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Yves de Kerdrel
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Hollande gonflé à l’hélium face à une droite inexistante
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’Etat a réussi sa conférence de presse en conservant les habits présidentiels qu’il a endossés le 11 janvier dernier et en évitant tous les sujets qui fâchent, comme la dette, le déficit budgétaire ou le chômage. Manifestement pour François Hollande il est plus facile de s’opposer à Vladimir Poutine qu’au déclin économique de la France. Mais ses sondages ont fini de remonter.
A tous points de vue, la conférence de presse de François Hollande jeudi dernier a été réussie. Ce fût un pur exercice de communication. Avec trois axes majeurs. Le premier : surfer sur « l’esprit du 11 janvier dernier ». Le deuxième ressasser le mot unité nationale pour éviter d’avoir à parler des sujets qui fâchent, notamment en matière économique. Enfin le troisième axe a consisté à montrer qu’il était redevenu un acteur majeur sur la scène internationale d’où l’annonce de son départ immédiat pour Moscou et l’Ukraine en compagnie d’Angela Merkel. Comme s’il reprenait l’initiative sur ce dossier, alors qu’en fait, il répondait à une invitation de Vladimir Poutine.
Il reste que pendant ses deux heures de conférence de presse, François Hollande n’a pas fait une faute de communication. On peut discuter des mesures concernant le service civique universel ou la réserve citoyenne, comme de la création d’une nouvelle agence destinée à contribuer au développement des banlieues. On peut ne pas être d’accord sur certains termes utilisés et qui ont déjà fait polémique parce qu’ils ne correspondent ni à la réalité ni au meilleur moyen de lutter contre les communautarismes. Mais tout cela a été formulé de manière habile avec ces trois mots que les journalistes aiment tant : « j’ai changé ».
PAS UN MOT SUR LA DETTE
Seul de rares commentateurs se sont étonnés qu’en l’espace de 120 minutes, François Hollande n'a pratiquement pas eu un mot sur la dette et le chômage, le déficit et les mesures à prendre pour desserrer le carcan des entreprises qui font faillite. Alors qu’en l’espace de 32 mois de mandat présidentiel, la France compte 500.000 chômeurs de plus. Ce qui constitue un bien triste record. Tout cela prouve l’efficacité du travail de Gaspard Gantzer, le jeune conseiller en communication de François Hollande, issu de la même promotion de l’ENA qu’Emmannuel Macron et qui a réussi en quelques semaines à donner à un pathétique Guy Mollet l’image d’un super-président présent sur tous les fronts.
Manuel Valls qui incarne pourtant, selon les enquêtes d’opinion, les notions d’autorité, de fermeté et d’action au sein du gouvernement était de surcroit obligé de boire les paroles présidentielles. Alors que des informations commencent à fuiter sur le fait que le vendredi 9 janvier, pendant les conseils restreints visant à suivre les terribles actions des terroristes, Christiane Taubira et François Hollande plaidaient fortement pour que les auteurs du carnage de Charlie Hebdo et celui de l’hyper casher soient attrapés vivant et non fusillés lors de l’assaut. Il faut dire que lors de l’affaire Merah, François Hollande avait vivement critiqué le fait que les forces de l’ordre aient abattu le terroriste, avant de débarquer le chef d’unité qui avait mené l’assaut, une fois arrivé au pouvoir.
COMMENT SARKOZY CAJOLE JUPPé
Si la conférence de presse de François Hollande a été aussi bien ressentie dans l’opinion, c’est aussi parce que le Président bénéficie d’un effet de miroir très positif, dans la mesure où la droite est soit complètement désordonnée, soit absente, soit même ridiculisée à travers les révélations sur l’aller-retour de Nicolas Sarkozy au Qatar au lendemain du premier tour de l’élection partielle dans le Doubs, alors que l’UMP faisait preuve d’une cacophonie complète.
Le parti a réuni hier à Paris son conseil national afin de travailler aux fondations de son projet, en dressant des diagnostics sur la crise économique, de l'Europe et des valeurs républicaines, et commencer à présenter des têtes de liste pour les élections régionales de même qu’assurer le lancement de la campagne des départementales. Nicolas Sarkozy ne semble obsédé que par une seule chose : conserver Alain Juppé au sein de l’UMP et pour cela céder à toutes ses exigences en termes de primaires comme de positionnement face au Front National. Il ne veut pas qu’il devienne, avec l’aide de François Bayrou le candidat du centre et qu’il s’émancipe ainsi des primaires.
