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Yves de Kerdrel
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Valls tétanisé par l’immobilisme du Chef de l’Etat
par Yves de Kerdrel
François Hollande ne s’occupe que de deux sujets : sa liaison avec Julie Gayet et toutes les rumeurs ou photographies auxquelles elle donne lieu et la préparation du Congrès de Poitiers avec les différentes motions qui y seront débattues. En attendant il a demandé à son premier ministre de ne pas lancer de nouvelles initiatives en termes de réformes. Cette volonté d’immobilisme, liée à un souhait de renouer avec les Verts, commence à semer le trouble au sein du gouvernement.
Selon les informations obtenues par WanSquare auprès des proches de Nicolas Sarkozy, il n’y a plus de doute. L’UMP va bien changer de nom et s’appeler « Les Républicains ». L’ancien Président en a fait la confidence à sa garde rapprochée mardi dernier. Désormais, c’est le congrès de refondation du parti, prévu le 30 mai à la Grande Halle de la Villette, à Paris qui devra avaliser ce choix. Nicolas Sarkozy estime que la référence à la République peut être très fédératrice. Surtout le gros avantage de cette nouvelle appellation est de briser l’argument du Front National d’une éventuelle connivence « de système » entre l’UMP et le PS, avec le slogan de l’UMPS. Nicolas Sarkozy avait un moment pensé à utiliser le mot de « Rassemblement ». Mais celui-ci est désormais trop assimilé au Rassemblement Bleu Marine de l’extrême droite.
Le président de l'UMP a réuni, mercredi matin au siège du parti, les présidents des conseils départementaux et plusieurs conseillers élus il y a dix jours pour un séminaire de travail. Il leur a tenu un discours très rigoureux sur la nécessité de tenir les promesses faites pendant la campagne électorale et sur celle de ne tisser aucun accord public ou occulte avec le Front National. Curieusement il a envoyé une pique par la même occasion à Nicolas Dupont-Aignan placé dans le même bain que le FN. Il faut dire que si Nicolas Sarkozy est désigné par les primaires en 2016, le président de Debout la France risque d’affaiblir le score du candidat de la droite. Ce qui pourrait être pénalisant dans le cadre d’une qualification pour le second tour.
SARKOZY VEUT POUSSER SON AVANTAGE
L’ancien Chef de l’Etat qui avait lancé, la semaine dernière, une violente pique contre François Fillon, accusé d’avoir ouvert un front judiciaire au sein du parti avec la questions des pénalités, a toutefois fait adopter cette semaine les conditions de la primaire, que nous révélions la semaine dernière dans ces colonnes. La seule modification a été l’abaissement de 25 à 20 du nombre de parrainages de parlementaires pour une personne désireuse de participer aux primaires de 2016. Une fois cette correction faite, les modalités de la primaire ont donc été adoptées à l’unanimité, exception faite de François Fillon en déplacement à l’étranger ce jour-là.
Si Nicolas Sarkozy est devenu le principal supporter de la notion de primaires ouvertes, c’est parce qu’il est convaincu de pouvoir gagner lors de cette élection, prévue le 20 novembre 2016. Il lui faudra obtenir au moins un million de voix. Pour l’heure, l’ancien Chef de l’état peut compter sur le soutien d’une large part de près de 240.000 adhérents actuellement inscrits. Mais il veut pousser son avantage en augmentant le nombre d’encartés lui étant fidèles. Sa priorité : conforter son réservoir de voix dans la perspective de la primaire puis de la présidentielle, en recrutant de nouveaux adhérents. Les objectifs sont précis : atteindre 300 000 adhérents fin 2015 et 500 000 d’ici à 2017. Par ailleurs dés septembre les 15 000 cadres locaux du parti seront renouvelés afin de disposer de fidèles sur tout le territoire.
VERS UNE SCISSION AU FN
Encore un certain nombre de ces nouvelles mesures qui seront mises aux voix du Congrès le 30 mai prochain devraient être présentées ce mardi au bureau politique du Parti. C’est aussi à cette occasion que seront déterminées les dernières têtes de listes pour les régionales. Avec peut-être une surprise concernant la région PACA où Eric Ciotti devait être désigné. A partir du moment où la donne change au niveau du Front National avec une probable candidature de Marion Maréchal-Le Pen et peut-être une candidature dissidente de son grand-père, C’est Christian Estrosi, le Maire de Nice, qui serait le mieux placé pour occuper la tête de liste.
