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Pourquoi le Front National est devenu l’obsession de la droite et de la gauche
par Yves de Kerdrel

A deux semaines du premier tour des élections départementales, tous les leaders de droite comme de gauche partent à l’assaut du Front National. Qu’il s’agisse de François Hollande comme de Nicolas Sarkozy ou, ce matin, de Manuel Valls. La raison de ce réveil tardif tient aux sondages très favorables pour le parti de Marine Le Pen et au mode de scrutin qui la favorisera en cas de forte abstention.

08/03/2015 - 07:41 Temps Lecture 35 mn.

A droite comme à gauche, l’actualité et la priorité ce sont les toutes prochaines élections départementales qui auront lieu les 22 et 29 mars prochain. Il s’agit de nouvelles élections qui remplacent les ex-élections cantonales avec un nombre de cantons divisé par deux à la suite d’un vaste redécoupage électoral. En revanche, le nombre d’élus restera le même dans la mesure où les électeurs sont appelés à voter pour un couple (un homme et une femme) d’un parti ou d’un autre.

Mais la clé de ce scrutin tient dans un chiffre que les états-majors politiques ont bien intégré. Il faudra obtenir 12,5 % du nombre des inscrits, lors du premier tour afin de pouvoir se maintenirau second tour. Cela signifie que le duo qui obtiendra 20 % des voix sera éliminé si le taux d’abstention est supérieur à 37,5 %. Et il y a de fortes chances pour qu’un grand nombre de français soient à la pêche ce jour-là, dans la mesure où un récent sondage réalisé par Odoxa pour I-Télé a montré qu’un tiers des français n’étaient même pas au courant de ces élections. Une proportion qui passe à 50 % chez les 18 à 34 ans.

SARKOZY CONCENTRE SUR LES ELECTIONS

Cela signifie que le Front National qui fait la course en tête dans les sondages (29 % pour CSA ou 30 % pour l’IFOP) sera de facto qualifié au second tour dans de nombreux cantons, pour la première fois de son histoire. Cela veut dire aussi que le Parti Socialiste étant donné à 20 ou 21 %, il n’y aura pas que très peu de triangulaires au second tour mais beaucoup de duels FN-UMP et quelques duels FN-PS. C’est ce qui amené François Hollande, pour la première fois, à crier loup cette semaine en recevant les lecteurs du Parisien. C’est ce qui explique aussi le combat – plus sincère – que mène Manuel Valls contre le parti d’extrême droite. Ce qu’il doit redire ce matin lors du Grand jury Europe 1-I télé-Le Monde.

Du coté de l’UMP, Nicolas Sarkozy qui voit dans ses élections la possibilité de faire submerger une grande vague bleue, avec le basculement à droite de plusieurs dizaines de départements, ne renâcle pas à aller de meetings en meetings. Demain il sera à Saint-Maur-des-Fossés. Et jeudi à Belfort, avec un possible détour par surprise sur un site industriel fortement menacé. Après son interview ratée au Figaro émaillée de propositions économiques très faibles, l’ancien Chef de l’Etat va sans doute revenir, dans les jours qui viennent sur des terrains plus régalien ou identitaire. Tout en essayant de contribuer au débat qui s’ouvre sur la place de l’Islam dans la République, avec la probable remise à plat de la loi de 1905.

QUE FERA BAYROU ?

De son côté, François Fillon, dont les propositions peinent à s’imposer voit ses relations avec Nicolas Sarkozy s’apaiser progressivement. Même s’il reste entre les deux hommes une grande part de méfiance. A droite, le seul candidat qui s’impose, notamment auprès des milieux d’affaires, c’est Alain Juppé, comme Edouard Balladur deux un an avant le scrutin présidentiel de 1995. Son problème va être maintenant de continuerà faire la course en tête jusqu’aux primaires de l’automne 2016. Sa faiblesse provient de la trop grande unanimité dont il bénéficie aujourd’hui.

D’aucuns, et c’est le raisonnement d’Alain Minc, font le pari qu’il ne faut pas que Nicolas Sarkozy gagne cette primaire. Sans quoi François Bayrou se présentera en « candidat libre » du centre, sans avoir concouru à la primaire. Mais c’est oublier que l’essentiel des voix qui se porteraient sur le mairede Pau seront prises davantage à François Hollande qu’à Nicolas Sarkozy. Il a voté pour Ségolène Royal en 2007, pour François Hollande en 2012 et encouragé ses troupes à ne pas voter la censure il y a quelques jours. Cela en dit long sur son positionnement.

