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L’Europe soulagée par la BCE mais inquiète par Athènes
par Yves de Kerdrel

Comme prévu la Banque Centrale Européenne a annoncé jeudi le lancement d’une opération de quantitative easing qui pose plus de problèmes qu’elle n’apporte de solutions. Au moins cette initiative a été largement saluée par les marchés. Mais ceux-ci pourraient déchanter si la gauche europhobe grecque arrivait ce soir ou demain à construire une coalition capable de gouverner.

25/01/2015 - 07:31 Temps Lecture 13 mn.

Après deux semaines d’unité nationale et de trêve totale dans les embrouilles politiciennes, liées aux terribles attentats qui ont frappé Charlie Hebdo, la communauté juive et les forces de l’ordre, le naturel est revenu au galop. Notamment à propos des réponses à apporter à ce défi du terrorisme islamique, et du communautarisme qui gangrène le pacte républicain. Des réponses que Manuel Valls avait détaillées en milieu de semaine et qui font figure de mesurettes à côté du « Patriot Act ». C’est tout juste si la France va pouvoir essayer – mais ce sera long – de reconstituer un vrai renseignement digne de ce nom.

Invité le soir même sur France 2 pour commenter ces mesures, Nicolas Sarkozy a tenu un discours offensif à l’encontre du gouvernement en ciblant principalement Manuel Valls. Il a accusé le premier ministre d’avoir commis une faute en parlant la veille d’« apartheid territorial, social, ethnique » pour décrire la situation dans certains quartiers. Des critiques pas anodines contre celui qui incarne la conversion de la gauche à un discours plus sécuritaire. En privé, l’ancien chef de l’Etat a la dent très dure contre le locataire de Matignon, dont il sent bien qu’il pourrait être un rival en 2017 et qui capte l’intérêt d’un grand nombre de gens de droite. Tant pour sa stature d’homme d’état que pour sa volonté de réformer.

DUFLOT ET MELENCHON DISCUTENT

Nicolas Sarkozy a également attaqué de front la ministre de la justice, Christiane Taubira, que la droite considère comme le principal point faible du dispositif gouvernemental. Mais même à droite et chez beaucoup de ténors de l’UMP, cette intervention de Nicolas Sarkozy a été jugée comme une erreur. D’abord il est arrivé sur le plateau sans avoir de dispositif génial à proposer en matière de sécurité. Ensuite on sentait sa volonté de ne pas laisser le monopole de la contestation au Front National. Enfin, plutôt que d’envoyer un délégué de l’UMP aux affaires de sécurité ou de justice, il s’est pris les pieds dans le tapis et reste comme qui a brisé l’union nationale au moment où la popularité de François Hollande et celle de Manuel Valls faisaient des bonds impressionnants.

Dans la majorité, à la veille de l’ouverture du débat parlementaire sur la Loi Macron, la trêve est encore de mise. Il faut dire que le Ministre de l’Economie a tout fait, à l’occasion des 82 heures de travail en commission pour apaiser les tensions et les inquiétudes chez certains socialistes. Mais là aussi le naturel devrait vite reprendre le dessus à l’initiative des Verts et des frondeurs, agités par Martine Aubry. La tâche est plus difficile pour eux face à un gouvernement qui a regagné une partie de sa popularité. Mais en dehors de la Loi Macron et avant les élections départementales de Mars, il n’existe pas d’autres de fenêtres de tir pour les frondeurs. D’ailleurs en coulisses les discussions entre Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon s’activent pour qu’à la présidentielle il n’y ait qu’un seul candidat de gauche dure. Et pour certains le départ de Christiane Taubira du gouvernement n’est qu’une question de semaines.

HOLLANDE SUR UN NUAGE

Entre l’Elysée et Matignon, ce n’est toujours pas la lune de miel. Bien sûr au Château on est sur un petit nuage des 20 ou 21 points regagnés dans les sondages et de la très bonne communication orchestrée par Gaspard Gantzer. Mais le Chef de l’Etat tient absolument à tirer toute la couverture à lui. A tel point qu’un grand hebdomadaire a été vivement poussé par l’Elysée à ôter Valls d’une couverture qu’il voulait faire. C’est dire à quel point chaque déclaration et chaque action du Premier Ministre sont surveillées.

