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François Baroin prépare son cabinet et François Fillon son point de chute
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République a tranché : ce sera François Baroin qui succèdera à François Fillon. Sans doute à la fin du mois d'octobre ou pendant la première quinzaine de novembre. La chronique secrète d'une nomination annoncée.
26/09/2010 - 07:59 Temps Lecture 5 mn.
Cela fait maintenant une dizaine de jours que François Baroin a été prévenu qu'il devait se tenir prêt à devenir Premier Ministre. Nicolas Sarkozy a d'abord souhaité avoir avec son Ministre du budget une explication franche et claire à propos de la tribune libre qu'il avait co-signée, dans le Figaro, avec Christian Jacob, Jean-François Copé et Bruno Le Maire. En privé François Baroin reconnaît que cet épisode a été une erreur et qu'il est tombé dans un piège tendu par Christian Jacob, le chef de fil des chiraquiens. Il s'avère, que si le Président de la République ne pardonne pas cette faute à Bruno Le Maire dont il dit - quand on trahit une fois, on trahit plusieurs fois - il est plein de mansuétude à l'égard de François Baroin, avec lequel il avait eu pendant tout le mois d'août de nombreux échanges téléphoniques. Reste le moment. Tous ceux qui ont approché le Président de la République ces derniers jours ont acquis la conviction que le mouvement devait succéder à la fin de la discussion budgétaire. C'est à dire qu'il ne peut pas intervenir avant le 25 octobre. A quelques parlementaires de l'UMP, il a évoqué la date du 1 er novembre. Et dans son entourage proche, on parle d'une date limite fixée entre le 15 et le 20 novembre. Tout dépendra aussi de l'évolution du dossier des retraites et des défilés de protestation. Si ceux-ci devaient s'amplifier, se rapprocher et surtout s'étoffer avec l'embrigadement de lycéens chargés de venir grossir les rangs des manifestants, le calendrier du remaniement pourrait être bouleversé. JUPPE, DE BORDEAUX A BERCY En attendant, François Baroin commence discrètement à prendre conseil auprès de ses proches pour la formation d'un nouveau gouvernement. Il a récemment rencontré Jacques Chirac, mais aussi Thierry Breton, l'ancien Ministre de l'économie, ainsi que Raymond Soubie le conseiller social du Président, sur le point de quitter l'Elysée. Son idée est de faire un gouvernement très resserré, avec Alain Juppé à Bercy et Christine Lagarde au Quai d'Orsay, sous la surveillance du Maire de Bordeaux, dans le cadre des discussions du G 20. Les amis d'Alain Juppé le pressent de revenir sur le devant de la scène, mais lui ne veut pas redevenir Ministre des Affaires étrangères. C'est pourquoi avec Nicolas Sarkozy, il a d'ores et déjà évoqué une prise de contrôle de Bercy. Brice Hortefeux, qui a abandonné ses vélléités de devenir le locataire de Matignon, fait ouvertement campagne pour la nomination de François Baroin, dont il est très proche. Le seul qui fait pâle figure dans ce nouvel état des lieux, c'est Jean-Louis Borloo qui continue à croire à sa bonne étoile, au point de donner des interviews-fleuves dans tous les journaux. Il est le candidat de Claude Guéant et de René Ricol auquel il a promis Bercy. Personne ne lui a encore dit qu'il avait perdu toutes ses chances. SARKOZY SOUS L'EMPRISE DE BUISSON Reste désormais pour Nicolas Sarkozy à ramener le calme au sein de l'UMP et à trouver une place pour François Fillon. Le Président ne veut pas désavouer Xavier Bertrand et nommer à sa place son ennemi personnel, Jean-François Copé. Il devrait donc tenter de convaincre François Fillon de prendre la présidence du parti (et non le secrétariat général), à charge pour lui de préparer la campagne de 2012. En fait, dans ce scénario, il est fort probable, que six mois avant le scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy, fasse monter Jean-François Copé dans l'organigramme du parti et lui confie le rôle que François Fillon avait occupé auprès de lui en 2007. De cette manière le Président de la République, toujours très conseillé par Patrick Buisson, aura comblé les voeux de son politologue favori en rameutant les chiraquiens, pour renouer avec son électorat et apaiser le débat, en donnant à Jean-François Copé de quoi déployer toute son énergie, et en éloignant les ministres les plus centristes. Si Jean-Louis Borloo devrait rester au gouvernement, Hervé Morin et Bernard Kouchner seront liquidés sans ménagement. Reste le cas d'Eric Woerth qui n'est toujours pas tranché. A noter que depuis quelques jours, l'Elysée fait grand cas de Luc Châtel afin d'éviter que n'enfle trop la rumeur Baroin, mais plus personne n'y croit, même si le Président de la République apprécie effectivement beaucoup son Ministre de l'Education et Porte-Parole. BERARD A LA PLACE DE SOUBIE Du coté des cabinets, on devrait assister parallèlement à ces mouvements au départ de Raymond Soubie et à son remplacement par Marguerite Bérard, inspecteur des finances et ancienne major de l'ENA. Fille de Marie-Claude Bérard qui fût la conseillère de Raymond Barre et de Jacques Chirac, elle serait secondée par Sybille Veil, conseillère technique, femme de Sébastien Veil, le petit-fils de Simone Veil. Du côté diplomatique, Jean-David Levitte devrait s'éloigner, soit pour une ambassade de prestige, soit pour la retraite. Quand à Xavier Musca, qui était tenté de partir, il devrait assurer la cohésion des deux G 20, avant de rejoindre au printemps 2012 la Caisse des Dépôts. C'est à l'aune de tous ces probables mouvements qu'il faudra bien suivre cette semaine la présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale (le 28 septembre) et celle du projet de loi de finances (le 29). Tous les arbitrages sont désormais effectués. Ils ont été faits directement à l'Elysée par Emmanuel Moulin et Xavier Musca, Matignon étant juste informé par politesse. En principe la réduction du déficit - un peu au dessous des 6 % - devrait être facilitée par une croissance hexagonale tirée par l'économie allemande. Tout cela devrait rassurer les agences de notation, même si les CDS sur les emprunts d'état français, qui s'étaient effondrés à la fin de l'été ont brutalement remonté ces derniers jours.
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