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éditorial / Yves de Kerdrel

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Comment Nicolas Sarkozy profite de la crise de l'Euro
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République a été la vedette du sommet européen des 16 et 17 décembre. Il s'est posé en sauveur de l'Europe, plus que de l'euro, sans jamais apparaître comme un euro-béat. Et de surcroit il a réussi à renvoyer dans ses cordes DSK.
19/12/2010 - 09:02 Temps Lecture 5 mn.
C'est peu de dire que, depuis quelques jours, l'ambiance s'est nettement améliorée à l'Elysée. Le sommet européen des 16 et 17 décembre, entérinant le mécanisme européen de secours de l'euro a été jugé par tous, à l'exception de Dominique Strauss-Kahn, comme une réussite. Tous les sondages, quelque soient les instituts qui les réalisent et les journaux qui les publient, font apparaître une nette remontée de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy. Surtout, le nouveau partage du pouvoir entre Matignon et la Présidence, ajouté à une plus grande rareté de la parole élyséenne, semblent satisfaire les français. Le président de la république, qui a recu la semaine passée à déjeuner, une poignée de grands patrons, n'a pas caché sa satisfaction. Même si d'expérience, il sait bien que tout cela est encore très fragile. Mais ses conseillers en communication le poussent à rappeler, lors de ses prochains voeux aux français, à quel point la réforme des retraites est aujourd'hui entrée dans les moeurs, alors qu'il y a moins de deux mois les lycéens brûlaient des poubelles dans la rue pour faire échouer ce projet. ACCROCHAGE AVEC TRICHET De la même manière il compte bien utiliser la manière dont il s'est posé en protecteur de l'Europe - plus que l'Euro - à l'occasion de la crise financière et du dernier sommet européen. Une manière de répondre, d'un côté à la droite souverainiste, et de l'autre aux thuriféraires de DSK. D'autant que Nicolas Sarkozy ne peut pas passer pour un euro-béat. La manière dont il a tâclé Jean-Claude Trichet, en public, jeudi dernier, en lui reprochant de n'avoir appris qu'au dernier moment l'annonce de l'augmentation de capital de la Banque Centrale Européenne en est une parfaite illustration. Et l'Elysée s'est empressé de faire connaître la nature de cet incident, et de ce différent - un de plus - avec le tout puissant patron de la BCE. Bien sûr il reste un agenda social très chargé, notamment pour faire repartir l'emploi des jeunes et mettre l'accent sur l'apprentissage. C'est dans ce but que Xavier Bertrand et Nadine Morano vont recevoir cette semaine l'ensemble des partenaires sociaux. Car le point noir de ces prochaines semaines réside tout de même dans les perspectives en matière d'emploi marchand pour 2011. Rue de Grenelle on ne cache pas l'ampleur de la tâche, mais le Ministre du Travail et de l'Emploi est surtout très désemparé par le vide de la réflexion patronale en la matière. La dernière note de conjoncture de l'Insee, publiée dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, ne laisse envisager que 100 000 créations nettes d'emplois l'an prochain, soit autant qu'en 2010. Par comparaison, cela fait dix ans maintenant que l'Allemagne est sur un rythme de 600 000 créations d'emploi par an dans le secteur marchand. L'OAT EN POSITION FRAGILE Il reste aussi des incertitudes sur le spread entre l'OAT française et le Bund allemand. Pour le moment cet écart de taux ne bouge plus après s'être fortement agrandi. Mais les difficultés de refinancement de l'Espagne et même de l'Allemagne risquent de durcir le climat obligataire dans les semaines qui viennent. Certains prévisionnistes estiment que le coût moyen de notre dette publique pourrait s'élever de près de 100 points de base en 2011. Cela ajouterait 15 milliards d'euros à nos charges financières publiques, soit l'équivalent du budget de la police et de la gendarmerie nationale. Difficile à expliquer à l'opinion publique ! Heureusement que Rue de Solférino, la machine à perdre est désormais bien partie. Non seulement on assiste à une drôle de course à l'échalote entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Mais, nouveauté de la semaine, la première secrétaire du parti socialiste a commencé à attaquer DSK sur le thème : "moi je fais campagne et pas lui ; moi je mouille la chemise et pas lui." Il reste que des principaux éléphants socialistes, c'est François Hollande qu'il faut surtout surveiller dans les semaines qui viennent. D'après ses proches, il parie en tous cas sur une large auto-neutralisation de son ex-compagne et de Martine Aubry et demeure convaincu que DSK ne se représentera pas. D'autant plus que certaines bonnes âmes ne vont pas manquer de souligner que le patron du FMI passe d'agréables fêtes de fin d'année dans son riad de Marrakech, en compagnie de la fine fleur de la gauche caviar, "tendance gros grains" comme le murmure Benoit Hamon. LE RISQUE MARINE LE PEN Du côté de l'UMP, l'ambiance semble s'assagir. Rentré de Chine, Jean-François Copé a relancé ses réseaux financiers et intellectuels. Christian Jacob lui assure le soutien des parlementaires. Quant à Gérard Longuet, il ne cache pas qu'il roule, le plus possible, pour Jean-François Copé, d'autant plus qu'il ne doit plus rien à Nicolas Sarkozy. C'est dire, si à 500 jours de l'élection présidentielle, les jeux sont loin d'être faits. Alors qu'en pleine crise des retraites tout le monde voyait Nicolas Sarkozy "au tapis" ! La seule grande inconnue réside dans le score du Front National et dans la montée en puissance de cet animal politique que se révèle être Marine Le Pen.
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