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Yves de Kerdrel
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La semaine où l’UMP s’est rabaissée et où la gauche s’est fracturée
par Yves de Kerdrel
L’utilisation de la procédure du vote bloqué afin de faire adopter la loi Macron a montré que les frondeurs menés par Benoit Hamon et Martine Aubry avaient désormais décidés de faire bande à part dans la perspective du Congrès de Poitiers. Seuls une douzaine de députés de l’opposition étaient prêts à voter la loi Macron. Et la motion de censure déposée par l’UMP ne lui a pas rapporté un point dans l’opinion, mais la rend encore moins crédible pour construire une alternative.
Exceptionnellement cet éditorial vous parvient le samedi soir et ne tient pas compte des bruits de la ville annoncés pour ce dimanche. Ce décalage tient au fait que l'auteur de ces lignes se trouve outre-Atlantique, afin de rencontrer des investisseurs américains.
Mardi dernier, il était 16 h 30, dans l'hémicycle de l'Assemblée, quand Manuel Valls a annoncé qu'il engageait au titre de l'article 49-3 de la Constitution la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi Macron. « Une majorité existe probablement sur ce texte mais elle est incertaine», explique d'un ton solennel, le premier ministre, qui ne veut pas prendre le risque d'un rejet de ce projet de loi dont les dispositions sont essentielles pour relancer la croissance et l'emploi. Essentielles aussi pour satisfaire Bruxelles qui vient d’accorder un nouveau sursis.
Pour la première fois depuis 2006, Manuel Valls s’est donc trouvé obliger d'utiliser cette arme constitutionnelle à la disposition de l'exécutif. Tout au long de la journée de mardi, la rumeur n'a cessé d'enfler dans les couloirs de l'Assemblée sur les craintes du gouvernement de ne pas avoir une majorité pour faire adopter ce texte phare de la seconde moitié du quinquennat. Les frondeurs du PS se disaient prêts à voter contre par dizaines. Mardi matin encore, lors de la réunion hebdomadaire du groupe PS, l'ancien ministre Benoît Hamon a réaffirmé son intention de voter en conscience contre ce projet qui « ne comporte pas de mesures de compensation minimum » pour les salariés qui travailleront le dimanche. Puis dans le huis clos du groupe PS, Manuel Valls fait, en présence d'Emmanuel Macron, un aveu qui se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux: «À l'heure qu'il est, le texte ne passe pas.»
LE BILLARD A TROIS BANDES DE HAMON
À l'heure du déjeuner mardi, on apprend qu'un Conseil des ministres extraordinaire va se tenir à 14 h 30, une demi-heure avant la séance des questions au gouvernement pour autoriser Valls à engager sa responsabilité. C'est l'engrenage. Quarante huit heures plus tard, jeudi soir vers 18 h 45, Claude Bartolone, annonce le résultat du vote de la motion de censure déposée par l’UMP et l’UDI : 234 voix pour, quand la majorité en requiert 289. Elle n’est pas adoptée. Le projet de loi pour la croissance et l’activité est considéré comme adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Bien qu’aucun député socialiste n’ait voté la motion de censure, Manuel Valls n’en a pas moins dénoncé « l’irresponsabilité et l’immaturité de certains » qui, au sein du groupe majoritaire, s’apprêtaient à voter contre ou à s’abstenir au moment du vote du projet de loi Macron.
Le premier ministre s’est dit déterminé à poursuivre le mouvement de réformes, « avec tous les moyens que donne la Constitution ». Ce qui est certain après cette semaine improbable, c’est que la gauche est totalement fracturée. Et que derrière les débats parlementaires et les postures se prépare le congrès de Poitiers où Benoit Hamon, avec l’aide de Martine Aubry, entend bien prendre la place de Jean-Christophe Cambadélis, qui – il faut le reconnaître – n’est pas à la hauteur du job. Pas plus qu’Harlem Désir précédemment. Quant à l’UMP, elle s’est fait plaisir de manière bien stérile. Non seulement elle n’a pas marqué un point dans l’opinion. Mais en plus elle s’est décrédibilisée comme alternative pour 2017 en refusant un texte non partisan. De surcroit elle a renforcé l’image de réformateur que Manuel Valls se construit peu à peu.
