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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Il fallait bien que tout change pour que rien ne change
par Yves de Kerdrel

Le remaniement ministériel sera annoncé lundi, au plus tard. Tout en se faisant prier, Alain Juppé devrait faire partie du Cabinet. Mais le point le plus important sera le départ probable de Claude Guéant pour le Quai d'Orsay. Sauf si Jean-Louis Borloo tient à rester Ministre coûte que coûte.
14/11/2010 - 09:13 Temps Lecture 6 mn.
A l'heure où cet éditorial est mis en ligne, le prochain gouvernement n'est pas encore constitué. Et même si la moitié des postes de ministres sont d'ores et déjà figés, comme nous l'avoue un proche conseiller du Chef de l'Etat : "il suffit qu'Alain Juppé change ses desiderata, pour que Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, soient obligés de se livrer à un nouveau jeu de chaises musicales". A l'heure qu'il est une seule chose est certaine, c'est la re-nomination de François Fillon à Matignon. Le Premier Ministre a posé ses conditions aux Président de la République, fort de sa popularité dans le pays, et de sa légitimité auprès des parlementaires. Hier soir, elles n'étaient pas encore acceptées par l'Elysée, nous dit-on à Matignon. Ce n'est que ce matin à 7 heures, que François Fillon a reçu un coup de fil de Nicolas Sarkozy le chargeant de former un nouveau gouvernement. En fait pendant que Nicolas Sarkozy était dans l'avion entre Séoul et Paris, et sur instruction de celui-ci, un tête-à-tête a eu lieu vendredi après-midi entre François Fillon et Claude Guéant, dans le bureau du Premier Ministre. Cette réunion a duré une heure environ. Elle était destinée à caler le "modus operandi" du prochain gouvernement, à établir le choix d'un certain nombre de ministres-clé, et enfin à régler la situation personnelle du secrétaire général de l'Elysée. Cette réunion a été suivie, hier samedi, par deux rendez-vous entre François Fillon et Nicolas Sarkozy, durant lesquels le premier a fait valoir ses conditions d'exercice de la fonction ; et le second, le fil rouge de ces dix-huit derniers mois de quinquennat. François Fillon aurait notamment exigé que plus aucun conseiller de l'Elysée puisse intervenir dans les médias, comme cela a été trop souvent le cas depuis trois ans. Chacun en est désormais convaincu, y compris l'intéressé : Claude Guéant, Premier Ministre bis de fait, est devenu un problème dans les relations entre l'Elysée et Matignon, dans les relations entre Matignon et les ministères, et dans le fonctionnement interne de l'Elysée. Son départ est donc inéluctable. Mais, ses qualités qui sont incomparables, surtout pour servir de Maire du Palais à Nicolas Sarkozy, en font quelqu'un de très difficile à remplacer. Pierre Mariani, le patron de Dexia a décliné la proposition. Nicolas Bazire, qui n'est plus aussi proche de Bernard Arnault qu'il l'a été par le passé, a été un moment tenté de revenir à l'Elysée, poussé en cela par Edouard Balladur. Mais il préfère finalement le confort lucratif de LVMH. Quant à Brice Hortefeux, il a fini par donner son accord, avant de faire valoir que son passage au premier étage du Palais présidentiel politiserait trop ce sanctuaire de la République. Argument considéré comme recevable par Nicolas Sarkozy. Mais faute de candidats, le Ministre de l'Intérieur pourrait bien être obligé de quitter la Place Beauveau, pour la Rue du Faubourg Saint-Honoré. Car si tout se passe comme plusieurs membres du gouvernement ou de l'entourage présidentiel nous l'ont affirmé encore hier soir tard : aujourd'hui, dimanche, voire lundi matin, au plus tard, François Fillon devrait être chargé de constituer un nouveau gouvernement. Si tout se passe comme prévu, la composition du nouvel aréopage ministériel devrait être communiquée lundi soir pour le journal de 20 heures, ou mardi matin. De manière à ce que les passations de pouvoir puissent se faire dans l'après-midi de mardi, afin que le Conseil des Ministres ait lieu comme prévu mercredi matin, voire avec quelques heures de retard sur le "timing" officiel. Enfin, jeudi soir Nicolas Sarkozy s'adressera aux français en répondant aux questions de Claire Chazal, David Pujadas et Michel Denisot afin de tourner définitivement la page de ce mauvais feuilleton commencé au début de l'été dernier. Hier soir les informations recoupées de différentes sources donnaient Christine Lagarde finalement maintenue à Bercy, avec ou sans le Budget. Bernard Kouchner quittant le Quai d'Orsay, c'est Claude Guéant qui le remplacerait, de préférence à Borloo. Alain Juppé aurait accepté, après avoir changé d'avis dix fois dans la semaine, la Défense, contre l'avis d'Henri Guaino, qui considère que c'est là une grave erreur. Ambiance ! Roselyne Bachelot n'a pas réussi à évincer Frédéric Mitterrand de la Culture. Elle devrait donc laisser la place à Xavier Bertrand, avec un portefeuille très élargi et la nécessité de mettre en route une réforme de la dépendance. Personne ne connaît encore précisément les intentions de Jean-Louis Borloo qui, un jour sur deux, assure vouloir rester et aller au Quai, et l'autre jour, veut claquer la porte. En tous cas s'il part, son grand ministère pourrait être repris par François Baroin, ou par Alain Juppé. Valérie Pécresse fait un lobbying forcené pour devenir Garde des sceaux. Mais sa tentative de dernière minute semble vouée à l'échec, bien qu'elle soit très soutenue par Claude Guéant. Feraient leur entrée parmi les quinze postes ministériels, Gérard Longuet, aux Affaires sociales, René Ricol à l'Industrie, bien qu'il s'en défendait encore hier soir, Alain Juppé à la Défense, et Xavier Bertrand à la Santé ou à l'Ecologie. Enfin, parmi les sortants, totalement lâchés, figure Eric Woerth qui ne l'a appris qu'à la veille du 11 novembre et qui a prévenu les membres de son cabinet dés jeudi dernier, afin qu'ils puissent commencer à s'organiser. Toute la question est maintenant de savoir quelle sera la feuille de route de ce gouvernement qui devra tenir jusqu'au printemps 2012. Devra-t-il faire de la calinothérapie sociale, pour soigner les plaies de la réforme des retraites, comme le recommandent les chiraquiens, ou au contraire poursuivre les réformes et accentuer la rigueur budgétaire. La réforme fiscale annoncée pour le printemps sera à ce titre décisive. Car tout indique que le gouvernement veut rehausser fortement la fiscalité sur les particuliers, notamment à travers les plus-values, la taxation des revenus financiers, et une progression de la CSG. Autant de choix qui lui sont impossibles à mettre en oeuvre - sur le plan politique - tant qu'existe le bouclier fiscal. Cette "patate chaude" avec laquelle Nicolas Sarkozy a ouvert son quinquennat et qui le poursuit depuis, risque d'être à la une de l'actualité économique au cours de toute l'année 2011. C'est sans doute la raison pour laquelle Christine Lagarde hésite à récupérer le Budget que l'Elysée lui a proposé cette semaine en plus de l'Economie. C'est aussi la raison pour laquelle François Baroin ne serait pas fâché d'atterrir Boulevard Saint-Germain à la place de Jean-Louis Borloo, plutôt que de se coltiner cette réforme ô combien délicate.
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