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La majorité socialiste se craquèle à nouveau
par Yves de Kerdrel

Moins d’une semaine après le Congrès de Poitiers, la majorité se craquèle à nouveau. A la fois en raison des maladresses de Manuel Valls tant personnelles que sur le dossier des CDD. Et également à cause de l’émergence d’une « troisième voie » entre les frondeurs et les sociaux-libéraux, après la tribune commune de Matthieu Pigasse et d’Arnaud Montebourg.

14/06/2015 - 07:48 Temps Lecture 13 mn.

Rien ne va plus à gauche depuis quelques jours. D’abord il y a eu cette terrible erreur de communication sur l’aller-retour Poitiers-Berlin de Manuel Valls afin d’assister à la finale Barcelone-Turin. Non pas qu’il y ait le moindre problème à ce que le Premier Ministre voyage en falcon officiel. Le problème, c’est qu’il a menti à trois reprises. D’abord en expliquant qu’il était allé à ce match pour discuter de choses sérieuses avec Michel Platini. Ce que ce dernier a démenti. Ensuite en oubliant de mentionner la présence de deux de ses enfants. Enfin en expliquant que ceux-ci n’avaient pas un couté un seul centime à l’Etat… mais qu’il allait tout de même rembourser leur part, soit 2.500 euros. Cela dépasse largement le cafouillage. Et même si Manuel Valls s’est excusé auprès des français, il se pourrait bien que le premier ministre ait perdu une partie de son aura. A un moment où les rumeurs sur sa vie privée enflent et s’accumulent !

Ensuite sur un plan plus politique, le locataire de Matignon a sidéré une grande partie de sa majorité avec des annonces mal préparées sur les petites et moyennes entreprises. Des dix-huit mesures annoncées, c’est celle sur le plafonnement des indemnités prud’homales versées en cas de licenciement abusif qui a retenu l’attention. Sans surprise, la plupart des frondeurs se sont exprimés publiquement pour contester cette mesure. Le matin même, en réunion de groupe, de nombreux élus ont pris la parole pour réagir aux annonces. Une vingtaine d’interventions dont au moins deux tiers pour exprimer un désaccord. La plupart pour signifier, en substance que Manuel Valls piétine le parti et qu’il pratique un jeu personnel. A cela s’est ajoutée la mesure permettant de reconduire deux fois un CDD qui a du mal passer tant chez les frondeurs que chez les aubrystes.

UNE LOI MACRON MECONNAISSABLE

Tout cela pose désormais le problème de la loi Croissance et Activité, dite loi Macron, mais que son auteur ne doit plus bien reconnaître aujourd’hui tant elle a été bousculée, réécrite et complétée depuis six mois, et qui, après examen de milliers d’amendements, compte désormais plus de 400 articles, contre 106 au départ. Dans l’entourage de François Hollande, qui ne l’a toujours soutenu que comme la corde soutient le pendu, la loi Macron est un devenu une « moto-crottes » gouvernementale. Surtout depuis qu’y figurent un très controversé assouplissement de la loi Evin sur la publicité pour l’alcool, les accords de maintien dans l’emploi, peu utilisés jusqu’ici, qui permettent aux entreprises en difficulté d’aménager temporairement le temps de travail et les salaires et une disposition permettant de poursuivre financièrement les entreprises dont le sous-traitant aura commis une fraude aux travailleurs détachés.

Ce texte, désormais sans queue ni tête, et dans lequel plus personne ne se reconnait doit maintenant être observé en séance à l’Assemblée, à partir de mardi soir, en séance de nuit. Toute la semaine, la commission spéciale de l’Assemblée nationale qui examine le projet de loi a essayé de trouver un bon équilibre sur la question des indemnités prudhommales. Mais les mêmes qui avaient obligé le gouvernement à recourir au 49-3 lors de l’examen en première lecture en début d’année sont bien décidés à ne pas lâcher sur cette question. De fait il est désormais presque certain que Manuel Valls fasse, encore une fois usage de l’article 49-3 de la Constitution en engageant sa responsabilité. Ce qui mettrait alors un terme prématuré aux débats en séance.

MALAISE CHEZ LES AUBRYSTES

Tout cela montre à quel point la majorité est profondément divisée, une semaine seulement après le Congrès de Poitiers avec un Jean-Christophe Cambadélis incapable de jouer les arbitres. Le premier secrétaire du PS avait exprimé son intention de remettre le parti au cœur du processus décisionnel sur les grandes réformes. Selon lui, le bureau national doit désormais se prononcer au terme d’un vote sur les grandes réformes. Mais la nouvelle composition de cette instance dirigeante du parti n’a pas encore été annoncée. Et il n’y aura pas de « fumée blanche » en ce sens avant le conseil national du 20 juin..