Profitant de son nouveau statut retrouvé sur la scène internationale François Hollande est allé vendredi à Davos où son programme a été un peu perturbé par le mauvais temps. Il y a d’abord tenu un déjeuner avec une vingtaine de patrons mondiaux, comme celui de Nestlé, du BCG, de PricewaterhouseCoopers, de Deloitte, mais aussi Dow Chemical, de Huawei Technologies et d' Alibaba. Outre les conseillers de l'Élysée, les ministres Ségolène Royal, Laurent Fabius et Michel Sapin ont participé au déjeuner.

Lors de sa « special adress » de l’après-midi, François Hollande, a bien sûr appelé à apporter une réponse globale face au terrorisme. Il a également invité les entreprises à investir en France, un pays de plus en plus compétitif selon lui, et à s’engager davantage dans la lutte contre le changement climatique. La France agit pour réduire ses handicaps, a assuré François Hollande en évoquant notamment le pacte de responsabilité qui baisse le coût du travail, la loi Macron et les aides à l'innovation. Avant de conclure par cette phrase byzantine : « La France a conscience de ses atouts mais elle a conscience aussi de ses limites ou de ses handicaps, alors nous agirons ».

LE PLAN DRAGHI LAISSE SCEPTIQUE

Bien sûr, en arrivant à Davos, François Hollande s’est félicité de l’annonce faite la veille par la BCE qui a fait part d’un programme de rachat de 60 milliards d'euros de dette chaque mois. Etalé sur dix-huit mois, jusqu'en septembre 2016, le programme représente au total un effort de plus de 1.000 milliards d'euros. La BCE a par ailleurs annoncé qu'elle laissait son principal taux directeur inchangé, au niveau historiquement bas de 0,05 %. L'institution monétaire de Francfort n'a pas modifié non plus son taux de prêt marginal, abaissé à 0,3 % en septembre, ni son taux de dépôt, porté en territoire négatif pour la première fois de son histoire en juin à – 0,2 %.

Ces mesures, qualifiées de non conventionnelles, qui concernent à la fois les dettes publiques (des Etats) et privées (des entreprises), ont pour objet de remettre les pays membres sur la voie de la croissance et d'éloigner la menace déflationniste. Cette annonce faite par Mario Draghi a été vivement critiquée en Allemagne. Le journal Bild se demandait si les banquiers centraux voulaient détruire leur monnaie. Pour d’autres, ce rachat d'obligations d'Etat serait une façon de soutenir les mauvais élèves de la zone euro en ne les incitant pas à mener de programmes d'austérité. Depuis Davos, la chancelière Angela Merkel a estimé que les décisions de la BCE ne devaient pas « nous faire dévier du chemin » des réformes.

En réalité, ce programme d'assouplissement monétaire n'est pas mené seulement par la BCE. Il est surtout porté par les banques centrales nationales. Seuls 20 % des titres achetés seront soumis à un partage des risques, c'est-à-dire que les pertes éventuelles qui en découleront seront assumées par tous les contribuables de la zone euro. Pour les 80 % restants, chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques. Par ailleurs la qualité des actifs éligibles à un rachat sera discutée ultérieurement, ce qui laisse le champ à une restriction des critères d'éligibilité pour profiter de ce programme.

LA MENACE GRECQUE

Voilà pour la bonne nouvelle, concernant la zone euro. La mauvaise nouvelle pourrait venir ce soir ou demain de Grèce, dans la mesure où Alexis Tsipras est désormais aux portes du pouvoir. Une étude d’opinion publiée jeudi par l’institut GPO pour la chaîne de télévision Mega donne une avance de 6 % à Syriza (32,5 %) devant Nouvelle Démocratie, le parti du premier ministre au pouvoir, Antonis Samaras, qui plafonne à 26,5 %, alors que 10 % des électeurs se déclarent encore indécis. Alexis Tsipras parle comme s’il avait déjà gagné. De fait, une deuxième place serait une énorme surprise.

Nouvelle Démocratie n’a fait campagne ces derniers jours que sur la peur du chaos qui serait censé survenir si la gauche radicale prenait le pouvoir, sans même tenter de défendre son bilan. Le problème c’est qu’après cinq ans de crise, de récession, d’augmentation des impôts et de baisse des salaires, avec un taux de chômage de 25 % et une augmentation de la pauvreté, le langage de la raison n’a plus cours en Grèce et tout est placé sur le terrain de l’émotion. Reste à savoir avec quelle majorité Syriza pourra-t-il gouverner car aucun sondage ne donne pour l’instant à la gauche radicale une majorité absolue de 151 sièges sur 300.