Personne ne peut encore mesure l’ampleur des conséquences du psychodrame qui s’est joué cette semaine à la tête du Front National après les déclarations inacceptables de Jean-Marie Le Pen sur « le point de détail » ou sur « Pétain ». A cela s’ajoute une très violente rancœur du fondateur du Front National à l’égard de Florian Philippot, accusé d’avoir gauchiser le parti. Comme l’a expliqué Marine Le Pen jeudi soir, des mesures disciplinaires vont être éventuellement prises contre son père la semaine prochaine. En sortant du studio de TF1, la présidente du Front National était en pleurs. Ce qui révèle la profondeur du drame familial qui se joue. D’autant plus que Jean-Marie Le Pen est dans une logique jusqu’au boutiste qui pourrait effectivement le conduire à faire exploser le parti qu’il a créé.
PAS DE CHOC DES MOTIONS AU PS
A gauche rien ne va plus, surtout entre Matignon et l’Elysée. D’abord parce que l’Elysée semble très concentré sur les affaires privées du Président. Surtout après la publication par un magazine people d’une série de photos prises au Pavillon de la Lanterne montrant le Chef de l’Etat avec Julie Gayet, ses enfants et ses parents. Tout cela au moment précis où l’enquête sur la photo prise à l’Elysée en octobre dernier prend un tour judiciaire supplémentaire avec l’audition de dizaines de salariés de l’Elysée. Ensuite parce que le Premier Ministre soupçonnent des proches du Chef de l’Etat d’avoir organisé une campagne de rumeur sur une prétendue liaison que le locataire de Matignon entretiendrait avec une de ses ministres. Enfin et surtout parce que plus que jamais l’immobilisme est de rigueur. Dans l’attente du Congrès de Poitiers qui se tiendra du 5 au 7 juin et des négociations avec les Verts.
Lasse de cet état de fait, l’aile droite du PS qui soutient la volonté réformatrice de Manuel Valls a décidé de monter au créneau. Ce « pôle des réformateurs » est notamment incarné par Jean-Marie Le Guen, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, et Gérard Collomb, le maire de Lyon. Vendredi 3 avril, ils ont menacé par courrier Jean-Christophe Cambadélis de présenter leur propre motion si trop de concessions étaient faites à la gauche de la gauche. Après des discussions mercredi dernier, ces réformistes ont finalement rejoint la motion Cambadélis. Personne ne connaît le poids réel de ce courant. Mais il semble qu’il peut compter sur une quarantaine de parlementaires.
MARTINE AUBRY S’EST COUCHEE
A l’autre extrémité du Parti Socialiste on s’active tout autant. A trois jours du dépôt des motions en vue du congrès de Poitiers, la gauche du PS a fini par choisir Christian Paul comme chef de file. Le député de la Nièvre sera donc le premier signataire d’une motion qui englobera le mouvement des « frondeurs » auquel il appartient et les courants de l’aile gauche du parti. Un texte détaillant la motion a été déposé avant vendredi minuit. L’élément central repose sur la remise en cause de la politique économique du gouvernement depuis l’annonce du pacte de responsabilité en janvier 2014. Le rôle joué par le parti et le Parlement face à l’exécutif est également abordé.
En revanche Martine Aubry s’est ralliée à la motion de Jean-Christophe Cambadélis. La maire de Lille a annoncé vendredi soir, lors d’une conférence de presse, qu’elle se ralliait à la motion de l’actuelle majorité. Concernant la motion déposée par les frondeurs, elle a assuré respecter les choix qui ont été faits, certaine que les aubrystes qui rejoindront les frondeurs se comptent sur les doigts d’une demi-main. L’ancienne première secrétaire du PS avait retenu cette décision le plus longtemps possible. Martine Aubry a participé à la rédaction du texte de Jean-Christophe Cambadélis en soumettant plusieurs amendements. Par ailleurs, des gestes ont été faits par l’exécutif, comme la création du compte personnel de formation, ou l’annonce de mesures en faveur de l’investissement public et privé. La décision de Martine Aubry pèse lourd dans l’équilibre des forces de ce congrès. En rejoignant la motion principale qui regroupe des sensibilités puissantes au sein du PS, comme les hollandiens, les fabiusiens, les royaliens ou encore les proches de Pierre Moscovici et de Vincent Peillon, elle fait pencher fortement la balance en faveur de la majorité actuelle.
