éditorial
L'Elysée cherche une porte de sortie en évitant une reculade
par Yves de Kerdrel
Au Château, comme dans les principales centrales syndicales, tout le monde regrette qu'il n'y ait aucune négociation secrète pour sortir de la crise. C'est la première fois que ce rite républicain n'est pas respecté.
24/10/2010 - 09:24

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Les réunions de crise se succèdent à l'Elysée, à la fois pour gérer la grogne sociale, et de plus en plus pour chercher des solutions à la paralysie du Pays. Dans l'entourage du Président de la République on est préoccupé par deux éléments très différents. Le premier, c'est l'importance de la désorganisation économique provoquée par la pénurie de carburants, et par la grève en général. Cela fait maintenant près de trois semaines que, seulement 10 % des marchandises confiées à Fret SNCF, circulent sur les rails. Ce qui signifie que près de 90 % des biens confiés au transport par rail, sont bloqués en entrepôts. Comme par ailleurs les routiers s'associent progressivement au mouvement de grève, de gré ou de force, la France risque d'être progressivement atteinte par le syndrôme marseillais.
Le second point important, constaté à l'Elysée, c'est le déni de réalité dont fait preuve le Président de la République, encouragé en cela par Raymond Soubie. Tous ceux qui lui parlent de ce qui se passe dans le Pays, le retrouvent dans le même état d'esprit qu'il y a un an, lorsqu'il voulait faire élire son fils Jean à la Présidence de l'Epad. Avec à chaque fois le même commentaire. "Mais je ne vois pas où est le problème !" ou bien : "Le pays fonctionne normalement".
UN IMPACT DE 0,3 % SUR LE PIB
Le coût de la désorganisation logistique dont souffre l'économie française depuis le début du mois d'octobre se chiffre à au moins un milliard d'euros, et sans doute 2 milliards avec les effets induits. Ne serait-ce que pour le secteur aérien, avec la pagaille dans les aéroports, les vols annulés, les problèmes de fret aérien ou de personnel de piste, le coût s'établit déjà à près de 200 millions d'euros, c'est-à-dire plus que les conséquences financières du fameux nuage islandais au printemps dernier. Pour mémoire, la grève de 1995 avait coûté à la France un demi-point de PIB. Selon les experts de Bercy, si le mouvement devait se prolonger jusqu'à la mi-novembre, l'impact sur la croissance pourrait être de l'ordre de 0,3 à 0,4 %. Si bien que le taux de croissance estimée pour 2010 reviendrait de 1,6 à 1,2 %. Avec à la clé des recettes fiscales en moins, qu'il s'agisse de la TVA, de l'impôt sur les sociétés ou surtout de la TIPP.
Dans ce contexte de perte complète de repères au sein de l'éxécutif, Nicolas Sarkozy consulte des personnalités éloignées du quotidien politique. Selon son entourage, il multiplie les contacts avec Edouard Balladur, Alain Juppé, mais aussi Valéry Giscard d'Estaing, ou Nicolas Bazire, le directeur général du Groupe Arnault, seule personnalité du monde des affaires à ne pas avoir tourné le dos au Président de la République, au cours des dernières semaines.
ALAIN JUPPE POUSSE LE MAIRE
C'est justement Alain Juppé qui tente de convaincre Nicolas Sarkozy de nommer Bruno Le Maire à Matignon, alors que Edouard Balladur prêche plutôt pour la nomination de Nicolas Bazire ou à défaut, celle de François Baroin. Pour l'heure la probabilité de voir Jean-Louis Borloo remplacer François Fillon reste forte. Mais en privé, Nicolas Sarkozy ne cache pas son agacement à l'égard du Ministre de l'Ecologie. Et la plupart de ceux qu'il consulte tentent de le dissuader de choisir cette solution qui n'est poussée que par Claude Guéant qui serait alors nommé à l'Intérieur, pendant que Brice Hortefeux récupèrerait l'UMP.
En fait le remaniement devrait maintenant intervenir avec un mois de retard sur le calendrier initial. C'est à dire, dans les huit jours qui suivront le G 20 de Séoul. Mais d'ici là, si la radicalisation du mouvement social se durcit, Patrick Buisson et Pierre Giacometti qui voient le Président plusieurs fois par semaine, devraient le convaincre de prendre un virage à 180 degrés et de maintenir François Fillon à Matignon. D'autant plus qu'il est le mieux à même pour accompagner la réforme fiscale du printemps prochain. Dans ces conditions, François Baroin accèderait au rang de Ministre d'Etat, et récupèrerait la totalité de Bercy, alors que Christine Lagarde, qui espère toujours rester à l'Economie, filerait au Quai d'Orsay.
LA SORTIE RATEE DE SOUBIE
Pour l'heure, dans les milieux d'affaires, ce qui étonne le plus, ce n'est pas tant la situation sociale du moment que l'absence totale de discussion informelle entre les services de Raymond Soubie et les différentes centrales syndicales. Le rite républicain veut que, même au pire moment des épreuves de force, des espaces de discussion soient maintenus. C'est à cela que sert le Pavillon de Musique de Matignon. Le seul "espace d'échange" reste le petit groupe secret qui réunit une fois par mois François Chérèque autour de trois patrons du CAC 40, dont l'un est très proche du Chef de l'Etat. Mais cette absence de discussion entre la hiérarchie verticale dépendant de Raymond Soubie et l'espace horizontal des centrales syndicales empêche de trouver une porte de sortie, même après la promulgation de la loi. Pourtant beaucoup plaident, auprès de Nicolas Sarkozy, pour que la solution Larcher soit examinée de près, c'est à dire un report de l'application de la borne d'âge de 67 ans en 2015.
Du côté des investisseurs, comme cela a été le cas en 1995, ce mouvement social n'a aucune conséquence. On regarde plutôt l'évolution du dollar, les signes de bonne volonté des chinois avant le G 20 ou la préparation des élections de Mid-Term, aux Etats-Unis. D'autant plus que les chiffres d'affaires des groupes du CAC 40 au 30 septembre sont tous très bons. Et, dans le sillage de la prise de participation de LVMH au capital d'Hermès (17 % et sans doute plus de 20 % dans les jours qui viennent), d'autres grandes manoeuvres sont en préparation et devraient intervenir très vite.
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