Tous les évènements négatifs semblent lui glisser sur la peau comme la pluie sur les ailes d’un canard. Malheureusement les paramètres économiques restent mauvais. Et surtout Manuel Valls garde les pieds sur terre.

27/12/2014 - 23:10 Temps Lecture 12 mn.

Cette semaine cet éditorial vous parviendra avec quelques heures d'avance. L'auteur de ces lignes est en effet à quelques milliers de kilomètres de Paris et s'adapte à vos contraintes horaires.


Tous ceux qui ont accompagné François Hollande à Saint-Pierre et Miquelon lors de son séjour de 48 heures ont été impressionnés par la décontraction et la forme du Chef de l’État. Bien sûr ce dernier était heureux de se sentir sur un terrain qui lui est favorable et qui a largement voté pour lui en 2012. Bien sûr il était content d’être loin de Paris au moment où les chiffres du chômage, à nouveau désastreux, étaient rendus publics. Mais de surcroit il semblait heureux d’être sorti de cette prison dorée qu’est l’Élysée.

Cela l’a amené à faire quelques confidences aux journalistes qui l’entouraient et qui en disent long sur son état d’esprit. « On se rapproche de 2017. On est dans la conquête, la dynamique, le mouvement », a-t-il répété à plusieurs reprises avant d'ajouter : « On sait que je suis là. De toute manière, je serai là. » A travers ces propos François Hollande a voulu signifié qu’il est sorti libéré, des épreuves qui ont parsemé l’année écoulée. Qu’il s’agisse des élections municipales ou des européennes, d’un remaniement imprévu à la fin du mois d’août, de la mobilisation des frondeurs, et de la dégradation persistante de la conjoncture économique, avec ses conséquences sur l’emploi.

HOLLANDE CROIT EN SA BARAKA

Il n’en revient même pas d’avoir surmonté un certain nombre d’épreuves personnelles. Avec d’abord une séparation brutale avec sa compagne, suivie d'un livre ravageur de Valérie Trierweiler. Puis avec le départ contraint et forcé d’un certain nombre de ses proches comme Aquilino Morelle pris la main dans le pot de confiture. Comme l’a dit François Hollande : « de tous ces vents qui glacent le sang, ma capacité à tenir, à avancer, est maintenant démontrée. Les Français l'ont vu. » Le Chef de l’État s’est auto-convaincu que la baraka qui lui avait permis d’être élu à la Présidence alors qu’en 2010 les sondages lui donnaient une popularité de 3 % ne l’a pas quitté et qu’il peut affronter tous les vents contraires qui s’annoncent d’ici à 2017.

Pour François Hollande, cet exercice d’optimisme est aussi une manière de signifier à tous les impatients qui l’entourent qu’il faudra compter avec lui en 2017. Cela vaut pour les frondeurs qui préparent un congrès du Parti Socialiste houleux pour juin prochain. Cela vaut aussi pour ceux qui réclament une primaire à gauche avant les prochaines présidentielles. Cela vaut surtout pour Manuel Valls, qui tel son mentor Michel Rocard, estime qu’il est temps pour lui de tenter sa chance. D’où les relations qui se tendent de plus en plus entre l’Élysée et Matignon.

UN CONGRES DU PS TRES ATTENDU

Il y a quelques jours une tribune publiée par quelques éléphants hollandais dans Libération affirmait : « l'année qui s'achève fut sans doute la pire que le Parti socialiste ait connue sur le plan électoral depuis 1993, avec trois défaites successives aux élections municipales, européennes et sénatoriales ». Cet article signé par une quarantaine de secrétaires fédéraux du PS reconnaît l'échec électoral de l'année 2014 mais se veut surtout un soutien à la politique de l'exécutif. Un soutien qu'ils jugent indispensable pour les deux échéances à venir, départementales et régionales, mais aussi et peut-être surtout en interne pour le congrès de Poitiers en juin prochain. Cette tribune a laissé de marbre les frondeurs, mais aussi une partie de ceux qui se retrouveront en juin, dans la motion centrale du congrès portée par le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis.