PROPABLE BARRAGE AU FN DANS LE DOUBS
Malgré cela, la journée d’hier a eu par moment des airs de soupe à la grimace, tant l'UMP reste déboussolée au terme d'une semaine qui a montré l'étendue de ses divergences sur la méthode à adopter pour combattre le FN. Le tout, sur fond de d’un second tour très incertain concernant la législative partielle dans le Doubs ce dimanche. Même si le candidat socialiste devrait bénéficier d’un bon nombre de voix qui s’étaient portées sur le candidat de l’UMP au premier tour. Sauf surprise de dernière minute. Surprise d’autant plus possible que les récents scrutins partiels ont montré que les électeurs ne respectaient plus du tout les consignes de vote en provenance de Paris.
Dans l'entourage de Nicolas Sarkozy certains continuent à croire que sa stratégie paiera sur le long terme. Pour être candidat à la primaire, la maîtrise du parti est centrale. C’est ce à quoi s’attèle de manière quotidienne l’ancien Président de la République. Voilà pourquoi jeudi soir il a anticipé l’investiture de quelques candidats aux futures élections régionales. Avec Valérie Pécresse en Ile-de-France au grand dam d’Henri Guaino, Laurent Wauquiez dans la très grande région Auvergne-Rhône-Alpes qui devra affronter soit René Souchon, soit Jean-Jack Queyranne, Xavier Bertrand dans la nouvelle grande région Nord, créée avec le rapprochement de la Picardie où Marine Le Pen ne semble plus tentée de se présenter, Philippe Richert en Alsace-Lorraine, Bruno Retailleau, dans les Pays de Loire, Alain Joyandet dans la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté et Marc Le Fur en Bretagne.
HOLLANDE NE PARLE PLUS QUE DE 2017
Celui qui surveille de très près ce qui se passe à l’UMP, c’est François Hollande, grand spécialiste de la tectonique des plaques au sein d’un grand parti de gouvernement. Récemment invité à déjeuner chez un grand patron de gauche il a confié que son but était d’affronter Nicolas Sarkozy au premier tour de 2017, de l’écraser et de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Interrogé sur le fait de savoir si cette tactique n’était pas dangereuse pour la France, le locataire de l’Elysée a affirmé à son hôte – qui l’a répété à WanSquare – qu’il n’y avait aucune chance de voir Marine Le Pen l’emporter. Tout simplement parce qu’entre les deux tours son père, Jean-Marie Le Pen, ferait une déclaration tonitruante destinée à lui porter tort, de manière à ce qu’elle ne franchisse pas les portes de l’Elysée. Ce grand patron de gauche qui est un visiteur du soir habituel de François Hollande juge ce scénario crédible, dans la mesure où il connaît personnellement le fondateur du Front National.
Sur le plan économique, l’actualité de la semaine est restée dominée par le dossier grec. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a opposé, jeudi dernier, à son homologue grec Yanis Varoufakis une fin de non-recevoir. Il n’y aura ni annulation de la dette, ni remise en question de la coopération de la Grèce avec la troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Union européenne), a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune au ministère des finances à Berlin. Que cette première rencontre débouche sur un constat de divergence n’a surpris personne.
BRUXELLES FAIT UN PAS VERS LA FRANCE
Avant cette rencontre Yanis Varoufakis avait multiplié les interviews à la presse allemande pour tenter de rallier l’opinion à la cause grecque. Il a ainsi exclu que son gouvernement accepte une quelconque aide financière de Moscou. Espérant flatter l’ego allemand, le ministre grec a aussi proposé que le pays lance un « plan Merkel », sur le modèle du plan Marshall qui avait permis à l’Allemagne, via un effacement de sa dette, de sortir de l’ornière au lendemain de la seconde Guerre mondiale. Mais toue cette esbroufe n’a pas du tout convaincu Wolfgang Schäuble, qui a insisté sur la nécessité incontestable pour le gouvernement grec de reprendre le dialogue avec les contrôleurs de la troïka.
Pour une fois la Commission européenne a revu à la hausse la croissance européenne, dans ses prévisions économiques d’hiver, publiées jeudi. Elle devrait atteindre 1,7 % pour toute l’Union européenne en 2015 et 1,3 % pour la zone euro. Pour la première fois depuis 2007, tous les pays de l’Union verront leur économie croître à nouveau l’an prochain. Ces prévisions corroborent désormais les hypothèses du gouvernement français pour son budget 2015. Selon la Commission, le produit intérieur brut hexagonal devrait ainsi croître de 1 % en 2015, soit davantage que les 0,7 % sur lesquels tablait Bruxelles en novembre 2014. Quant au déficit public français, il devrait représenter 4,1 % du PIB en 2015, selon la Commission. Soit le chiffre mentionné dans la loi de finances.
