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La droite devrait détenir près de 75 départements dans une semaine
par Yves de Kerdrel

Tous les politologues et les enquêtes d’opinion arrivent à la même conclusion : les élections départementales vont donner lieu à un résultat en trompe-l’œil : avec un front national qui obtiendra un nombre de votes record, mais surtout avec une UMP et une UDI qui pourraient bien emporter trois quarts des départements français, alors que la gauche en détenait jusqu’à présent 61. Une marée.

22/03/2015 - 07:34 Temps Lecture 12 mn.

Nicolas Sarkozy est serein. C’est la raison pour laquelle au lieu de battre l’estrade jusqu’à la dernière minute il a préféré consacrer les derniers instants de sa campagne électorale à commémorer les horribles attentats commis il y a trois ans à Toulouse et à Montauban par Mohammed Merah. Attentats qui étaient l’horrible signe annonciateur de ce que l’Occident connaît depuis le début janvier et de ce que la Tunisie a hélas vécu cette semaine. Nicolas Sarkozy est donc serein, car tous les indicateurs, qu’ils soient statistiques ou qu’ils remontent du terrain sont au vert et même au vert foncé.

Bien sûr le Front National va occuper le terrain médiatique, surtout ce soir, car il risque – mais ce n’est pas encore certain – d’apparaître comme la première force politique du pays. Bien sûr les vaincus du Parti socialiste vont chercher à minimiser le score de la droite gouvernementale pour mieux faire ressortir celui des amis de marine Le Pen. Bien sûr c’est à l’issue du troisième tour, c’est-à-dire l’élection des présidents de conseils départementaux (une expression que seul le régime de Vichy a utilisée dans l’Histoire de France) que l’on saura précisément le nombre de départements désormais gérés par l’UMP ou l’UDI.

DES DEPARTEMENTS SYMBOLIQUES

Il reste que Rue de Solferino et à Matignon les chiffres les plus catastrophistes sont arrivés ces derniers jours. Ils sont de trois ordres. D’abord sur la participation qui risque d’être très faible. Surtout pour des cantons redessinés dans lesquels les français ne se retrouvent pas. Ensuite sur le nombre de candidats socialistes qui seront éjectés dés le premier tour au profit de candidats du Front National. Enfin sur le nombre de départements qui vont basculer de gauche à droite. Certainement autour de quarante, voire même plus s’y l’on s’en tient aux dernières estimations.

De surcroit la défaite sera d’autant plus amère à digérer pour le gouvernement qu’un bon nombre de départements symboliques ont de bonnes chances de basculer à droite, comme l’Essonne, chère à manuel Valls, la Corrèze, chère à François Hollande, l’Indre-et-Loire, chère à Marisol Touraine, sans compter des bastions historiques comme le Nord ou la Haute-Vienne. Il risque d’y avoir tellement de surprises dans les défaites à gauche qu’il n’est même pas sûr que l’usage qui veut qu’un ministre battu ne soit pas reconduit perdure à l’occasion du remaniement attendu.

NOUVEAU CENTRE DE GRAVITE

Pour Nicolas Sarkozy, cette victoire viendra à point nommé pour légitimer son action à la tête de l’UMP et pour fustiger ceux qui, dans son parti, se préoccupent davantage des primaires de 2016 que du moment présent. Elle sera aussi une bonne opportunité pour mesurer le degré de droitisation de la société française afin de trouver les bons mots en matière d’identité, d’autorité et de sécurité pour les mois à venir. Des sujets qui lui sont chers et sur lesquels tant François Fillon qu’Alain Juppé n’ont pas de légitimité. Et s’il vient à se « droitiser » par la suite, cela pourrait amener Nathalie Kosciusko-Morizet à se porter candidate aux primaires avec le risque pour elle d’affaiblir Alain Juppé.

