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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Le Président consulte, la Ministre de l'économie exulte et Borloo discute
par Yves de Kerdrel

La fin de l'été se présente apparemment mieux que le début avec un débat sécuritaire qui a envahi le terrain médiatique, une croissance économique qui fait mine de repartir, et une rentrée sociale limitée à la question des retraites.
15/08/2010 - 09:13 Temps Lecture 6 mn.
Au Cap Nègre, il se passe tous les jours quelque chose. Nicolas Sarkozy passe une grande partie de sa matinée au téléphone avec Claude Guéant, Brice Hortefeux, Xavier Musca, Xavier Bertrand, François Baroin, avec lequel il a créé un véritable climat de confiance mais aussi Alexandre de Juniac, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, qu'il connait depuis plus de quinze ans, Philippe Villin, voisin du Cap Nègre, et de plus en plus rarement Alain Minc. Sans être en contact avec Eric Woerth, il se tient informé des évolutions de l'affaire Woerth-Bettencourt. Bref il consulte, il écoute, il lit toute la presse et prépare activement une rentrée qu'il ne veut surtout pas râter. Informé en avance des bons chiffres de la croissance - qui restent difficiles à interpréter, tant le phénomène de restockage a été important (+ 0,6 %) - il a demandé à Christine Lagarde de les annoncer elle-même sur Europe 1 vendredi matin. Mais la manière dont elle a survendu le chiffre de progression du PIB, au moment même où l'Allemagne annonçait un indicateur trois à quatre fois supérieur, lui a ensuite été reproché. D'où le communiqué plus simple de François Baroin expliquant que la bonne tenue de la croissance allait permettre de respecter les promesses budgétaires envoyées à Bruxelles. Borloo se voit déjà à Matignon Dans près d'une semaine, le Président de la République sera de retour à Paris pour une rentrée qu'il finit de préparer. Il a reçu cette semaine au Cap Nègre Jean-Louis Borloo qui est venu lui vendre la manière dont il entend recentrer la politique gouvernementale, après le coup de barre sécuritaire. Le Ministre d'Etat fait, depuis deux, mois une campagne active pour remplacer François Fillon à Matignon. Mais Nicolas Sarkozy avoue à ses interlocuteurs qu'il n'est toujours pas convaincu de la nécessité de changer de premier ministre. Avec comme principales questions : que faire de François Fillon, et de sa popularité qui n'en finira pas de monter ? Quelle feuille de route pour le nouveau gouvernement, à dix-huit mois de l'élection présidentielle ? Quelle crédibilité pour Borloo dans le cadre d'une nécessaire politique de rigueur ? A l'heure qu'il est, ces questions là ne sont toujours pas tranchées, nous indique une ministre de l'actuel gouvernement, qui s'est entretenue cette semaine au téléhone avec le Président. Le seul mouvement qui semble acquis est une nomination d'Eric Woerth à la Défense, une éviction d'Hervé Morin et le retour de Xavier Bertrand, rue de Grenelle. Même le sort de Bernard Kouchner ne semble plus aussi tranché qu'il l'était il y a deux mois. Le président ne veut pas renforcer une opposition au sein de son propre camp. Alors qu'il n'ignore rien des manoeuvres que Jean-François Copé prépare pour la rentrée, et des contacts actifs qu'il a établis cet été avec Christian Blanc, qui entend régler son compte avec le pouvoir actuel. Le programme fiscal de Jacques Attali En attendant le chiffre de la croissance, aussi suspect soit-il, est une très bonne nouvelle pour le Président de la République qui entend en tirer le maximum de bénéfices auprès de l'opinion publique. C'est une moins bonne nouvelle pour tous ceux, qui autour de lui l'incitent à mener une politique de rigueur. Claude Guéant a prévenu Nicolas Sarkozy que la Commission Attali se préparait à accoucher dans la douleur d'un plan de rigueur sur tois ans où les hausses d'impôt représenteraient environ 40 % de l'effort à mener, avec des mesures comme le possible relèvement des droits de succession et la suppression du bouclier fiscal. A l'Elysée on se prépare à faire monter au créneau des personnalités indiscutables, voire même DSK s'il le faut, afin de disqualifier tout recours à l'arme fiscale. Autre satisfaction pour le gouvernement à quelques mois du premier G20 animé par la France, la chute spectaculaire du taux de rendement des emprunts d'état, passé cette semaine en dessous de 2,70 %, qui souligne la confiance des investisseurs à l'égard de la dette française. Du côté des marchés, on se fait moins d'illusions et l'on sait bien que cet engouement soudain pour tous les emprunts d'état (US, Allemagne, France) reflète surtout une aversion au risque boursier, et doit être mis en parallèle avec le repli des indices. Des résultats semestriels encore satisfaisants Du côté du monde des affaires, on se prépare à une nouvelle salve de résultats semestriels d'ici une semaine. Selon ce qu'attendent les analystes, la tendance reste favorable avec sur l'ensemble du CAC 40 un quasi doublement des profits au cours des six premiers mois de l'année. Mais, les analystes et les investisseurs ont pris le soin de relativiser ces performances dégagées par une forte réduction des coùts et un développement des exportations favorisé par la baisse de l'euro. Celle-ci devrait désormais prendre un assez net coup d'arrêt et c'est le billet vert qui devrait repartir à la baisse après la décision de la Fed de faire tourner à nouveau la planche à billets. Car aujourd'hui sur l'ensemble de la planète, ce sont les Etats-Unis qui sont devenus le point d'interrogation des prochains mois. Un trou noir amplifié par l'incertitude des élections de mid-term. Un nouveau mécène pour Libération Pour revenir à la France, la rentrée sera très active du côté des médias. Patrick de Carolis vit sa dernière semaine à la tête de France Télévisions. La manière dont son successeur va réorganiser le groupe sera suivie de très près par l'Elysée, notamment du côté de l'information à France 2 et France 3. Le rôle de David Pujadas pourrait se trouver accru. Autre changement attendu : le capital de Libération où un ancien professionnel de l'immobilier devrait apporter 12 millions d'euros en fonds propres, sans pour autant qu'Edouard de Rothschild se retire. C'est Guillaume Hannezo qui règle les derniers détails de ces changements. Enfin le grand tournant sera pour Le Monde, où les discussions menées par les nouveaux acquéreurs avec Louis Schweitzer, Eric Fottorino et David Guiraud se poursuivent. Le trio acheteur s'attend à une tentative de coup de force de Lagardère autour de la mi-septembre. Idem pour Prisa. Tous les deux vont en effet se retrouver totalement dilués dans le nouvel ensemble. Tout se met donc petit à petit en place pour une rentrée pleine d'inattendus et où l'improvisation aura beaucoup moins de place.
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