Enfin, dernier accroc de la semaine à l’unité de façade des socialistes, les militants nordistes ont finalement choisi Martine Filleul comme patronne de la puissance fédération socialiste du Nord. Une candidate soutenue par le ministre Patrick Kanner rival de la maire de Lille. Sentant venir la défaite, Martine Aubry a tenté jusqu'au bout de sauver la mise. Elle a adressé un courrier mercredi aux militants socialistes, pour les mettre en garde contre le retour du populisme à la tête de la fédération, un avertissement qui n'a pas eu l'effet escompté. Pour apaiser les esprits le camp Aubryste et le camp Kanner sont tombés d'accord: afin d'éviter un psychodrame fratricide chez les socialistes du nord, Martine Filleul sera la seule candidate du second tour. Malgré cette entente de dernière minute pour sauver les apparences, ce vote semble également confirme la perte d'influence de Martine Aubry au sein de son parti.

APAISEMENT SUR LA PRIMAIRE A DROITE

A droite, c’est toujours le débat sur la primaire qui agite les Républicains. Malgré quelques grincements de dents, le bureau politique s'est mis d'accord mardi sur la composition du comité d'organisation du scrutin de 2016, que préside Thierry Solère, proche de Bruno Le Maire. Les représentants des autres candidats déclarés ou potentiels sont également reconduits: Brice Hortefeux pour Nicolas Sarkozy, Édouard Philippe pour Alain Juppé, Bernard Accoyer pour François Fillon et Damien Meslot pour Xavier Bertrand. Philippe Gosselin, soutien d'Hervé Mariton, garde lui aussi son siège, de même que Luc Chatel, conseiller politique des Républicains, et Antoine Rufenacht, directeur de la campagne de Jacques Chirac en 2002. Six personnalités supplémentaires font leur entrée dans le comité, ès qualités: le président du Sénat, Gérard Larcher, les présidents de groupes des Républicains à l'Assemblée et au Sénat, Christian Jacob et Bruno Retailleau, le secrétaire général adjoint chargé des élections, Gérald Darmanin, la vice-présidente déléguée du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet, et son secrétaire général, Laurent Wauquiez. Ces deux dernières nominations ont été négociées âprement avec Alain Juppé et François Fillon.

La question de la haute autorité indépendante chargée de contrôler la primaire a été également tranchée. Sa présidente sortante, la juriste Anne Levade, souhaite être reconduite. Selon les informations de WanSquare, Nicolas Sarkozy ne veut pas se presser pour mettre en place cette instance. Finalement, le bureau politique a décidé à l'unanimité d'inscrire l'installation de la haute autorité au menu de sa première réunion de rentrée, en septembre. Une concession qui a permis à l’ancien Chef de l’Etat de mettre tout le monde d'accord, même si rien ne garantit qu'à cette date les centristes auront pris une décision sur leur participation à la primaire.

LA GRECE POUSSE L’EUROPE A BOUT

Sur le plan macro-économique la semaine a été marquée par la publication de la dernière note de conjoncture de la Banque Mondiale. L'institution table désormais sur 2,8% de croissance, contre 3% en janvier. La prévision 2015 pour les pays en développement a été abaissée à 4,4% contre 4,8% en janvier, notamment pour prendre en compte les récessions attendues au Brésil et en Russie. Pour les États-Unis, la Banque mondiale prévoit désormais une croissance 2015 de 2,7%, soit un demi-point de moins qu'au début de l'année, et de 2,8% l'an prochain, contre 3%. Dans son rapport, la Banque mondiale s’est surtout intéressée aux risques liés à une hausse des taux. Le cas extrême avance qu'une augmentation de 1 % des rendements obligataires américains accompagnée d'une hausse semblable des rendements dans la zone euro, au Japon et au Royaume-Uni aboutirait à une chute de 40 % des capitaux (1,8 point du PIB) à destination des pays émergents et à une forte hausse de l'instabilité de leurs marchés.

