éditorial
Le ciel s'éclaircit pour François Fillon et s'assombrit pour Nicolas Sarkozy
par Yves de Kerdrel
La croissance économique revue à la hausse, un budget 2011 bouclé plus facilement que prévu, une popularité au zénith. Tout va bien pour le Premier Ministre. On ne peut pas en dire autant du Président de la République qui comprend à quel point il a tout à perdre à se séparer de François Fillon.
12/09/2010 - 08:48

Lecture 6 mn.
Ambiance pour le moins curieuse à Matignon depuis quelques jours. Notamment depuis que François Fillon a repris une certaine liberté de parole, sur la politique sécuritaire, sur les retraites où il s'est montré très offensif à l'Assemblée et hier encore en Province ou sur la croissance économique, dont il a tenu à annoncer cette semaine une légère révision à la hausse des estimations pour cette année. Chacun sait que le Premier Ministre est en roue libre, depuis qu'à Brégançon Nicolas Sarkozy lui a confirmé qu'il devra quitter son poste cet automne.
En même temps, nul ne sait quand interviendra ce mouvement que le Président souhaite majeur, afin de donner naissance à un gouvernement de 15 ministres maximum. En principe, pas avant novembre, comme l'a confirmé de manière implicite Claude Guéant. Mais tout dépend du déluge de dossiers qui continuent de saper l'image d'Eric Woerth. Tout dépend de la capacité du Premier Ministre à maintenir la cohésion parlementaire pendant la discussion budgétaire, alors qu'il est en guerre ouverte avec Jean-François Copé. Tout dépend aussi de la volonté du Président de la République à rester enfermé dans la seringue où il s'est placé en annonçant dés juin un remaniement qui fera de François Fillon un aimant des mécontents, alors qu'aujourd'hui il limite l'impopularité du gouvernement.
FAUGERE VISE LA TETE DU CEA
En attendant, à Matignon, chacun se cherche un poste. Si Marie-Anne Barbat-Layani, la directrice adjointe du cabinet du Premier Ministre devrait rester à son poste, compte tenu de la difficulté qu'il a fallu pour trouver une inspectrice des finances disponible, après le départ d'Antoine Gosset-Grainville pour la Caisse des Dépôts, il n'en est pas de même pour Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet, qui cherche un point de chute tous azimuts. Certes, il pourrait retourner au Conseil d'Etat, mais il ne cache pas son intérêt pour le Commissariat à l'Energie Atomique, dont il a été par le passé le directeur financier et le secrétaire général, voire pour la RATP si Pierre Mongin cherche vraiment à quitter l'entreprise publique, depuis qu'il a posé sa candidature à la tête d'Eiffage avec le soutien du FSI.
Pour l'heure, c'est toujours François Baroin qui tient la corde pour rejoindre Matignon, surtout si la discussion budgétaire est réussie, bien que le nom de Christine Lagarde réapparaisse depuis qu'une biographie autorisée, écrite par deux journalistes du Figaro, en dresse un portrait flatteur. Ce qui est sûr, c'est qu'à l'Elysée, où le Président est tenu au courant des arbitrages, au jour le jour, par Emmanuel Moulin et Xavier Musca, on est très impressionné par la préparation du projet de loi de finances pour 2011. Celui-ci est désormais bouclé avec effectivement une diminution de 10 milliards d'euros des niches fiscales, et un déficit réduit à 6 %.
POSSIBLE VENTE IMMINENTE DE TITRES EDF
Dans l'entourage de Christine Lagarde on précise que les chiffres n'ont même pas eu besoin d'être tordus pour fabriquer ce budget. D'autant que certains signes récents laissent à penser que la croissance française pourrait être supérieure à 2,25 % en 2011, voire proche de 2,5 %. De la même manière, le Trésor a été mis en alerte pour vendre des titres EDF dans le cadre d'une opération de placement de gré à gré, dans les semaines à venir, si l'indice CAC 40 parvient à franchir la résistance importante de 3.800 points.
Il reste que si la nomination de Jean-Louis Borloo est encore loin d'être la solution miracle pour Nicolas Sarkozy, si l'ombre de Michèle Alliot-Marie s'estompe progressivement, si Bruno Le Maire ne bénéficie pas d'une notoriété suffisante, le seul nom qui demeure reste celui de François Baroin, dont le directeur de cabinet, Didier Blanquy, est un très proche de Nicolas Sarkozy et de Pierre Mariani, que chacun voit succéder à Claude Guéant dans le bureau attenant celui du Président de la République.
BAROIN TOUJOURS FAVORI POUR MATIGNON
Si l'on se fie au politologue Patrick Buisson, qui passe les sondages au tamis pour le compte de Nicolas Sarkozy, la prochaine élection présidentielle ne se jouera pas au centre. Dans ces conditions, l'apport de Jean-Louis Borloo serait limité. En revanche, un François Baroin peut permettre de rameuter la droite chiraquienne, la droite bonapartiste, et la droite Villepiniste, tout en neutralisant les ambitions de Jean-François Copé.
Au chapitre économique, les nouvelles ne sont pas aussi mauvaises que certains le laissaient craindre cet été. L'investissement se maintient à un niveau correct, souligne-t-on à Bercy où l'on souhaite modifier la politique d'investissement du FSI, afin qu'il apporte réellement de la "new money" aux entreprises dont il devient actionnaire. La priorité des prochains mois, sera clairement de soutenir la capacité des entreprises à investir. C'est pour cette raison que le Crédit Impôt Recherche sera sanctuarisé, en dépit d'incontestables effets d'aubaine qui profitent aux stars du CAC 40.
LES ETATS-UNIS, DE MAL EN PIS
La grande inconnue reste l'évolution de ce que certains appellent "la bulle obligataire" qui a fait chuter le taux de rendement des obligations d'Etat, des deux cotés de l'Atlantique. De plus en plus d'économistes anticipent une poursuite de ce mouvement, en dépit de la récente remontée des rendements aux Etats-Unis. Tout dépendra, d'une certaine manière des élections de mid-term, qui se tiennent dans moins de deux mois. De passage à Paris, ces jours-ci, Henry Kravis, le mythique patron de KKR, a fait part de ses doutes sur la reprise américaine, soulignant l'ampleur des phénomènes récessionistes liés à un chômage de masse. Il a confirmé par ailleurs, ce que nous laissions entendre la semaine passée sur la désaffection des américains pour les cartes de crédit. Un changement que le magnat du private equity juge structurel.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite