éditorial
Le remaniement crée de l'agitation mais renforce François Fillon
par Yves de Kerdrel
L'essoufflement du mouvement contre la réforme des retraites, notamment dans les ports et les raffineries, constitue une victoire personnelle pour le Président de la République. Une victoire qu'il serait imprudent de gâcher en se séparant de François Fillon.
31/10/2010 - 09:08

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C'est Edouard Balladur qui distille la rumeur dans Paris. Il assure être le seul à connaître le nom du futur "locataire" de Matignon. "Vous verrez, ce sera une surprise, une très grande surprise...!" a-t-il dit à beaucoup, laissant supposer que son fidèle Nicolas Bazire pourrait devenir Premier Ministre. Et depuis quelques jours, l'ancien chantre de la cohabitation, ne cache pas qu'il plaide pour un maintien de François Fillon à son poste. Une idée qui, selon lui, fait son chemin dans la tête du Président.
C'est une idée que défend également avec force Jacques Attali, qui a revu le Président de la République il y a quelques jours "Ce serait fou, assure-t-il, de changer de premier ministre en pleine discussion budgétaire. Cela ne s'est jamais fait sous la cinquième République". L'ex-sherpa de François Mitterrand devrait le dire à nouveau ce soir lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Malgré cela, selon les informations de WanSquare recueillies dans l'entourage très proche de Nicolas Sarkozy, la dernière rencontre en tête à tête avec François Fillon, qui a eu lieu mercredi dernier, après le conseil des ministres - et non pas avant, comme le veut la tradition - a été très orageuse.
EXPLICATION DE TEXTE
Pendant une heure le Chef de l'Etat a eu une explication très dure avec son Premier Ministre, lui reprochant à la fois d'avoir été inexistant pendant le conflit sur les retraites, d'avoir privilégié sa popularité personnelle et enfin d'avoir remis à sa place Jean-Louis Borloo. A Matignon, on relativise beaucoup cette discussion, et l'on cherche à y voir surtout la volonté du Chef de l'Etat de vider son sac après cette "épreuve" des retraites. En filigrane certains y voient aussi la main de Claude Guéant qui s'oppose frontalement depuis des mois à François Fillon et qui est très proche du Ministre de l'Ecologie, au point de faire ouvertement campagne pour lui, dans les médias.
Or il y a un incident qui a agité ces derniers jours toute la petite classe politique. Il se trouve que Jean-Louis Borloo a appelé personnellement Marie-Anne Barbat-Layani, la directrice adjointe du cabinet de François Fillon, qui a remplacé Antoine Gosset-Grainville au printemps dernier, afin de savoir si elle accepterait de travailler pour lui, "lorsqu'il deviendrait premier ministre". Cette inspecteur des finances, plutôt marquée à gauche, mais reconnue par tous pour sa compétence et sa loyauté a aussitôt prévenu François Fillon de cette sollicitation. Furieux, le Premier Ministre, a appelé Jean-Louis Borloo, pour lui expliquer qu'il ne partageait pas ce genre de méthodes. Un coup de règle sur les doigts que l'intéressé a peu apprécié, et qu'il s'est empressé de rapporter à l'Elysée. Cela donne une idée de l'ambiance qui règne au sein du "pénitencier" comme disent désormais plusieurs ministres pour parler du gouvernement.
BAROIN CONFORTE PAR SARKOZY
En fait, selon nos informations, Nicolas Sarkozy n'est pas du tout opposé à l'idée de conserver François Fillon à l'Elysée. Mais du même coup, la question qui se poserait serait celle de la place dévolue à Jean-Louis Borloo. Ce dernier, qui se prépare depuis maintenant six mois, qui a cédé pour plusieurs millions d'euros son "immense" riad de Marrakech au coiffeur Philippe Bosc, afin de faire disaparaître son côté bling-bling, n'a pas hésité à dire à Nicolas Sarkozy que pour lui, ce serait "Matignon ou rien".
Pendant ce temps le mercato des ministres se poursuit. Nicolas Sarkozy a reçu longuement cette semaine François Baroin et lui a confirmé qu'il deviendrait prochainement Ministre de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'Etat. En revanche il n'aurait pas la tutelle sur l'Industrie. Il est désormais acquis que Christine Lagarde va atterrir au Quai d'Orsay, où elle aura un grand ministère des affaires étrangères, européennes, et de la coopération. La question qui reste à régler consiste à savoir si elle parviendra à emmener avec elle le Commerce Extérieur. Ce qui constituerait une nouvelle amputation du Trésor, après la création de l'Agence des Participations de l'Etat et placerait Ramon Fernandez, son directeur, dans une situation délicate mais gérable. Quant à Alain Juppé, il hésite toujours à entrer au gouvernement. Il ne veut pas de la Défense. Il ne peut avoir Bercy. De fait, il pourrait reprendre les attributions de Jean-Louis Borloo, ainsi que son titre de Ministre d'Etat. Enfin, Xavier Bertrand (qui a été reçu hier longuement à l'Elysée pour parler de sa succession à la tête de l'UMP, qui devrait revenir à Jean-François Copé) semble inscrit pour le Ministère de la Santé. Restent, du même coup, les affaires sociales, qui tentent Gérard Longuet. Mais Nicolas Sarkozy préfèrerait ne pas placer là un libéral pur jus.
QUE FAIRE DE LA VICTOIRE ?
En dehors du remaniement purement ministériel, la question qui se pose à l'Elysée réside dans la manière "d'utiliser" la victoire sur la rue, si celle-ci se concrétise. Tant qu'il est à l'Elysée, Raymond Soubie tente d'expliquer au Président qu'il faut panser les cicatrices laissées par cette affaire "en faisant du social". D'où l'idée du sommet sur le chômage des jeunes et celui des seniors, dont on sait à l'avance qu'il ne conduira à rien. D'autres conseillers du Président, comme Patrick Buisson, tentent de lui faire comprendre qu'il lui faut, à l'inverse, exploiter son avantage de réformateur et de celui qui n'a pas cédé à la Rue - à la différence de Villepin - afin de faire revenir à lui toutes les voix qu'il a perdues à droite.
C'est-ce que sussurrent à son oreille certains grands patrons, qui lui font remarquer que le secteur privé n'a absolument pas bougé dans cette jacquerie. Le pays serait donc bien plus mûr qu'on l'imagine pour regarder la réalité en face, et accepter les réformes qui en découlent.
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