éditorial
DSK et Martine Aubry tentent de courir après Ségolène
par Yves de Kerdrel
C'est la fable du Lièvre et de la Tortue. Ségolène Royal a pris tout le monde de court en partant en campagne. DSK en veut beaucoup à la Première Secrétaire du PS qui essaie aujourd'hui de rattraper le terrain perdu. Non sans difficultés.
12/12/2010 - 08:05

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Entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn il existe toujours un pacte. Celui qu'ils ont conclu ensemble il y a plus d'un an. Mais en revanche, il n'ya plus d'entente. Les noms d'oiseaux ont volé entre eux, assure-t-on dans l'entourage de la Première Secrétaire du Parti Socialiste, lorsque Dominique Strauss-Kahn a appris la candidature de Ségolène Royal aux primaires socialistes. Et c'est lui avec sa "bande", proche d'Euro-RSCG et de Lagardère, qui ont organisé l'interview-fleuve de Martine Aubry dans le Journal du Dimanche d'il y a une semaine. Interview au cours de laquelle elle affirme que le calendrier de nomination du candidat socialiste ne sera en rien modifié. Alors que plus de la moitié des militants du PS demandent une désignation plus rapide.
Pour l'heure Ségolène Royal est déjà en campagne. Elle fait en sorte que l'on ne parle que d'elle. De manière à gêner le plus possible le tandem Aubry-DSK. Si bien que personne n'a réalisé que ce dernier s'est rendu cette semaine à Bruxelles - officiellement - pour régler la crise européenne. Ce qui lui a donné l'occasion de faire une grosse bévue avec un rappel à l'ordre de Jean-Claude Trichet, des allemands et de l'Elysée. Au moment où les européens se mettaient d'accord sur le plan de sauvetage de l'Irlande le patron du FMI a officiellement souhaité que le fonds européen de secours aux pays en difficulté voit son montant (440 milliards d'euros) doublé. Une manière de dire qu'il faut se préparer dés maintenant à la banqueroute du Portugal et de l'Espagne. Une déclaration qui n'a pas été très bien accueillie par les marchés financiers.
RENVERSER LE PACTE ET LA TABLE
DSK patauge à l'international, Martine Aubry en France, et pendant ce temps Ségolène Royal est en campagne, sans pour autant percer dans les sondages. Si elle se montre si pugnace, assurent ses amis, c'est parce qu'elle a découvert très récemment la teneur du pacte Aubry-DSK. L'idée était que DSK soit un président "très cinquième république" ne s'intéressant qu'aux affaires étrangères, aux sommets internationaux, et aux problèmes militaires et géopolitiques, pendant que Martine Aubry soit la locataire de Matignon après avoir labouré le terrain en France. Ce que DSK n'a aucune envie de faire. Dans ce schéma, Ségolène Royal n'avait aucune place particulière, sinon l'assurance d'un ministère régalien.
Son démarrage en trombe relève de la psychologie d'une femme trompée, qui décide de prendre sa revanche. C'est ce qui explique que sa première démarche a consisté à aller sur le plateau de France 2 pour expliquer qu'elle prendrait DSK comme Premier Ministre. Une manière de renverser le pacte et la table sur laquelle il a été signé. De fait, elle s'est lancée dans un pari pascalien. Soit elle réussit, comme en 2006, sa campagne directement auprès de l'opinion, et non pas des cadres du PS. Dans ce cas, elle a de grandes chances d'être désignée. Soit elle échoue, mais elle sera une telle force de nuisance que le tandem Aubry-DSK sera obligé de lui assurer un poste de choix après 2012.
BRUNO LE MAIRE EN PISTE
Ce spectacle ne déplait pas à droite, tout autant que les déclarations pleines de naïveté qui ont accompagné, samedi, la convention du PS sur "l'égalité réelle". Officiellement Nicolas Sarkozy a demandé à Bruno Le Maire, 41 ans, de commencer à travailler sur "la programmatique" de la campagne de 2012. Ce qui constitue une grande marque de confiance à l'égard de l'ancien Directeur adjoint du cabinet de Dominique de Villepin, que certains voyaient à Matignon. Plusieurs groupes d'experts travaillent d'ores et déjà sur différents thèmes. Comme ce fût le cas en 2005 et 2006, à l'initiative d'Emmanuelle Mignon. Mais Nicolas Sarkozy, s'il a besoin d'être conforté par des "expertises" ponctuelles, se fie davantage à l'instinct politique d'un Henri Guaino qu'à des propositions concrètes émanant des meilleurs cerveaux de la République.
S'agissant de l'Euro, tous les milieux financiers et politiques saluent l'alignement sans faille de la position présidentielle sur celle de l'Allemagne. D'une part cela permet de soutenir une Angela Merkel, mal en point, à quelques mois d'élections régionales qui s'annoncent difficiles. D'autre part, poursuivre dans l'idée d'un fédéralisme budgétaire, alors que les allemands sont désormais 56 % à regretter le mark, c'était aller directement "au casse-pipe" déclare-t-on au Château.
GROSSES CRAINTES SUR LE DEFICIT
Il reste que le sujet de préoccupation de cette fin d'année, c'est le budget national. Si le déficit public pourrait n'atteindre en 2010 que (!) 149 milliards d'euros au lieu des 151 milliards anticipés jusqu'à présent, la faiblesse de la conjoncture hexagonale laisse craindre pour l'année prochaine de moindres rentrées fiscales, et donc un déficit plus important que prévu. La différence pourrait porter sur une vingtaine de milliards d'euros, reconnait-on, dans l'entourage de François Baroin. Au total l'an prochain, la dette du pays pourrait s'accroître de plus de 110 milliards d'euros. Et cela sans compter les effets de la hausse des taux à laquelle on assiste depuis dix jours. Si celle-ci se transforme en krach obligataire, comme le pensent les gestionnaires de Pimco, principal détenteur américain de titres à revenu fixe, alors, le déficit public français serait l'an prochain une véritable bombe à retardement. Surtout pour François Fillon, chantre de la rigueur budgétaire.
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