UNE TRAJECTOIRE ENCORE FLOUE
Du côté de la conjoncture, le gouvernement s’apprête à présenter ce mercredi 15 avril le programme de stabilité - c’est-à-dire la programmation budgétaire pour les trois ans à venir. Il reste prudent dans ses déclarations tout en maintenant l’objectif de ramener le déficit public sous la barre des 3 % en 2017 et de réaliser un effort d’économies de 50 milliards d’euros en trois ans, dont 21 milliards dès cette année. Les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles repose le programme de stabilité transmises mercredi 8 avril au Haut Conseil des finances publiques sont logiques. La prévision de croissance est maintenue à 1 % du produit intérieur brut en 2015 mais abaissée à 1,5 % les deux années suivantes au lieu de 1,7 % et 1,9 % prévus jusqu’ici en 2016 et 2017. Ces nouvelles hypothèses correspondent au consensus des instituts de conjoncture.
A côté de cela, le gouvernement a infléchi ses prévisions de réduction du déficit. Il peut s’appuyer sur les résultats de 2014 bien meilleurs que ce qui était anticipé. Cela permet à Michel Sapin de tabler désormais pour 2015 sur un déficit de 3,8 % du PIB, au lieu des 4 % prévus dans la précédente trajectoire. Le déficit s’établirait ensuite à 3,3 % en 2016 puis à 2,7 % en 2017. Des prévisions proches des recommandations de la Commission européenne, respectivement de 4 % en 2015, 3,4 % en 2016 et 2,8 % en 2017. Et même légèrement plus ambitieuses. Pour y parvenir, le gouvernement assure qu’il réalisera les 4 milliards d’économies supplémentaires que réclame la Commission en 2015. Le détail de ces économies ne sera connu que le 15 avril, lorsque sera présenté le programme de stabilité.
BOLLORE A LES MAINS LIBRES
La Commission européenne – on s’en souvient – a demandé à la France de ne pas se contenter de l'augmentation mécanique des recettes générées par un surcroît d'activité pour réduire le déficit. C'est pourquoi elle réclame une réduction du déficit structurel plus importante que ce qui était prévu jusqu'à présent (0,8 % puis 0,9 % en 2016 et 2017). Un tel effort représente potentiellement 30 milliards d'économies supplémentaires par rapport aux fameux 50 milliards sur lesquels se sont engagés François Hollande et Manuel Valls de 2015 à 2017. Pour répondre aux injonctions de Bruxelles la France va devoir accentuer ses efforts budgétaires. Comme le gouvernement n'a aucune envie de voir sa trajectoire budgétaire scrutée de trop près par sa majorité, il ne devrait pas la soumettre au vote comme il l'avait fait en 2013 et 2014.
Du côté des affaires l’actualité reste marquée par le dossier Vivendi, en raison du dépôt de résolutions non approuvées par le directoire qui seront soumises au vote des actionnaires vendredi prochain. Vincent Bolloré a intelligemment désamorcé la querelle avec le fonds américain de Peter Schoenfeld à propos de la distribution d’un dividende complémentaire. Il s’est engagé à augmenter le dividende au cours des prochaines années et l’activiste américain a retiré ses résolutions. Cela était plus prudent dans la mesure où l’industriel breton n’était pas certain de réunir une majorité de 51 % pour renvoyer l’américain dans ses buts.
En revanche Vincent Bolloré tient bon sur le sujet des droits de vote double attribués d’office aux actionnaires bénéficiant d’une ancienneté de deux ans et ayant leurs titres au nominatif comme le prévoit la loi Florange. De manière à repousser la résolution soutenue par des grands fonds comme Calpers ou Amundi, Vincent Bolloré doit réunir la minorité de blocage en assemblée. Il est assuré du soutien du personnel et sans doute de la Caisse des Dépôts. Mais pour blinder le dispositif, il a complété sa participation à 14,5 % comme nous le laissions envisager la semaine passée. Ce qui doit lui permettre d’aborder l’assemblée du 17 avril de manière sereine.
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