éditorial
La France bloquée par les raffineries et Sarkozy par le remaniement
par Yves de Kerdrel
Comme WanSquare l'avait laissé craindre la semaine passée, le mouvement de contestation va continuer à se radicaliser à travers le blocage des raffineries. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy ne peut pas remanier. Mais le veut-il encore ?
17/10/2010 - 10:06

Lecture 6 mn.
En milieu de semaine le Sénat aura fini de voter la réforme des retraites. Le sort de cette loi, rendue publique il y a bientôt cinq mois sera donc définitivement scellé. En principe - et c'est le calcul de Raymond Soubie - les jourmées de mobilisation ou de grève et les défilés de protestation devraient donc progressivement s'atténuer. D'autant que dans moins d'une semaine débutent les congés de la Toussaint. Mais à l'Elysée, tout le monde ne partage pas ce point de vue. La jeune conseillère technique, Marguerite Bérard, qui devrait remplacer Raymond Soubie dans quelques semaines, a expliqué lors d'une réunion de crise qui s'est tenue mardi dernier qu'il fallait craindre une radicalisation du mouvement du côté des raffineries, des dépôts pétroliers et des ports, voire même éventuellement des routiers.
Car tout le problème, c'est que la contestation contre la réforme des retraites a laissé la place à une contestation tout court, dont la ville de Marseille est un concentré assez spectaculaire. Pour preuve, la cité phocéenne est aussi la victime d'une grève des éboueurs. C'est l'une des plus touchées par la grève des réseaux de transport urbain. Et toute la région est paralysée par le rail. Les meneurs de ces mouvements n'ont rien à voir avec ceux qui appellent aux journées de grèves contre les retraites. C'est ce qui inquiète l'Elysée. Car aucun leader syndical ne peut faire cesser ces agitateurs liés notamment à SUD. Et il se peut effectivement que, d'ici la fin de la semaine, la France soit complètement privée d'essence.
FILLON INVITE A S'EXPOSER
Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy, qui espérait pouvoir remanier son gouvernement autour de la Toussaint, a été amené à différer tous ses plans. Désormais il semble acquis que rien ne se fera avant le 15 novembre. Jean-Louis Borloo, qui est en première ligne sur le front de l'énergie, donc de la grève des carburants, voit le président une fois par jour. Et du même coup, il fait en sorte que sa candidature redevienne crédible. mais lors d'un déjeuner de parlementaires qui s'est tenu à l'Elysée la semaine passée, le Président de la République n'a pas exclu que François Fillon reste encore à Matignon, à condition qu'il ait le courage de s'exposer un peu plus.
C'est la raison pour laquelle le Premier Ministre s'est fait inviter de manière précipitée au journal de 20 heures de TF1 ce dimanche soir. Car Nicolas Sarkozy est très amer à son égard, sur le soin que François Fillon met à peaufiner sa popularité quitte à s'effacer complètement derrière des membres de son gouvernement comme Luc Chatel, Brice Hortefeux ou même Nadine Morano.
JUPPE AU COEUR DU REMANIEMENT
Pour l'heure, comme nous l'ont affirmé plusieurs membres du gouvernement, Jean-Louis Borloo serait donc le premier ministre le plus probable pour sortir de ce mouvement de protestation. Mais Il reste encore dix-huit mois à gouverner. Et comme l'a signifié le Président de la République la semaine passée, il entend réformer jusqu'au bout, alors que le Ministre de l'Environnement se voit devenir Premier Ministre, uniquement pour jouer le rôle de rassembleur.
C'est dire si l'incertitude autour de ce remaniement n'a jamais été aussi grande. Nicolas Sarkozy ne veut plus entendre parler de Jean-François Copé qu'il ne neut ni à l'UMP ni à Matignon, car ce serait une forme de cohabitation. En revanche, il tient absolument à ce que Alain Juppé revienne à un Ministère régalien - peut-être l'Intérieur, si Brice Hortefeux accepte de prendre la tête du parti, sinon la Défense, où tous les officiers généraux s'attendent pourtant à voir arriver Nathalie Kosciusko-Morizet. Le sort de François Baroin a beaucoup évolué ces dernières semaines. Il serait désormais question de lui confier le soin de réformer la fiscalité au printemps prochain. Mais pas seulement la fiscalité du patrimoine, également celle sur le travail.
CHRISTINE LAGARDE AMERE
Christine Lagarde vit très mal la montée en puissance du Ministre du Budget. Elle ne souhaite même plus rester à Bercy et vise désormais le Quai d'Orsay. Ses services ont même été priés de faire des notes pour l'Elysée démontrant la nécessité de rattacher le Ministère du commerce extérieur à celui des Affaires Etrangères.
Au cas où le remaniement gouvernemental ne pourrait avoir lieu dans les délais souhaités par le Président, ce dernier a prévu de s'attaquer à la reconstruction de son entourage à l'Elysée. Il est convenu que Claude Guéant va devenir Ministre, pour services rendus. Dans ce cas, c'est bien Pierre Mariani, l'actuel patron de Dexia qui prendrait sa place, donnant ainsi une forte coloration économique au cabinet élyséen. Du même coup, Xavier Musca pourrait enfin prendre la poudre d'escampette. A l'Elysée on confirme que Nicolas Bazire fait des sauts de plus en plus fréquents dans le bureau du Président, qui lui aurait même proposé le poste de Premier Ministre. Parmi les autres partants de l'Elysée, figurent Raymond Soubie, Catherine Pégard et Jean-David Levitte.
APOCALYPSE OBAMA
Du coté de l'actualité économique, désormais tous les milieux d'affaires ont les yeux rivés sur les Etats-Unis et sur les promesses faites par Ben Bernanke de déverser des centaines de milliards de dollars sur l'économie. Ce qui signifie, comme l'ont montré les dernières "minutes" de la Fed, que la crainte d'une déflation n'a jamais été aussi élevée de l'autre côté de l'Atlantique. Cette inquiétude à laquelle s'ajoute désormais un taux de chômage officieux de plus de 15 %, et une forte flambée de la violence dans certains états, devrait transformer les élections de mid-term en apocalypse pour Barack Obama. Mais cela signifie aussi que l'ancien sénateur de l'Illinois pourrait être amené à changer d'administration, en donnant plus de pouvoir aux républicains. Dans ce cas, la dégradation du dollar pourrait s'arrêter avant la fin de l'année. Tout se jouera donc pour Washington, comme pour Paris, vers la mi-novembre au moment-même où s'ouvrira le prochain G 20 à Séoul.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite