éditorial
Une semaine qui s'annonce décisive pour l'économie mondiale et les marchés
par Yves de Kerdrel
Jamais autant de risques ne se sont trouvés réunis au même moment à différents endroits de la planète. Tout cela dans un environnement anxiogène pour l'économie mondiale et trois ans exactement après la première crise des subprimes.
18/07/2010 - 09:23

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Ce sont des fuites savamment organisées qui ont laissé entendre samedi 17 juillet que KBC et surtout la très fragile Dexia avaient passé sans difficulté les tests de résistance mis en place par les régulateurs européens. Bien sûr, on ne sait rien d'autre, ni de la méthodologie employée, ni de la précision de ces stress-tests. Ceux qui ont laissé fuité ces résultats n'avaient qu'une idée en tête : calmer l'inquiétude qui monte avant le 23 juillet, date officiellement retenue pour la publication des verdicts.
Dés mercredi 21 juillet, Jean-Claude Trichet, qui aura sur son bureau les résultats de l'ensemble des tests de résistance menés auprès de plus de 90 établissements européens, réunira les régulateurs nationaux, afin d'harmoniser le " message " qui sera diffusé auprès de la communauté financière. Certes, chacun a pris conscience que ces tests étaient menés selon une méthodologie plutôt complaisante. Certes, chacun trouve cela curieux que la publication des tests soit laissée à la seule appréciation des régulateurs nationaux ; ce qui empêchera des comparaisons entre établissements. Certes, beaucoup s'étonnent que la France ne veuille pas faire apparaître l'importance des créances souveraines dans le bilan de ses banques. Néanmoins, tout est mis en ?uvre afin que cette opération de " communication " soit la plus efficace possible.
Le spectre de la déflation hante les américains
Le problème, c'est que tout cela intervient à un moment où le climat des affaires change de manière radicale, notamment outre-Atlantique. Pour la première fois les membres de la Fed ont évoqué la semaine passée l'hypothèse d'une "déflation." Ce qui n'est pas rien dans la bouche d'une institution qui doit garantir la croissance, avant même la stabilité des prix. Les trésoreries des entreprises sont tendues comme jamais elles ne l'ont été, souligne-t-on à la Banque de France. Et le commerce mondial semble marquer un nouveau trou d'air, comme après l'affaire Lehman.
C'est pourquoi la publication de l'indice IFO des affaires en Allemagne sera regardé avec la plus extrême attention cette semaine, bien qu'il tiendra compte en partie d'un euro légèrement déprécié. Car le problème qui s'ajoute à tout le reste, c'est la remontée de la monnaie européenne, ou plutôt son mouvement de balancier à la faveur d'un dollar qui pâtit des mauvais indicateurs américains. Et cela, dans un contexte, où les chinois semblent avoir décidé de ne plus acheter d'euros pour le moment, bien qu'ils aient souscrit à de la dette espagnole.
L'été boursier sera au mieux maussade
On comprend dans ces conditions que la part de cash dans les portefeuilles des gérants internationaux continue de s'accroître pour approcher désormais les 4,5 %. Bien sûr le marché est loin d'être suracheté. Bien sûr les mouvements sur l'or restent intenses, ce qui témoigne d'une forte aversion au risque. Mais rien ne peut empêcher la plupart des places internationales de connaître un été maussade, surtout si les publications de résultats émanant des groupes américains restent aussi décevantes que la plupart de celles qui sont déjà intervenues.
Côté politique, si la plupart des décideurs ont été rassérénés par l'intervention du Chef de l'Etat, personne n'ose croire que l'affaire Woerth-Bettencourt est complètement circonscrite. De l'avis d'une des principales membres du gouvernement, l'ambiance du dernier Conseil des Ministres était mortifère. Personne n'écoutait le point diplomatique fait chaque semaine par Bernard Kouchner, car chacun sait qu'il ne sera plus là à la rentrée. La séance avait beau être historique à cause de la présentation du projet de réforme des retraites, elle n'a duré que cinquante minutes, montre en main.
Qui pour s'occuper de la dépendance ?
" Qu'est-ce qu'on va devenir ? " nous questionnait cette ministre quelques heures plus tard, paniquée à l'idée des deux années qui restent à s'écouler avant la prochaine présidentielle. C'est oublier qu'en ouvrant le chantier de la dépendance, comme WanSquare avait été le premier à le révéler dimanche dernier, le président de la République s'est offert la possibilité de terminer son mandat sur un sujet intergénérationnel, non clivant et capable de transcender toutes les opinions. Reste à trouver le ministre capable de mettre ce sujet en place. A l'Elysée on juge qu'il n'y en a qu'un seul : c'est Xavier Bertrand. Mais le Président a trop besoin de lui au parti et pour la campagne de 2012. A moins qu'il trouve une autre solution. Ce sera le principal sujet de ses devoirs de vacances.
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