MACRON EN COLERE CONTRE BRUXELLES

S’agissant des relations entre Paris et Bruxelles, elles sont pleines d’ambiguïté après le nouveau sursis accordé par la Commission de Bruxelles. Bas du formulaire

Officiellement, Michel Sapin est très satisfait du nouveaudélai de deux ans accordé par la Commission européenne la semaine dernière. En fixant un objectif de 4 % de déficit fin 2015, 3,4 % en 2016 et 2,8 % en 2017, le gendarme budgétaire européen a validé la trajectoire votée fin 2014 dans la loi de programmationdes finances publiques, dit-on à Bercy.

Mais il ne faudrait pas oublier pour autant que la Commission Européenne a agrémenté son sursis de quelques quelques surprises. Le gendarme budgétaire européen demande ainsi 29 milliards d'efforts supplémentaires à la France, dont 4 dès cette année, en plus des 50 milliards d'économies prévus. Soit 80 milliards de baisse de dépenses en trois ans, puisque François Hollande a juré de ne plus augmenter les impôts. En visite lundi dernier à Bruxelles, Emmanuel Macron n'a pas hésité à lever ce lièvre des économies supplémentaires à faire pour les juger intenables. Le gouvernement n'a de toute façon pas le choix. La nouvelle recommandation de la Commission sera bien adoptée. Pour la repousser, il lui faudrait réunir une majorité qualifiée d'États membres. Une mission impossible.

OPTIMISME DE RIGUEUR A L’ELYSEE

A l’Elysée comme à Matignon on veut faire preuve d’optimisme concernant la conjoncture. « La reprise est là. » Vendredi matin, François Hollande qui avait arrêté de faire le moindre pronostic a déclaré à Luxembourg : « Il y a des nouvelles qui sont plutôt bonnes, mais pas encore confirmées. Ce dont nous devons nous assurer, c’est d’accompagner, amplifier la reprise qui maintenant est là ». Le fait que François Hollande se risque à s’avancer à nouveau sur ce terrain est significatif. Des déclarations qui correspondent à une stratégie récemment élaborée à l’Elysée, qui vise à souligner les signes extérieurs de l’imminence d’une reprise pour conforter la confiance frémissante des entrepreneurs et des ménages.

S’agissant du dossier grec, les ministres des finances de la zone euro se réunissent demain à Bruxelles, pour la cinquième fois depuis le 11 février. Le bras de fer entre le gouvernement grec et ses créanciers va se poursuivre. Vendredi 6 mars, Yanis Varoufakis a fait parvenir au président de l’Eurogroupe, une première liste de sept réformes dont un projet d’amnistie fiscale pour régler en partie le problème des arriérés d’impôts et une proposition inattendue pour lutter contre la fraude à la TVA. Ces propositions vont dans le sens de ce que demande la zone euro. Pourtant, elles ne devraient pas être discutées formellement en Eurogroupe. Surtout les Européens n’ont pas cédé sur la méthode : les réformes grecques doivent d’abord être négociées entre Athènes et les institutions, avant d’être validées au niveau politique, en Eurogroupe. Ce que contestent toujours les grecs.

L’EURO CONTINUEDE DEGRINGOLER

Sur le plan macro-économique l’événement de la semaine est le passage de l’euro sous la barre de 1,10 dollar, jeudi soir. Jamais depuis septembre 2003 la monnaie unique européenne n’avait atteint un tel niveau. Vendredi matin, l’euro se reprenait toutefois légèrement, repassant juste au-dessus de ce seuil symbolique. Cela est lié bien sûr en grande partie à l’annonce des modalités des rachats de dettes de la part de la BCE. En achetant des dettes souveraines, la BCE va en amoindrir les rendements poussant ainsi les investisseurs vers des actifs plus risqués, comme les actions ou les dettes d’entreprises. Mais, en augmentant la quantité d’euros en circulation, l’institut espère aussi faire baisser la monnaie unique face au dollar.