LE DANGER FN AUX DEPARTEMENTALES
Pendant ce temps-là Nicolas Sarkozy a commencé sa campagne pour les élections cantonales, en sillonnant les routes de Bourgogne. Malgré les soubresauts de la semaine politique, l’ancien président de la République a insisté pour maintenir ce deuxième déplacement, après celui de Tourcoing. Drapé dans sa position de rassembleur, il a souhaité rencontrer le maximum de militants. Mais, à un mois des élections départementales, les 22 et 29 mars, le président de l’UMP veut aussi renouer avec une France qu’il considère en colère et prête à exploser. Cette France des campagnes de plus en plus tentée par le Front national.
Comme le montre un sondage Ifop-Fiducial où le FN est crédité de 29 % des voix, l’UMP et l’UDI de 27 %, le PS de 21 % et le Modem de 6 %. Nicolas Sarkozy semble découvrir que le FN braconne partout des voix à son parti. Selon le baromètre TNS Sofres publié dans Le Monde du 17 février, 50 % des sympathisants UMP se disent favorables à des alliances avec le FN au niveau local pour les départementales. De fait, jeudi dernier, le président de l’UMP a promis que tout candidat qui s’allierait avec l’extrême droite lors des prochaines élections départementales serait exclu.
SARKOZY NE CONVAINC TOUJOURS PAS
Au sein de sa famille politique, l’ancien chef de l’État estime toujours être le meilleur rempart contre le Front National en étant le plus à même de rassembler les sympathisants de la droite. Il est persuadé qu’Alain Juppé a commis une grosse erreur en appelant à voter socialiste lors de la législative du Doubs car il s’est décalé de son propre électorat. Il a dû apprécier de voir François Fillon affirmer, jeudi sur BFM-TV, qu’il choisirait « sans aucune hésitation » le PS plutôt que le FN lors d’un éventuel second tour à la présidentielle. Et il s’est rassuré en découvrant le récent sondage réalisé par l’IFOP où il devance le maire de Bordeaux auprès des sympathisants UMP sur la capacité à être autoritaire (+ 8 points en un an. Histoire de continuer à soigner le monde rural, Nicolas Sarkozy visitera le Salon de l’agriculture, le 25 février, une journée avant Marine Le Pen.
L'Eurogroupe s’est penché une nouvelle fois en fin de semaine sur le dossier grec, alors que l'incompréhension entre Athènes, qui a officiellement demandé une prolongation du plan d’aide, et Berlin, qui se montre toujours aussi intransigeant, atteint des sommets. Avant cette réunion qui s'annonçait compliquée, la Commission européenne avait tenté de calmer le jeu en assurant qu'un accord est possible dans un futur proche, si tout le monde se montre raisonnable. C’est ce qui s’est produit grâce notamment à Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, qui a beaucoup travaillé en coulisses pour éviter un clash entre les Grecs et les Allemands, alors que les relations entre les ministres des finances des deux pays – Yanis Varoufakis, pour Athènes, et Wolfgang Schäuble, pour Berlin – s’étaient nettement détériorées ces derniers jours.
ACCORD A L’ARRACHE POUR LA GRECE
Au terme d’une réunion qui n’a finalement duré que deux heures, vendredi soir, les Européens ont donc annoncé s’être mis d’accord sur une procédure de renégociation du programme d’aide (130 milliards d’euros en tout). L’Eurogroupe a jugé recevable la demande d’Athènes de prolonger ce plan au-delà de fin février. En contrepartie Athènes s’est engagé à achever le travail du précédent gouvernement, en mettant en œuvre les réformes imposées par la troïka des créanciers – FMI, Banque centrale européenne (BCE) et Commission de Bruxelles –, pas encore toutes sur les rails. De fait, le pays pourra toucher environ 7 milliards d’euros restant à verser sur le total des crédits alloués. Athènes dispose de quelques facilités : Alexis Tsipras, pourra modifier la liste des réformes à accomplir, à condition qu’elles préservent l’équilibre des finances publiques. De manière à ce que l’extension de ce plan durant quatre mois soit validée, les Grecs devront soumettre leur liste de réformes, d’ici au lundi 23 février, pour validation.
Jeudi 19 février, la Banque centrale européenne a, pour la première fois, publié un compte rendu de sa dernière réunion de politique monétaire. Dans le détail, la BCE y dévoile le contenu des discussions tenues par les dix-neuf gouverneurs des banques centrales de la zone euro et les six membres du directoire. Le compte rendu confirme que certains membres étaient sceptiques quant à aux rachats de titres annoncés fin janvier, estimant qu’ils ne devaient être déployés qu’en dernier recours. Le nom des différents intervenants, ni leur vote n’est pas dévoilé. Mais plusieurs fuites dans la presse ont confirmé que Jens Weidmann, le patron de la puissante banque centrale allemande, et Sabine Lautenschläger, membre du directoire, comptaient parmi les plus réticents aux rachats de dettes.
