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éditorial / Yves de Kerdrel

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Quand DSK dit à ses amis de dire qu'il va y aller
par Yves de Kerdrel

L'agitation monte au Parti socialiste. D'un côté DSK fait dire partout qu'il se présentera. De l'autre côté, Martine Aubry s'affole et ressort le pacte conclu par elle avec Ségolène Royal et le patron du FMI. Un pacte que réfute aujourd'hui Ségolène Royal et qui est la négation même des primaires.
28/11/2010 - 07:05 Temps Lecture 5 mn.
Dominique Strauss-Kahn est reparti à Washington, après un long séjour de presqu'une semaine à Paris, au cours duquel il a rencontré la plupart de ses amis et anciens amis. A tous, il a paru très décidé. Il n'a certes dit à aucun : je serai candidat. Mais il a dit à tous : "dites et faites dire partout que je serai candidat". La technique a bien fonctionné. Puisque affolée par les propos qu'on lui répétait, Martine Aubry a ressorti immédiatement dans la presse le concept du pacte conclu après le congrès de Reims, entre elle, Ségolène Royal et DSK. Un pacte prévoyant qu'aucun des trois se présenterait contre l'un des deux autres. Un pacte conçu en son temps pour asseoir la légitimité assez limitée de la fille de Jacques Delors à la tête du Parti Socialiste. Celle-ci ne sait toujours pas, comme ce fût le cas pour son père, si elle veut vraiment aller au combat. Mais elle veut pouvoir conserver jusqu'au dernier moment la possibilité d'y aller. Et c'est pourquoi les propos de DSK la gênent profondément. Beaucoup de ses amis qui ont reçu la mission de diffuser sa parole dans le microcosme parisien ne croient pas un instant que DSK se présentera aux élections. "Il veut bien être nommé président, résume un de ses très proches, mais pas être élu". Il n'imagine pas un instant de renoncer à son Riad de Marrakech où il ira passer les fêtes de fin d'année, alors que même Jean-Louis Borloo avait vendu le sien en juin dernier afin de pouvoir devenir premier ministre. HOLLANDE SE FROTTE LES MAINS Mais les déclarations sur ce pacte à trois DSK-Royal-Aubry ont fait beaucoup de dégâts à gauche au moment même où Arnaud Montebourg se déclarait candidat aux primaires, afin de ne pas laisser Manuel Valls seul en piste. Le seul qui tire profit de ce capharnaüm à gauche, c'est bien sûr François Hollande, dont les sondages le donnent même vainqueur de Nicolas Sarkozy, pour la première fois. Autant dire qu'il faudra suivre de près l'ambiance de la convention socialiste sur le fameux "Projet Hamon" qui se tiendra le samedi 11 décembre. "Cela risque de ressembler à une nuit des longs couteaux" nous assure un hiérarque de la Rue de Solférino. Tout cela est suivi de très près à l'Elysée et surtout Rue La Boétie, au siège de l'UMP, où Jean-François Copé ne perd pas une minute pour mettre le parti en état de marche pour les présidentielles. La priorité est pour lui de construire un nouveau "programme" en fédérant toutes les idées générées par les différents think tanks de droite. Quant aux états d'âme centristes, tant à l'Elysée qu'à l'UMP, on estime qu'ils vont se calmer, surtout lorsqu'il faudra parler des investitures pour les législatives de juin 2012. Les libéraux, qui ont été plus durement sanctionnés que les centristes avec la sortie d'Hervé Novelli du gouvernement et la non-entrée de Gérard Longuet - qui a eu une explication de textes mémorable avec le Chef de l'Etat, truffée de noms d'oiseaux - l'ont bien compris en faisant tout de suite allégeance à Jean-François Copé. SILENCE PRUDENT DE SARKOZY Mais pour l'heure, à l'Elysée, la préoccupation principale réside bien sûr dans les problèmes européens. Nicolas Sarkozy a passé sa journée de samedi au téléphone avec les chefs de gouvernement espagnol, portugais, italien et avec Angela Merkel, alors que Christine Lagarde est aujourdhui à Bruxelles pour parapher l'aide européenne à l'Irlande. Tant Xavier Musca, le Secrétaire Général adjoint de la Présidence en charge des questions économiques, qu'Emmanuel Moulin, spécialiste des sujets de macro-économie au Château, ne cachent pas leur très grande inquiétude. Surtout depuis qu'Angela Merkel a déclaré que les institutions financières qui avaient prêté à l'Irlande devraient sans doute subir les effets d'un rééchelonnement de la dette. Propos qui ont largement fait chuter les valeurs financières en fin de semaine. Beaucoup de chefs d'état de la Zone Euro sont en fait sur la même ligne que la chancelière allemande. Mais au siège de la BCE on explique qu'une telle mesure serait dramatique, car pour tous les états concernés - hier la Grèce, aujourd'hui l'Irlande, demain le Portugal ou l'Espagne ? - cela signifierait non seulement laisser des ardoises terribles dans les comptes des banques européennes, mais surtout à l'avenir se fermer pour quelques temps l'accès aux marchés de capitaux. Il y a donc encore loin de la coupe aux lèvres sur l'idée d'Angela Merkel destinée à rassurer son opinion publique. D'autant plus que sur ce sujet, Nicolas Sarkozy, imite, de Conrart "le silence prudent." Pour les chefs d'entreprise et les banquiers, ce sujet de l'éclatement de l'Euro tombe affreusement mal, dans la mesure où, à l'aube d'une année 2011 pour laquelle ils espéraient une croissance d'au moins 2 %, cela crée une incertitude gigantesque. C'est actuellement leur principal sujet de préoccupation, avec l'arrivée de chinois dans le jeu européen des fusions et acquisitions. Que ce soit sur Draka, sur Lactalis ou sur bien d'autres dossiers, comme le reconnaît un banquier d'affaires senior, il y a désormais un acteur chinois ou indien dont il faut tenir compte. Ce qui va inévitablement se traduire par des relents protectionnistes et nationalistes. Déjà la presse portugaise n'hésite pas à dire que le Portugal à désormais plus à se rapprocher du Brésil qu'à rester dans l'Euro. La dérive des continents est plus que jamais en action.
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