A droite, c’est toujours le grand calme en apparence depuis que Nicolas Sarkozy s’efforce de remettre de l’ordre dans la maison UMP. L’ancien Chef de l’État a retardé ses vacances de Noël afin de mettre en place les campagnes de recrutement de nouveaux adhérents et les permanences hebdomadaires que devront assurer les jeunes générations du mouvement. A l’occasion de Noël, et pour se démarquer de François Hollande, Nicolas Sarkozy a posté un message sur Facebook. Ces vœux sont été l’occasion pour le président de l’UMP de revenir sur ceux qui ont traversé des épreuves faisant ainsi référence aux intempéries, mais adresse aussi aux compatriotes « qui viennent d’être les victimes d’une violence aveugle et démente ».

SARKOZY JOUE TOUJOURS L’APAISEMENT

L’ex-chef de l’État a aussi tenu à envoyer un message aux Chrétiens d’Orient « chassés de leurs villages pour avoir commis le crime de ne pas prier comme leurs bourreaux ». L’occasion pour celui qui avait avancé le concept de « laïcité positive » de dire qu’en France, « la laïcité est un rempart qui protège la liberté de conscience ». Quand l’UMP et Nicolas Sarkozy reprochent régulièrement à François Hollande d’avoir divisé les Français avec le mariage pour tous entre autres, l’ex-chef de l’État conclut en écrivant que la France a besoin d’unité pour affronter la crise et faire face à des menaces multiples. Enfin le président de l’UMP a terminé ses vœux en insistant sur l’esprit d’apaisement et de rassemblement.

Sur le plan économique l’événement a été la révélation que la croissance américaine a connu au troisième trimestre sa meilleure performance depuis 2003. La troisième (et dernière) estimation du Département du commerce, publiée mardi dernier, fait état d’une progression du Produit intérieur brut de 5 % en rythme annualisé. Un chiffre supérieur aux 3,9 % annoncés précédemment. La consommation des ménages, qui compte pour 70 % de l’activité aux États-Unis, a été le principal moteur de la croissance. Globalement, sur les 5 % de croissance enregistrés entre juillet et septembre, la consommation des ménages a contribué à hauteur de 2,2 points. Les investissements des entreprises n’ont pas été en reste, avec une hausse de 4,8 %. La balance commerciale a également apporté sa contribution à la performance de l’économie américaine. La réduction du déficit des échanges extérieurs a apporté 0,8 point de croissance.

RECORD POUR L’ECONOMIE AMERICAINE

L’économie américaine est sur une dynamique solide depuis deux trimestres. Après un passage à vide entre janvier et mars, principalement en raison d’une météo exécrable, la première économie du monde avait déjà progressé de 4,6 % entre avril et juin. La plupart des économistes s’attendent toutefois à une légère baisse de régime au quatrième trimestre. La Réserve fédérale table ainsi sur une croissance de 2,3 ou 2,4 % entre octobre et décembre. Signe de ce ralentissement probable : les commandes de biens durables ont chuté de 0,7 % en novembre de façon inattendue. En revanche, la consommation devrait être soutenue par la baisse du prix du pétrole qui commencera à donner ses pleins effets au quatrième trimestre et surtout en 2015.

En Europe, la situation reste toujours un peu molle. A l’exception de l’Italie, chez nos grands voisins, le chômage a reculé presque partout en 2014. En Allemagne, le chômage touchait 2,72 millions de personnes en novembre, soit 6,3 % de la population active. Il n’a cessé de diminuer au cours de l’année. En Italie, la réforme du code du travail votée en décembre est présentée par le président du Conseil, Matteo Renzi, comme la seule alternative pour faire baisser le chômage, au plus haut depuis que les statistiques existent : 13,2 %. Le Royaume-Uni enregistre une rapide baisse du chômage depuis près de deux ans. Le nombre de chômeurs est ainsi repassé sous la barre des deux millions. Le chômage en Espagne reste quant à lui à un niveau très élevé, à 24 %. Il concerne 4,5 millions de personnes mais il recule plus vite que ce qu’avaient prévu les économistes : 300 000 personnes de moins qu’en janvier. Et il y a bien sûr la France où le nombre de chômeurs n’exerçant aucune activité a frôlé les 3,5 millions avec 27.400 de sans-emploi supplémentaires en novembre. Ce qui constitue une très mauvaise performance.