UN DEFICIT COMMERCIAL TRES LOURD
Ces prévisions économiques interviennent dans un contexte particulier. A la Commission européenne, la grille de lecture a changé. Jean-Claude Juncker, le nouveau président, a fixé une nouvelle priorité : la croissance. Par l’investissement et les réformes structurelles. La discipline budgétaire reste un objectif essentiel, mais ce n’est plus l’alpha et l’oméga européen. En témoigne le plan d’investissement portant sur 315 milliards sur lequel travaille Jean-Claude Juncker. Du coup la France voit s’éloigner doucement mais surement l’hypothèse d’une sanction au mois de mars prochain.
Par ailleurs le déficit commercial français s’est réduit en 2014, pour la troisième année consécutive. Après avoir battu des records historiques en 2011 à -74,5 milliards d’euros, le solde a été ramené à -53,8 milliards d’euros fin décembre, soit une baisse de 7 milliards d’euros par rapport à 2013. Bien sûr cela doit beaucoup à l’allègement de la facture pétrolière. Car hors énergie, le déficit est en hausse de près de 35 %, à 16,7 milliards d'euros. A noter que les importations totales françaises ont diminué de 1,6 % sur l’ensemble de l’année écoulée, à 491,1 milliards d'euros. Quant aux exportations françaises elles sont en hausse de 0,1 %, à 437,3 milliards d'euros avec une amélioration au deuxième semestre liée à la baisse de l’euro.
DES PLANS SOCIAUX EN CASCADE
Si François Hollande a insisté sur la reprise de l’investissement, l’actualité des entreprises reste marquée par des restructurations massives qui ne vont pas favoriser la courbe du chômage. Le conglomérat industriel allemand Siemens envisage de supprimer environ 7 400 emplois dans le monde, dont près de 3 300 en Allemagne. Cette coupe dans les effectifs, qui représente environ 2 % de la masse salariale mondiale du groupe, pourrait être annoncée, selon les informations de WanSquare, dans le courant de la semaine prochaine. On comprend mieux pourquoi le groupe n’avait pas fait de forcing dans le dossier Alstom.
Même problème chez Areva qui évolue dans des domaines similaires à ceux de Siemens. La société s’apprêterait, selon les informations de WanSquare à annoncer des pertes supérieures à 2 milliards d’euros. Pour sauver le groupe, la piste la plus sérieuse passe par une coopération renforcée avec EDF, qui pèse 30 % des ventes d’Areva. Mais le groupe prépare une vive restructuration de ses effectifs. Areva compte 45.000 collaborateurs dont deux tiers en France. La nouvelle direction a déjà engagé des discussions avec les organisations syndicales.
MESSIER ACCROIT SA FORCE DE FRAPPE
Par ailleurs, quatorze mois après son après le dépôt de bilan de Mory Ducros et onze mois après sa reprise partielle, assortie de la suppression de 2 800 postes et d'un changement de nom, le géant français de la messagerie Mory Global s’est déclaré en cessation de paiements, vendredi, au Tribunal de commerce de Bobigny. Cette décision fait suite aux difficultés structurelles de la société, qui a réalisé l'an passé une perte nette de 40 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 330 millions. Le Tribunal de Commerce de Bobigny devrait se pencher dés la semaine prochaine sur le dossier et prononcer un placement en redressement judiciaire ou, plus probablement, une liquidation judiciaire directe avec 2.000 emplois à la clé.
Enfin à noter l’annonce prochaine d’un partenariat entre la banque d’affaires Messier Maris & Associés et Millstein & Co. Ces deux maisons indépendantes de conseil, s’apprêtent à signer un accord de Joint-Venture transatlantique. Par ce partenariat, les deux maisons entendent partager leurs réseaux afin d'offrir à leurs clients un niveau d'accès incomparable ainsi qu'élargir leur offre de services. Ce partenariat, qui vient concrétiser de nombreux projets menés en commun au cours des 24 derniers mois, rassemblera environ 80 banquiers au sein d’une plateforme internationale intégrée. Millstein & Co., fondée par Jim Millstein, ancien Chief Restructuring Officer auprès de Timothee Geithner, secrétaire au Trésor américain, est une société de conseil financier opérant à New-York et à Washington D.C. Héritière de Messier Partners, la maison Messier Maris & Associés a été fondée en 2010 par Jean-Marie Messier, ancien PDG de Vivendi, et Erik Maris, ancien Directeur Général de la banque Lazard Frères en France.
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