L’INDUSTRIE NE REDEMMARE TOUJOURS PAS
Par ailleurs, alors que l’ultimatum de mars fixé par Bruxelles à la France se rapproche, Michel Sapin, le ministre des finances français, dans une lettre envoyée cette semaine à Pierre Moscovici indique que la France réduira bien son déficit structurel de 0,5 point en 2015. Il précise que d'éventuelles mesures complémentaires seront envisagées si nécessaire pour y parvenir et que le programme de stabilité présenté mi-avril sera en ligne avec les engagements européens de la France. Cette lettre a été envoyée une semaine avant que la Commission européenne rende son verdict sur la trajectoire des finances publiques de la France.
L'activité du secteur privé français a renoué avec la croissance en février, et ce à un rythme sans précédent depuis trois ans et demi, grâce à une bonne performance des services, selon la première version des indicateurs PMI de Markit publiés vendredi. L'indice du secteur des services est ainsi ressorti à 53,4, soit nettement au-dessus des attentes et de sa marque de janvier (49,4). Il est repassé ainsi au-dessus de la barre de 50, qui sépare croissance et contraction de l'activité. A l'inverse, celui du secteur manufacturier s'est inscrit en baisse à 47,7, contre 49,2 un mois plus tôt. L'indice composite, qui regroupe des éléments des deux indices sectoriels, a progressé à 52,2, son plus haut niveau depuis août 2011, contre 49,3 en janvier. Les données de l'enquête Markit du mois de février, dans sa première version flash, sont en contradiction avec les dernières enquêtes de la Banque de France et de l'Insee, centrées sur janvier, qui avaient montré des perspectives plus favorables
pour l'industrie manufacturière.
LE FUTUR DG DE CASA SOUS SURVEILLANCE
Malgré les difficultés rencontrées en Russie, Danone a résisté en 2014 et tenu ses objectifs. Un résultat important alors que l’entreprise a vécu une transition majeure à sa tête. Le chiffre d’affaires global affiche une progression de 4,7 % à taux de change constant. La marge opérationnelle est en baisse à 12,59 %. Quant au bénéfice net, il chute de 20 % à 1,12 milliard d’euros. Pour 2015, Danone table sur une croissance plus ralentie de ses revenus, comprise entre 4 % et 5 %. Les tendances déflationnistes de la consommation en Europe, la volatilité des devises dans les pays émergents et la situation dégradée en Russie justifient cette prévision.
Après près de quatre mois de suspense, Sanofi a officialisé, jeudi, la nomination d’Olivier Brandicourt comme directeur général. Ce médecin français, âgé de 59 ans, qui dirige actuellement la branche pharmaceutique du groupe allemand Bayer, prendra ses fonctions le 2 avril. La première tâche de ce directeur général sera de renouer des liens de confiance avec Serge Weinberg et le conseil d’administration, dont les relations avec Chris Viehbacher étaient compliquées. D’autres chantiers l’attendent également. Comme la perte de plusieurs brevets, la croissance dans les pays émergents et la nécessité de redonner une seconde jeunesse aux vieux médicaments du groupe, dont le brevet est depuis longtemps tombé dans le domaine public.
Enfin, c’est mardi prochain que se réunit le comité des nominations de Crédit Agricole SA afin de proposer le nom du futur directeur général qui devra remplacer Jean-Paul Chifflet, à compter du 20 mai prochain. En dépit de la candidature interne de Michel Mathieu, c’est le secrétaire général de la Fédération National du Crédit Agricole, Philippe Brassac dont le nom devrait être suggéré au conseil d’administration. Mais la Place est très attentive à ce que la banque verte ne connaisse pas de remue-ménage après le nettoyage remarquable opéré par l’actuelle direction qui a permis de générer des profits records en 2014. Selon les informations de WanSquare recueillies auprès des pouvoirs publics, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France a reçu lundi dernier les présidents de CASA et de la FNCA pour leur dire qu’il serait très attentif à ce que l’organigramme de la banque verte ne bouge pas d’un iota après le changement de directeur général et qu’il n’y ait pas de chasse aux sorcières. Bercy et la BCE ont également fait passer un message de même acabit. Philippe Brassac sera donc placé, dés le premier jour, sous haute surveillance.
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