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éditorial / Yves de Kerdrel

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Nicolas Sarkozy décide de donner du temps au temps et appelle au courage
par Yves de Kerdrel

Le conseil des Ministres de rentrée a été très mobilisateur. L'Elysée ne s'inquiète en rien des sondages donnant la gauche gagnante. La priorité est toujours la réforme des retraites, suivie par le budget 2011 et une grande loi sur la dépendance.
29/08/2010 - 11:14 Temps Lecture 6 mn.
Contrairement à tout ce qui avait été anticipé par les commentateurs, le Conseil des Ministres de rentrée s'est déroulé dans une ambiance très sereine. C'est ce que nous ont confirmé trois membres du gouvernement. Le Président de la République à la fois "détendu et très calme" a fait une longue introduction, dans laquelle il a appelé ses ministres à faire preuve de "courage" au cours des mois qui viennent. Mois pendant lesquels le gouvernement va recevoir de nombreuses flèches en provenance de l'opposition sur la question des retraites ou celle de la sécurité. S'agissant des retraites, même si la réunion intersyndicale de la semaine dernière n'a pas débouché sur un mot d'ordre commun, les sondages faits à l'intérieur des entreprises publiques laissent envisager une très forte mobilisation, notamment dans les entreprises de transport. Guillaume Pepy a d'ailleurs prévu, exceptionnellement, de recevoir quelques journalistes à diner le 7 septembre au soir pour faire le point sur le climat à la SNCF. Mais auprès de Raymond Soubie, on s'inquiète maintenant d'un début de mobilisation dans les entreprises privées. D'autant que le Parti Socialiste n'a pas ménagé sa peine ce week-end à La Rochelle pour appeler toute la gauche à manifester que ce soit contre la réforme des retraites ou la politique sécuritaire du gouvernement. L'UMP LANCE SES PREMIERES CONVENTIONS POUR 2012 A tous ceux qui lui en parlent, Nicolas Sarkozy continue de répondre qu'il n'a pris aucune décision concernant sa candidature en 2012. Pour l'heure, l'UMP est en pleine restructuration avec le départ pour Euro RSCG de son directeur général. Xavier Bertrand tient toujours la maison d'une main ferme. Et il s'apprête à démarrer les conventions dés le mois d'octobre. Cette semaine, avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, il réunit les 150 principaux cadres du parti pour leur redonner un nouvel argumentaire et les remotiver à l'aube de cette rentrée. Du côté des spéculations ministérielles, rien n'a changé. La probabilité de voir François Fillon Fillon se succéder à lui-même n'a jamais été aussi forte. En revanche il est de plus en plus question d'un départ de Claude Guéant vers un poste ministériel. Soit le Quai d'Orsay, si Alain Juppé refuse d'y aller. Soit la Défense Nationale. Soit l'Intérieur. Dans ce cas on parle de plus en plus de l'arrivée de Pierre Mariani, l'actuel patron de Dexia, au poste de Secrétaire Général de la Présidence de la République. Inspecteur des finances, ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, lorsque ce dernier était ministre du Budget, il est resté très proche du locataire de l'Elysée tout en gardant une posture d'homme de l'ombre. Le président de la République rêve de le faire à nouveau travailler pour lui, même si sa personnalité est très différente de celle de Claude Guéant. FRANCOIS BAROIN, LE MINISTRE QUI S'IMPOSE Pour l'heure, plusieurs ministres nous confirment que Christine Lagarde a perdu une grande partie de son aura auprès de Nicolas Sarkozy. Et dans le même temps, c'est un véritable climat de confiance, voire de complicité qui s'est installé entre le Président et François Baroin. Ce dernier a été le seul à être mis au courant que l'UMP paierait les trois quarts des sommes réclamées par la Mairie de Paris à Jacques Chirac. Alors que le principal intéressé, Xavier Bertrand, n'en revient toujours pas de l'avoir appris par la presse. D'aucuns, au gouvernement, estiment qu'une fois voté le Budget, François Baroin, pourrait se voir confier une nouvelle mission délicate par le Président de la République. Pour l'heure, à Bercy on surveille de très près ce qui se passe en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Dans les deux premiers pays, les plans de rigueur massifs mis en place au printemps n'ont affecté en rien le moral des consommateurs, ni celui des industriels. Pour la bonne raison qu'ils étaient concentrés l'un et l'autre sur les dépenses publiques. David Cameron s'est même offert le luxe de faire voter un plan de rigueur et de baisser l'impôt sur les sociétés. Dans ces conditions, la deuxième commission Attali s'apprête à rendre un rapport dans lequel il est demandé à l'Etat de faire un effort de 70 à 75 milliards d'euros au cours des trois prochaines années. A coté de cela, l'effort demandé aux français resterait concentré sur les niches fiscales, à hauteur de 10 milliards d'euros par an. LES DEBATS AU SEIN DU G20 S'ANNONCENT HOULEUX Toutes les idées de hausses d'impôts ou de création d'une "property tax" à la française auraient été enterrées, sans que le consensus propre à cette commission se trouve remis en cause. Le rapport devrait être remis au Président de la République avant que soit rendu public le projet de loi de finances pour 2011. Mais l'Elysée est déjà averti, en direct, de son contenu. Reste le problème américain. Beaucoup de patrons du CAC 40 redoutent désormais un scénario de déflation. Ce qui expliquerait qu'en dépit des avertissements de Standard & Poor's, la dette américaine continue d'être achetée massivement, offrant ainsi des rendements très bas. En cas de déflation, même les taux actuels permettraient aux investisseurs d'encaisser un rendement réel positif. Pour Barack Obama, c'est le pire des scénarios à quelques semaines des élections de mid-term. Mais pour Nicolas Sarkozy, ce double-dip accompagné d'une évolution à la japonaise où les consommateurs ne consomment plus, risque de compliquer les débats au sein du G 20. Et ce ne sont pas les sacs de dollars que l'hélicoptère de Ben Bernanke s'apprête à disperser sur les Etats-Unis qui changera grand chose à cet état de fait, puisque la méthode a déjà été essayée sans succès. C'est pourquoi le métal jaune est remonté cette semaine tout près de ses plus hauts niveaux historiques. C'est pourquoi aussi la perspective du mois d'octobre fait naître chez nombre de gourous américains la prévision d'un repli de l'ordre de 20 % de Wall Street.
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