Il ne reste plus que deux semaines à la Grèce et à ses créanciers (Fonds monétaire international, Banque centrale et Commission européennes) pour trouver un accord qui évitera le défaut de paiement d’Athènes. Et les protagonistes de ces négociations semblaient, ces derniers jours, s’être encore un peu plus éloignés d’un compromis. Le FMI a, en effet, annoncé que ses négociateurs, excédés qu’Athènes ne valide pas la proposition d’accord de ses bailleurs de fonds sur la table depuis déjà dix jours, avaient repris l’avion pour Washington. A Bruxelles ou Berlin, la stratégie d’Alexis Tsipras, qui semble vouloir pousser son avantage le plus loin possible, affole. A Londres, Jens Weidmann, président de la Bundesbank, a jugé en fin de semaine que le temps presse et le risque de cessation de paiement augmente de jour en jour.

LE KRACH OBLIGATAIRE SE POURSUIT

Sur les marchés européens, le krach obligataire s’amplifie. Le 10 ans français est désormais au-dessus des 1,3%. Quant au Bund allemand, il approche le seuil des 1%. Dans le même temps, les marchés indices et actions peinent à renouer avec une dynamique haussière durable. Les taux de rendement montent donc tandis que les actions chutent. C’est une situation, contre-intuitive montre à quel point nous sommes dans une période inédite. Un nouveau désordre financier et monétaire. Cette aberration peut s’expliquer par le fait que les anticipations d’inflation étant mieux ancrées, il est logique que les taux de rendement augmentent. Mais, dans le même temps, les craintes de bulles spéculatives sont de plus en plus conséquentes, ce qui pousse les investisseurs à se retirer des marchés actions.

Du côté des entreprises, le dossier Areva focalise toujours l’attention à travers les discussions entre Philippe Varin et Jean-Bernard Lévy. Le premier a confirmé, cette semaine, devant la Commission des affaires économique de l’Assemblée nationale, que le capital d’Areva sera ouvert et que les besoins de financement du groupe qu’il préside atteignent 6 à 7 milliards d’euros. Or la cession d’Areva NP à EDF, la vente d’autres actifs jugés non stratégiques et le plan d’économies d’un milliard d’euros d’ici à 2017 (avec 6 000 suppressions d’emplois) ne suffiront pas à y répondre. Par ailleurs les banquiers chargés de ce dossier évoquent de plus en plus l’arrivée de Mitsubishi Heavy Industries au capital d’Areva.

UN BILDERBERG TRES AXE SUR LE TERRORISME

Comme l’on pouvait s’y attendre, Michel Combes, le patron d’Alcatel-Lucent, devrait finalement quitter l’équipementier avant la fin de l’année 2015 afin de rejoindre Altice, la holding du milliardaire Patrick Drahi et maison mère de SFR-Numericable. Il n’accompagnera donc pas l’entreprise jusqu’à la clôture de l’opération de rachat par Alcatel-Lucent, prévue pour le premier semestre 2016. Chez Altice, Michel Combes s’occupera du développement européen du groupe.

Sans surprise, Georges Plassat a vu jeudi son mandat d'administrateur de Carrefour renouvelé pour trois ans. Et, dans la foulée de l'assemblée générale, le conseil d'administration - dans lequel sont entrés Philippe Houzé, le patron des Galeries Lafayette, et Patricia Lemoine, les deux représentants de la famille Moulin, le nouvel actionnaire de poids - lui a renouvelé sa confiance au poste de PDG. L'ancien patron de Vivarte tient bon en dépit de l'accident de santé qui l'a tenu absent de son bureau entre février et avril dernier. Pour autant il a tenu à marquer, une inflexion du mode de gouvernance du groupe avec le renforcement du rôle de ses adjoints directs. A commencer par le directeur financier, Pierre-Jean Sivignon, et le secrétaire général, Jérôme Bédier

Enfin c’est ce dimanche que se termine la soixante-troisième session du Club de Bilderberg qui se tenait cette année en Autriche dans la station tyrolienne de Telfs-Buchen à un jet de pierres de là où s’est tenu le week-end dernier, en Bavière, le G7. La délégation française était dense cette année. Outre Henri de Castries, le patron d’Axa, qui préside ce groupe, et Nicolas Baverez qui fait partie du comité directeur, on y trouve les noms d’Alain Juppé, de Laurent Bigorgne, le directeur général de l’Institut Montaigne, de Laurence Boone, conseillère économique à l’Elysée, de Patrick Calvar, directeur du renseignement français (la DGSI), de Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE, de Jean-Dominique Senard, le patron de Michelin et de Catherine Pegard, directrice du Château de Versailles. Les principaux sujets à l’agenda cette année étaient la cybersécurité, la stratégie européenne avec la question de la Grèce, la Russie, le moyen-Orient et l’accord avec l’Iran, le terrorisme et la préparation de l’élection américaine.

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