éditorial
Chérèque et Soubie cherchent une issue à la réforme des retraites
par Yves de Kerdrel
L'horizon s'éclaircit pour Nicolas Sarkozy, avec un budget unanimement apprécié, une réforme des retraites qui avance et un gouvernement Baroin qui se prépare dans la sérénité.
03/10/2010 - 07:52

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En fin de semaine, le Président de la République a joué à réincarner François Mitterrand. Il a visité longuement la Basilique de Vézelay où, pour lui, un choeur y a chanté, un ave maria, puis une messe de Scarlatti. Puis rentré à l'Elysée il s'est fait projeter, dans la salle de cinéma du Palais présidentiel, le film culte de cette rentrée : "Des Dieux et des hommes" sur les moines de Tibhérine éxécutés par les terroristes islamistes dans le sud de l'Algérie il y a une dizaine d'années.
Il ne faut pas conclure de la superposition de ces deux séquences que Nicolas Sarkozy est entré dans une période mystique. Chaque homme, y compris le Président de la République, a droit à une vie intérieure. Il ne faut pas non plus voir dans ce déplacement un préparatif à la rencontre avec le Pape Benoit XVI qui aura lieu vendredi prochain. Mais ceux qui l'ont accompagné dans la plus belle basilique de Bourgogne ont été stupéfaits par le calme, la sérénité et la tranquilité de Nicolas Sarkozy, qui semblait heureux de pouvoir profiter de cet instant d'éternité. C'est là où la comparaison est possible avec le François Mitterrand qui gravissait à 3 heures du matin le mont Sinaï et restait des heures à contempler le Monastère Sainte Catherine du haut de ce lieu où, dit-on, Moïse s'est fait remettre les Dix Commandements.
Ce n'est pas un hasard si après avoir vu le locataire de l'Elysée bien plus anxieux, bien plus énervé, et bien plus impétueux au cours des dernières semaines, il manifeste devant les journalistes, comme devant son entourage une sérénité certaine. Vendredi dernier, il a déjeuné avec Jean-François Copé, qui lui a redit son intention de briguer la direction du parti. Ce à quoi Nicolas Sarkozy s'oppose, d'autant plus que la querelle publique entre Martin Hirsch et le Maire de Meaux n'arrange pas les affaires de ce dernier. De surcroit, le Président de la République ne veut pas être géné, au cours des dix-huit derniers mois de son mandat par le parti majoritaire. C'est pour cela qu'il entend nommer à sa tête François Fillon, à charge pour lui de reconstruire un nouveau projet présidentiel avec l'équipe que Xavier Bertrand a commencé à construire.
Si certains, à l'Elysée ou dans la majorité, laissent dire que le choix de François Baroin, comme futur premier ministre n'est pas fait, et qu'il faut aussi compter avec Bruno Le Maire d'un côté et Luc Chatel de l'autre, c'est simplement parce qu'ils ont reçu la consigne de brouiller les pistes en attendant la fin du mois d'octobre. En outre Nicolas Sarkozy attend beaucoup de voir comment son nouveau poulain va se comporter ce dimanche soir au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Même si tout le monde convient que sa présentation du budget, à la fois devant les députés, puis les sénateurs, puis la presse a été un sans-faute absolu. La preuve, c'est que l'opinion est persuadée que l'effort en matière de réduction des dépenses publiques sera de 40 milliards d'euros l'an prochain, alors qu'en fait il ne sera que de 60 % de ce montant en raison de l'arrêt du plan de relance.
DISCUSSIONS ACTIVES SOUBIE-CHEREQUE
Le Président a donc un premier ministre, qu'il teste chaque jour et qu'il va encore tester pendant un mois. Il lui reste à enlever deux cailloux dans ses chaussures. Le premier, c'est la réforme des retraites. Bien que les manifestations de samedi n'ont pas rencontré le succès escompté pour un mouvement de week-end, et bien que l'on y a constaté la présence de plus en plus de jeunes, voire de lycéens. Sur ce dossier, les discussions secrètes entre Raymond Soubie et François Chérèque ont bien avancé cette semaine. Ce dernier s'est suffisamment rangé du côté des opposants à la réforme, pour ne pas passer comme en 2003 pour un allié objectif du pouvoir. Il propose donc une sortie honorable au gouvernement à travers un amendement sénatorial qui prévoirait le report en 2015 de la discussion sur la question du taux-plein à 67 ans, qui est un sujet majeur parmi les plus hostiles à la réforme.
GERARD LARCHER EN VEDETTE
Pour l'instant rien n'est décidé chez Raymond Soubie. Mais on observe que c'est la première fois que François Chérèque fait une proposition à partir de la réforme, telle qu'elle a déjà été votée par les députés, alors que jusque là, comme les socialistes et comme Force Ouvrière, il demandait une remise à plat complète du texte concocté par Eric Woerth. Il y a donc là une solution qui commence à s'esquisser, même si elle ne pourra pas le voir le jour avant la nouvelle manifestation du 12 octobre. Toujours est-il que le Président du Sénat, qui a eu jadis le portefeuille des affaires sociales et qui connait bien les leaders syndicaux, a fait des offres de services à l'Elysée pour que la discussion du texte à la Chambre Haute soit l'occasion de lever les dernières ambiguïtés.
CABINETS EN EFFERVESCENCE
La seconde épine dans le pied de Nicolas Sarkozy, c'est sa politique sécuritaire, même si celle-ci n'est pas autant rejetée par l'opinion que ce que les médias et certains sondages laissent croire. Le Président de la République estime que le coup de sang contre la France de Madame Redding joue en sa faveur. La détestation des français pour Bruxelles, cette volonté de donner des leçons de morale à la France, plus la procédure de sanction qui pourrait débuter d'ici une quinzaine de jours, tout cela joue en faveur de Nicolas Sarkozy. Et d'ici quelques semaines, le climat anti-sarkozysme du moment pourrait s'être entièrement retourné, au point de faire du Président une victime du lynchage médiatique.
Il reste que dans les cabinets, les vélléités de départ s'accentuent. Jean-François Carenco, le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo fait des pieds et des mains pour aller chez Eiffage, après s'être fait retoquer par la commission de déontologie pour devenir le patron de la Compagnie Nationale du Rhône, filiale de GDF-Suez. C'est dire si cet ancien préfet croit peu aux chances de son patron d'atterrir à Matignon. Du côté d'Eric Woerth qui pourrait se voir prendre le Ministère de la Défense par Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s'y prépare activement, son directeur de cabinet le jeune (33 ans) et ambitieux Sébastien Proto, viserait la direction du Budget. Mais sa jeunesse et ses liens très étroits avec Antoine Arnault, le fils du patron de LVMH, pourraient constituer des handicaps. Comme de son côté, Jean-Luc Tavernier, l'adjoint de René Ricol au Commissariat Général à l'Investissement ne vise plus la place, c'est Julien Dubertret, l'actuel conseiller pour le budget au cabinet de François Fillon qui pourrait hériter de ce poste très politique, alors que Marie-Anne Barbat-Layani, la directrice adjointe du cabinet du premier ministre envisagerait un retour au Crédit Agricole, cette fois-ci non pas à la Fédération, mais chez CASA.
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