IMPORTANTE OPERATION POUR WENDEL

Du coté des affaires la semaine a été marquée bien sûr par la trêve des confiseurs. La seule opération importante a concerné le groupe Arc. La famille actionnaire historique s'apprête donc à céder le contrôle du leader mondial des arts de la table au fonds d'investissement américain PHP. Emmanuel Macron, a fait le déplacement ce mercredi à Arques, dans le Pas-de-Calais pour annoncer l'heureuse nouvelle. L'accord pérennise l'usine d'Arques, qui est l'un des plus gros sites industriels en France, et qui compte encore plus de 5.600 salariés. L'accord s'appuie sur un apport de 58 millions d'euros de la part du repreneur, la famille ajoutant, quant à elle, 2 millions. Cette dernière se trouverait ainsi diluée à 20% du capital. Les créanciers bancaires acceptent, quant à eux, de réduire la dette de plus de 50%.

L’autre grosse opération de la semaine écoulée a été le rachat par Wendel du

Autrichien Constantia Flexibles, spécialisée dans le packaging flexible. La société d'investissement, que dirige Frédéric Lemoine a réalisé ainsi sa plus grosse opération depuis que celui-ci est aux commandes du groupe détenu par la famille Wendel puisque la transaction valorise la société à 2,3 milliards d'euros. Wendel, qui n’a pas précisé le montant de la participation acquise, espère finaliser l'opération dans le courant du premier semestre 2015. Créée en 1960, la société Constantia Flexibles a dégagé en 2013 un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros.

RIEN DE NEUF SUR LES AUTOROUTES

Par ailleurs il semble que les négociations avancent vite entre Patrick Drahi et Marc Laufer concernant le rachat à Roularta de l’Express et de l’Expansion. Cette opération se ferait parallèlement avec le rachat du reste des activités françaises de Roularta par le Figaro. C’est KBC qui a été mandaté par Roularta pour étudier le dossier. Car Vincent Bolloré n’exclut pas de remonter son offre sur l’Express de manière à poser les premiers jalons d’un Bertelsmann français. S’il ne pouvait mettre la main sur l’Express il serait alors tenté de relancer son projet d’achat du Parisien.

Enfin contrairement à ce que certains espéraient le gouvernement n’a ni dénoncé les concessions autoroutières à la date du 31 décembre ni manifesté une intention de renégocier. Selon les informations de WanSquare les tractations ont duré pendant toute la trêve des confiseurs. Dans cette affaire, le gouvernement a plusieurs préoccupations. D'abord, il souhaiterait limiter les bénéfices excessifs des sociétés d'autoroutes. L'idée serait qu'au-delà d'un TRI de 7 % ou 8 %, les bénéfices soient partagés par les concessionnaires et l'État. Les sociétés d'autoroutes ne sont pas opposées à ce système. Autre chantier pour le gouvernement : l'évolution des tarifs, qui doit entrer en application le 1er février 2015. Si la règle tarifaire était appliquée, elle devrait s'établir à 0,57 %.

Juridiquement, l'État n'a pas les moyens pour imposer ce gel des péages voire pour limiter l'augmentation prévue de 0,57 %. Les sociétés d'autoroutes pourraient accepter de se montrer moins gourmandes à deux conditions: une compensation, soit en la reportant sur les années suivantes soit en allongeant la durée des concessions. Et le plan de relance (3,2 milliards d'euros de travaux financés par les concessionnaires moyennant un allongement de leur concession) que les sociétés ont signé avec l'État à l'automne 2013 devra être appliqué rapidement. Parmi les propositions faites par les concessionnaires pour sortir de l'impasse : offrir des tarifs préférentiels aux véhicules verts. Mais, là encore, cette baisse des tarifs pour les véhicules verts devra être compensée. Autant dire qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

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