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Catastrophe : l'Allemagne explose les compteurs et l'Euro remonte !
par Yves de Kerdrel

Alors que le scénario d'un double plongeon apparait de plus en plus probable aux Etats-Unis, l'Allemagne publie des statistiques impressionnantes qui font remonter l'euro et handicapent les autres pays du vieux-Continent. Ce qui laisse augurer d'une rentrée économique plus dure que prévu à l'intérieur de l'hexagone.
01/08/2010 - 08:56 Temps Lecture 5 mn.
L'actualité sur les marchés a été dominée cette semaine par les très nombreuses publications de résultats semestriels qui ont relégué au dernier plan l'affaire des stress-tests. Toutes les sociétés du CAC 40, ou presque, ont affiché des comptes intérimaires magnifiques tant en termes de marges qu'en termes de résultats nets. Mais cela n'a eu strictement aucun effet sur le marché. Bien sûr certaines actions en ont profité, comme France Telecom, Schneider ou Alcatel. Mais le CAC 40 est resté globalement de marbre, alors qu'entre les résultats des stress-tests et la publication des chiffres semestriels, il avait assez de raisons pour repartir à la conquête des 3.800 points. Les résultats progressent, car les coûts baissent Le problème, c'est qu'à bien les regarder beaucoup de ces résultats semestriels cachent une situation de fond qui n'est pas saine pour les entreprises. Si leurs marges augmente, c'est parce qu'elles ont serré les coûts comme jamais, et non à cause d'une envolée du chiffre d'affaires ou des prix de vente (à part Rhodia). Si leurs résultats affichent une croissance à deux chiffres par rapport au premier semestre 2009, c'est parce que celui-ci avait été calamiteux. L'effet de base est donc très favorable. C'est bien la raison qui a amené la plupart des dirigeants de sociétés à modérer les espérances sur le second semestre. A part Danone, qui a été aussitôt sanctionné. Les patrons du CAC 40 restent globalement très prudents sur la seconde partie de l'année, en dehors de ceux qui sont bien implantés en Allemagne, comme c'est le cas pour Saint-Gobain. Pas d'effet déflationniste pour l'instant en Allemagne Car l'Allemagne est la vraie bonne surprise de ce premier semestre. C'est elle dont les comptes intérimaires sont le plus surprenant. La hausse de l'indice Ifo a été la plus forte depuis vingt ans. La balance commerciale a de bonnes chances de repasser devant celle de la Chine en termes d'excédent cette année. Le chômage est au même niveau qu'avant la crise de 2008, y compris celui des jeunes. Et le plan de rigueur d'Angela Merkel ne produit pas d'effet déflationniste, comme certains le redoutaient. Si bien que les comptes publics vont aller en s'améliorant. Evidemment, les performances allemandes sont deux fois bonnes pour celles de la classe européenne. D'abord parce qu'elles tirent à la hausse les statistiques de la zone Euro. Ensuite et surtout, parce que la dynamique de l'économie allemande rejaillit sur ses principaux fournisseurs. Elles ont tout de même un gros inconvénient, c'est qu'elles entrainent un fâcheux rebond de l'euro au dessus des 1,30 dollar, au moment même où les chiffres de l'économie américaine sont moins bons que prévu (comme nous le laissions envisager dans ces colonnes il y a deux semaines). Les Etats-Unis à la recherche de la croissance perdue L'Oncle Sam semble véritablement enlisé dans un brouillard épais marqué par une atonie de la consommation, comme les américains ne nous y ont jamais habitué, et une forte dégradation de la balance commerciale. De manière étonnante, seul l'investissement progresse, aidé en cela, par le plan de relance et les 400 milliards de dollars qui y sont consacrés cette année. On comprend dans ces conditions pourquoi le conseil d'administration du FMI a recommandé il y a quelques jours la mise en place de nouveaux "stimuli", allant ainsi dans le sens du conseil de la Réserve Fédérale et contre les indications de Jean-Claude Trichet ou... de l'économiste en chef du FMI. Le même FMI a décerné un bon point à François Baroin, il y a deux jours, confirmant la prévision officielle d'un déficit budgétaire de 6 ou 6,1 % cette année. Au moment où le Ministre du Budget s'apprête à rejoindre le calme et la sérénité de la Creuse pour y préparer la mouture finale du projet de loi de finances pour 2011, c'est là un élément rassurant. D'autant plus que les rumeurs enflent sur une dégradation de la note de la France courant octobre, au vu de la discussion budgétaire et de la version finale de la réforme des retraites. Il est désormais fort probable que la France ne terminera pas l'année 2010 avec son Triple A. Un dernier conseil des ministres sur la rigueur Cette dégradation intervenant peu après le probable changement de gouvernement, et au moment où Nicolas Sarkozy prendra en mains le G 20, n'est pas encore certain. Le fait que les agences de notation laissent planer le doute pourrait inciter les ministres concernés à faire preuve de davantage de rigueur dans la préparation du budget, et à assumer cette rigueur, comme l'a fait François Fillon. "C'est sur ce thème de la rentrée économique et sociale que devrait insister le Président de la République au cours du dernier conseil des ministres", avant les vacances, mercredi 3 août, nous confie-t-on dans son entourage le plus proche. Le Chef de l'Etat n'est pas mécontent d'avoir relégué au dernier plan de l'actualité estivale l'affaire Bettencourt, de même que la réforme des retraites, et d'avoir replacé le débat sur le terrain sécuritaire, à la suite des drames de Grenoble. Certains y voient là une chance de plus pour Jean-Louis Borloo de devenir premier ministre, de manière à recentrer la posture gouvernementale. Mais à l'Elysée, tant Henri Guaino que Claude Guéant prêchent pour une nomination de Michèle Alliot-Marie. Tout cela rend le climat détestable entre Matignon et l'Elysée où les deux locataires ne se parlent plus à nouveau, depuis une dizaine de jours. Il reste à espérer que les vacances fassent du bien à tout le monde. Même si le Cap Nègre sera aussi bouillonnant d'activités et d'allées et venues pendant trois semaines que l'Elysée en temps normal !
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