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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Quand le front politique se calme et le front économique se déteriore
par Yves de Kerdrel

L'Elysée reprend progressivement la main après le tumulte des affaires. Mais le discours sur la rigueur de François Fillon reste très attendu. Surtout à un moment où la situation espagnole et portugaise fait monter l'angoisse sur les marchés.
04/07/2010 - 10:03 Temps Lecture 5 mn.
Nicolas Sarkozy peut se féliciter de n'être jamais sorti de sa réserve pendant tout le vacarme de "l'affaire Bettencourt". Il a laissé Eric Woerth se défendre avec une capacité de résistance qui force l'admiration. Il a fait monter au créneau ses conseillers les plus proches et ses ministres les plus fidèles. En sachant bien qu'in fine, cette pseudo affaire "familiale, fiscale et mondaine" ne déboucherait sur rien de concret. Aujourd'hui il ne sort plus dans la presse que des témoignages anonymes. Et le feu commence à s'éteindre de lui-même. Ce qui va permettre à Eric Woerth de reprendre la défense de son projet de réforme des retraites. Sur le front politique, l'horizon devrait donc commencer à s'éclaircir, d'autant plus que les élus vont commencer à passer plus de temps dans leur circonscription. Martine Aubry a été très chahutée, Rue de Solférino, pour avoir attaqué Eric Woerth de manière très violente dans les médias. Et la sortie de Ségolène Royal au 20 h de TF1 a fini de discréditer l'opposition sur ce sujet. D'autant qu'elle a révélé à quel point les deux femmes vedettes du Parti Socialiste étaient reparties dans une "course à l'échalote". A l'Elysée, après avoir il est vrai passé quelques mauvaises journées à organiser la défense d'Eric Woerth, en complément des conseils donnés à l'intéressé par Anne Meaux, on souffle donc désormais. Et l'on commence à mesurer l'intérêt qu'a le Président de la République d'intervenir le moins possible. Le syndrôme des Berlutti de Roland Dumas Ce dernier n'est donc monté au créneau qu'une seule fois la semaine passée pour fustiger les cigares de Christian Blanc, à 12.000 euros. Car il sait que ces petites affaires là font beaucoup plus de dégât dans l'opinion que les "affaires Bettencourt" auxquelles personne ne comprend plus rien. La gauche a perdu une élection à cause des chaussures Berlutti de Roland Dumas à 12.000 francs. Et le Président de la République veut à tout prix éviter que cette affaire de cigares colle à la peau de son gouvernement. C'est pourquoi il s'est montré si sévère avec l'ancien président d'Air France. C'est pourquoi, ce dernier est assuré de sortir du gouvernement à l'automne prochain, en dépit de ses liens avec des obédiences dont Nicolas Sarkozy va pourtant avoir besoin pour 2012. Pendant ce temps, François Fillon, qui entretient toujours avec le Chef de l'Etat de très mauvaises relations (seuls Claude Guéant et Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet du Premier Ministre se parlent chaque jour, pour maintenir le lien entre l'Elysée et Matignon) se prépare à monter au créneau devant les parlementaires sur le thème de la maîtrise des finances publiques. Le chef du gouvernement sait qu'il a une forte légitimité en la matière (à cause de sa petite phrase de l'été 2007 sur la France en situation de faillite). S'il ne fait plus de doute que le gel des salaires (hors augmentations indicielles) dans la fonction publique sera une des mesures phares de son plan de réduction de déficit, il n'a pas encore reçu le feu vert de l'Elysée sur ce sujet. Car Raymond Soubie préfèrerait que ce sujet soit abordé une fois la réforme des retraites votée, et une fois passée la grande journée d'action du début septembre. De toutes manières son discours aura une tonalité très sévère. D'autant plus que chacun sait bien que le programme de réduction des déficits donné à Bruxelles en février dernier ne tient déjà plus la route, faute d'une croissance suffisante. A la recherche de la croissance disparue La vraie question qui taraude l'Elysée, Matignon et Bercy aujourd'hui porte sur l'absence de croissance. Une absence qui se manifeste en France bien sûr en dépit des derniers effets du plan de relance, en dépit des efforts faits par les banques en matière de distribution de crédit, en dépit de taux historiquement très bas, et en dépit d'un discours politique très volontariste (cf : le grand emprunt). Invité d'un récent déjeuner avec certains des adhérents du mouvement patronal Ethic, que préside Sophie de Menthon, Xavier Bertrand a pu constater à quel point les chefs d'entreprise présents ne voyaient poindre aucun signe de reprise. La stérilisation des liquidités bancaires due à l'aversion au risque de la part des grands établissements européens, et au dysfonctionnement du marché de l'argent au jour le jour constitue un vrai problème. Et beaucoup s'étonnent que Christine Lagarde reste totalement absente de cette problématique. A l'inverse elle s'est récemment félicitée que "sa" taxe bancaire puisse rapporter un milliard d'euros. Ce qui reviendra à retirer 12 milliards d'euros du circuit économique. De son côté Jean-Claude Trichet jette un regard très dur sur la France, et surtout sur la manière dont le secteur privé est petit à petit étouffé, par l'importance des dépenses publiques. Si le président de la BCE ne croit pas à une "faillite" de l'Espagne et du Portugal au cours des mois qui viennent, il montre tout de même une certaine inquiétude sur la solidité de certaines banques européennes, que la publication des stress-test dans trois semaines environ, lèvera ou pas. Ce facteur d'incertitude va encore peser pendant une vingtaine de jours sur les marchés. Voire plus, si ces tests font apparaître que certaines banques ont besoin de davantage de fonds propres. Ce sont déjà les banques et les assureurs qui ont tiré les indices à la baisse au cours des dernières séances. Et il n'y a, hélas, aucune raison pour que ce mouvement s'arrête.
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