MOINS D’ACTIVITE ET DE FAILLITES

Sur le plan de l’actualité économique, les dernières données PMI flash de Markit signalent de nouveau une légère contraction du secteur privé français au début de l'année 2015, l'indice composite de l'activité globale se repliant même très légèrement de 49,7 en décembre 2014 à 49,5 en janvier. L'activité diminue dans le secteur des services tandis que les fabricants signalent un net fléchissement du taux de contraction de la production, ce dernier repli étant par ailleurs le plus faible des huit derniers mois de contraction. En revanche, es entreprises interrogées mentionnent pour la première fois depuis vingt mois, une baisse de leurs coûts qu'elles attribuent à la récente chute du prix du pétrole. Mais a contrario les fortes pressions concurrentielles contraignent les entreprises à réduire leurs tarifs.

Autre indicateur important : 452 entreprises de plus de 50 salariés ont déposé leur bilan ou été placées en procédure de sauvegarde en France en 2014, selon le baromètre publié par le cabinet Altares à partir des données des greffes. C’est 20 % de moins que l’année précédente, et le nombre le plus faible enregistré depuis 2007, la dernière belle année avant le début de la crise. La baisse atteint 25 % sur le seul quatrième trimestre. Au total, moins de 4 600 PME ont déposé leur bilan en 2014, le plus bas niveau depuis 2008. Grâce à cette embellie parmi les poids moyens de l’économie, le nombre global de défaillances s’est tassé de 5 % au quatrième trimestre, et de 0,8 % sur l’ensemble de l’année. Il reste que le nombre d’entreprises en difficulté reste considérable : 62 586 en 2014, contre 45 000 à 50 000 par an avant la crise de 2008-2009.

LE DOSSIER RTE SUR LE BUREAU DE LEVY

Les chiffres du chômage qui seront publiés mercredi soir risquent d’être à nouveau décevants. Comme l’Unedic l’a laissé envisager, l’inversion de la courbe du chômage n’est pas d’actualité. Et les grandes entreprises continuent à réduire leurs effectifs. A commencer par Air France-KLM qui a annoncé que lors d’un prochain comité central d’entreprises sera présenté un nouveau plan de départs volontaires concernant 500 personnels au sol et 300 hôtesses et stewards. La direction a confirmé ce chiffre. Air France a déjà réduit ses effectifs. A deux reprises ces deux dernières années. En décembre dernier la compagnie a indiqué qu’elle faisait face à un contexte concurrentiel dégradé et à une baisse de la recette unitaire.

Selon les informations de WanSquare, EDF étudierait différents scénarios d'évolution de sa filiale RTE qui gère le réseau de transport d'électricité français moyenne et haute tension. Il est question d’une scission partielle voire même de la vente d'une participation, ainsi que l’a affirmé Bloomberg. Pour d’autres une alliance avec un industriel européen ferait aussi partie des options envisagées pour RTE, valorisé jusqu'à 15 milliards d'euros. Le dossier est sur le bureau de Jean-Bernard Lévy. Mais une telle décision dépend de la volonté de l’état et probablement d’une loi. Toujours est-il qu’un tel projet serait béni par l’Autorité de la Concurrence.

Enfin concernant le dossier du suisse Sika que Saint-Gobain cherche à racheter, les ennuis s’accumulent pour le géant français. La fondation Bill Gates qui est l’un des principaux actionnaires de Sika est l’un des principaux obstacles. Avec d'autres actionnaires, comme Fidelity, elle vient de trouver une astuce qui ne bloquera pas ce rachat mais qui pourrait empoisonner Saint-Gobain et la famille Schenker Winkler, qui lui a vendu sa participation dans Sika. Lors de l'assemblée générale du groupe qui devrait se tenir entre fin mars et mi-avril, ces actionnaires qui ont un peu plus de 8 % du capital du suisse vont demander à ce qu'on vérifie si la famille Schenker Winkler n'a pas communiqué des informations confidentielles à Saint-Gobain dans les deux ans précédant la vente conclue en décembre. Surtout ils vont demander à ce que des auditeurs scrutent pendant les deux prochaines années toutes les décisions de Sika ou de Saint-Gobain pour voir dans quelle mesure les intérêts du Suisse ne sont pas lésés. Ce qui rendrait insupportable l’alliance entre les deux groupes.

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