A gauche les enjeux sont différents. D’abord ces élections vont continuer de défaire le socialisme territorial. Ce système qui faisait que le Parti reposait davantage sur un intérêt à se partager un certain nombre de mandats et de postes que sur une convergence idéologique. Ensuite, comme Manuel Valls ne peut être délogé de Matignon avant les élections régionales, le centre de gravité du pouvoir risque d’évoluer en faveur de l’Elysée au détriment du Premier Ministre. Le seul qui continue de tirer son épingle du jeu dans ce détricotage du Parti Socialiste, c’est Emmanuel Macron, dont la cote de popularité vient de faire un bon remarquable.

TOURAINE EN DIFFICULTE

Comme nous l’expliquions la semaine dernière le remaniement attendu pour début avril sera donc davantage technique que tactique. La principale à en faire les frais sera sans doute Marisol Touraine dont les maladresses successives auront pesé lourd dans le scrutin. Elle pourrait rester au gouvernement avec un autre ministère ou bien voir son très large portefeuille rétréci avec un marquage de près par Jean-Marie Le Guen actuellement chargé des relations avec le parlement. Ségolène Royal devrait finalement rester à son ministère. D’autant plus que les négociations menées par l’Elysée pour débaucher l’écologiste Emmanuelle Cosse ne semblent pas aboutir.

François Hollande ne peut pas compter sur un meilleur climat économique pour limiter les dégâts à ces élections locales, comme pour les futures élections régionales. Les prochains chiffres du chômage portant sur février qui seront publiés entre les deux tours ne devraient pas être meilleurs que les précédents. La seule bonne nouvelle est venue cette semaine de l’OCDE qui a revu à la hausse sa prévision de croissance. Les économistes du Château de la Muette tablent dans leur rapport intermédiaire sur l'économie mondiale sur une croissance française de 1,1 % en 2015 et de 1,7 % en 2016, soit respectivement 0,3 point et 0,2 point de mieux que dans leurs estimations de novembre. Pour la zone euro, l'OCDE prévoit une croissance de 1,4 % cette année (+ 0,3 point par rapport à novembre) et de 2 % l'an prochain (+ 0,3 point).

L’IDEE D’UN GREXIT AVANCE

L’événement de la semaine écoulée, sur le plan macro-économique a résidé bien sûr dans la décision de la Réserve Fédérale américaine d’entamer le resserrement monétaire annoncé depuis plus d’un an. En fait Janet Yellen, sa présidente, est restée très prudente en termes de langage sur les modalités d’une possible hausse des taux. Mais la plupart des analystes et des experts ont compris que la Fed pourrait agir dès le mois de juin. La banque centrale a juste besoin de constater une amélioration supplémentaire sur le marché du travail et une inflation plus forte avant de commencer à remonter ses taux. Mais d’ores et déjà les économistes de la Fed s’attendent à un taux de chômage compris entre 5 et 5,2 % à la fin de l’année contre 5,5 % en février.

En Europe, le dossier grec continue d’agiter les esprits. Au point que de plus en plus de voix se laissent aller à envisager un « Grexit », c’est-à-dire une sortie de la Grèce de la zone euro. Un mini sommet de crise a eu lieu à Bruxelles en fin de semaine où il a été répété à Alexis Tsipras qu’il devait tenir ses engagements. Athènes doit notamment chiffrer l’état des finances grecques, entrer en négociation sur une liste crédible de réformes et ne pas prendre de mesures qui coûtent de l’argent à l’État sans en discuter au préalable avec ses créanciers. De fait, la tranche de prêts restant à débourser dans le cadre du deuxième plan d’aide au pays (environ 7,2 milliards d’euros) ne sera versée qu’une fois cet exercice achevé.

LAFONT VAINQUEUR MALGRE TOUT

Or la Grèce a besoin de cet argent. Jeudi soir, le premier ministre grec a assuré à ses collègues que son pays serait à court de liquidités début avril. Par ailleurs, il règne en Grèce un début de panique. Environ 300 millions d’euros ont été retirés des comptes bancaires au cours de la seule journée de mercredi. Du coup, l’Eurogroupe se tient prêt à se réunir dès que possible afin d’accorder à la Grèce un versement anticipé. Une situation qui pourrait se produire dès la fin de la semaine prochaine, si l’on en croit les propos alarmistes d'Alexis Tsipras.