De l’autre coté de l’Atlantique la conjoncture reste très favorable. L’économie américaine a en effet créé 295.000 postes dans le secteur non agricole le mois dernier, tandis que le taux de chômage a diminué de 0,2 point à 5,5%. Le consensus Bloomberg tablait sur 235.000 emplois et sur un taux de chômage à 5,6%. Le solde de janvier a été révisé en baisse de 18.000 à 239.000, tandis que celui de décembre a été cpnfirméà 329.000. Le déficit commercial des Etats-Unis a quant à lui plus diminué que prévu à 41,1 milliards de dollars en janvier, contre 46,6 milliards en décembre et 41,8 milliards anticipés par le marché.

UN NOUVEL ACTIONNAIRE POUR SCOR

Quelques mouvements du côté des entreprises. D’abord avec l’annonce, vendredi, que l’assureur japonais Sompo Japan Nipponkoa avait pris une participationde 7,8 % dans le réassureur français Scor, assortie d’une intention de monter ultérieurement à au moins 15 %. La première tranche est reprise à Patinex, société créée par le financier suisse Martin Ebner, et correspond à 8,1 % des droits de vote. L’assureur nippon devient ainsi le premier actionnaire de Scor et, en montant à 15 %, il creusera l’écart, les cinq autres connus ayant chacun entre 5 % et 3 % du capital

Cette annonce intervient au lendemain de la publication des résultats du cinquième réassureur mondial qui s’est brillamment redressé en dix ans sous la houlette de Denis Kessler. Le groupe réalise désormais 20 % de son activité en Asie, 40 % en Europe et 40 % aux États-Unis. Son bénéfice s’est élevé l’an passé à 512 millions d’euros, en baisse de 6,7 % comparée à l’année précédente marquée par un gain d’acquisition exceptionnel de 183 millions d’euros.

FOSUN FOND SUR THOMAS COOK

Autre mouvement important : L’annonce par le groupe Fosun, acquéreur du Club Med, de son entrée au capital d’une autre entreprise du secteur, également mal en point, Thomas Cook. Fosun International a précisé, vendredi, avoir conclu un accord avec Thomas Cook pour prendre 4,8 % de son capital, dans le cadre d’une augmentation de capital réservée. L’opération lui coûtera 91,9 millions de livres, soit 127 millions d’euros. C’est Fidelidade-Companhia de Seguros, une compagnie d’assurances portugaise filiale de Fosun, qui réalisera l’investissement. Dans un deuxième temps, Fosun entend acheter d’autres actions en bourse, afin de monter à terme à 10 % du capital. Une fois à 10 %, Fosun devrait être l’un des deux principaux actionnaires de Thomas Cook. Le capital du groupe britannique est aujourd’hui très éclaté. Le premier actionnaire, le fonds américain Invesco, contrôle 16 %, tandis que le deuxième, Standard Life, détient 8 %.

A noter enfin la nomination d’Anthony Requin comme directeur général de l’agence en charge de placer la dette française, l’Agence France Trésor (AFT). Anthony Requin est un ancien de la maison. Cet énarque fut un temps l’adjoint de Philippe Mills, alors patron de l’AFT, au moment de la crise de la dette dans la zone euro. Le nouveau directeur général de l’agence bénéficie donc d’une expérience solide et d’une excellente réputation auprès de la communauté financière et notamment auprès des Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), ces représentants des banques qui travaillent avec l’AFT.

Ces dernières années, Anthony Requin travaillait au sein de la direction du Trésor et préparait les grands sommets économiques et financiers internationaux tels que le G20. Un parcours qui sera valorisé à l’AFT, où l’on compteénormément sur les investisseurs du monde entier, en particulier en Asie et au Moyen-Orient, pour acheter la dette française. Cette année, l’Etat doit encore placer plus de 200 milliards d’euros de titres sur les marchés (187 milliards d’euros, net des rachats). Son prédécesseur, Ambroise Fayolle quitte l’AFT pour la Banque européenne d’investissement, où il sera vice-président.

Précision : vendredi dernier, WanSquare a publié un classement des dix entreprises du CAC 40 dont les conseils sont les plus féminisés. BNP Paribas y apparaissait en huitième position. En fait la banque dirigée par Jean-Laurent Bonnafé figure en troisième position. Car à la suite du décès de Christophe de Margerie (qui n’a pas été remplacé) et de la cooptation d’une seconde actionnaire salariée, Sandrine Verrier, assistante de production, le conseil comprend 7 femmes sur un total de 15 administrateurs. Soit un taux de féminisation de 46,7%.

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