Sur le plan des affaires, c’est toujours très calme, même si tant chez Lazard que chez Rothschild on assure avoir énormément de dossiers sous le coude. Grégoire Heuzé, associé-gérant de Rothschild & Cie et Michael Zaoui ont bien œuvré cette semaine de manière à faire en sorte que la méga-fusion entre Lafarge et Holcim puisse se faire après les manœuvres entamées dimanche dernier pour la faire capoter. Il y a eu à régler la question de la parité devenue inévitable depuis la baisse du franc suisse par rapport à l’euro. Il y a eu surtout la question de la gouvernance. Et si du côté de Bruxelles-Lambert, certains n’avaient pas de scrupule à le lâcher à la différence du clan Sawiris, c’est lui-même qui a sauvé le deal en renonçant au poste de CEO pour un poste de co-chairman qui n’a rien d’honorifique. De surcroit il jouera un rôle déterminant dans le choix du futur CEO avec lequel il travaillera au quotidien afin de réussir l’implémentation de ce deal.

UN CLIMAT NAUSEABOND

La manière dont certains se sont empressés de lâcher Bruno Lafont, sans se douter qu’il s’en sortirait aussi bien, illustre bien un certain climat nauséabond au sein du microcosme des affaires. Cela s’était vu l’année dernière au moment de l’affaire Peugeot. Cela s’est revu de manière plus violente avec l’éviction de Jean-François Cirelli de la vice-présidence de GDF-Suez. Plus récemment et sans que cela fasse autant de bruit les pouvoirs publics et notamment la Présidence de la République s’est donnée beaucoup de mal afin d’affaiblir Alexandre de Juniac à la tête d’Air France. Mais l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde a réussi à éviter les coups bas et vient de reçevoir le soutien de son conseil d'administration. De la même manière au sein du groupe BPCE, un bon nombre de directeurs de caisses régionales tentent d’obtenir la peau de François Pérol en prétextant de l’action en justice intentée par les syndicats lors de sa nomination. C’est aussi pour cette raison que Pierre Mongin a décidé de rejoindre GDF-Suez en tant que directeur général adjoint, alors qu’il obtenait de très bons résultats à la tête de la RATP. Pour le remplacer on parle d’Elizabeth Borne, ancienne préfète de Poitou-Charentes et aujourd’hui directrice de cabinet de Ségolène Royal. Ce qui pourrait d’ailleurs poser un problème de déontologie.

Mais ce qui fait le plus rire à Paris, c’est la nomination d’André Martinez, ex-camarade de François Hollande à HEC, à la présidence d’Icade, la filiale foncière de la Caisse des Dépôts, elle-même dirigée par un ancien camarade du Chef de l’Etat à l’ENA, cette fois-ci. Le problème, en l’espèce, c’est qu’André Martinez qui vient de passer deux ans au cabinet de Pierre Moscovici comme électron libre, s’est un temps occupé d’immobilier chez Morgan Stanley. En y produisant de tels dégâts qu’il a dû ensuite subir une longue traversée du désert. Heureusement, Icade aura aussi un directeur général, Olivier Wigniolle qui, lui, est un bon professionnel du secteur et qui a été débauché d’Allianz.

Enfin le Medef est toujours aux abonnés absents dans cette période où la question de la dépense publique est plus que jamais sur la table avec les nouvelles exigences imposées par Bruxelles. Peut-être l’élection d’Alexandre Saubot, le patron de Haulotte Group, à la tête de l’UIMM, à la place de Frédéric Saint-Geours, devenu président du conseil de surveillance de la SNCF va-t-elle apporter un peu d’air frais. Alexandre Saubot a été élu pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Toute la question est maintenant de savoir comment il va s’entendre avec Jean-François Pilliard, vice-président du Medef dont il est le « monsieur social » et qui est par ailleurs délégué général de l’UIMM. Les deux hommes se connaissent bien. Mais Alexandre Saubot aura sans doute moins tendance que son prédécesseur à abandonner toutes ses prérogatives au délégué général.

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