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Quand le rabotage des niches fiscales s'avère plus complexe que prévu
par Yves de Kerdrel

François Fillon souhaite un rabotage aussi large que possible, alors que l'Elysée ne veut surtout pas toucher à toutes les niches qui concernent directement l'emploi. De la maison familiale de Creuse, François Baroin a du mal à établir un consensus.
08/08/2010 - 09:29 Temps Lecture 5 mn.
Nicolas Sarkozy respire. Du Cap Nègre il a pris connaissance du sondage IFOP-Le Figaro qui plébiscite largement ses déclarations récentes sur la déchéance de nationalité ou ses initiatives sur les Roms. Le fait que 62 % des français qui se disent de gauche approuvent la politique sécuritaire du gouvernement a coupé net les jambes et le bec de l'opposition. Et ce n'est pas la tribune ridicule de Bernard-Henri Lévy, dans Le Monde, qui est de nature à faire basculer l'opinion de nos concitoyens. Si bien qu'aux premiers jours de ses vacances, le Président voit s'éloigner le spectre d'une affaire Woerth-Bettencourt dont chacun prend conscience qu'elle a été "surjouée" par les socialistes. Il savoure l'approbation par Dominique Strauss-Kahn de la réforme des retraites qui va considérablement gêner les socialistes avant leur université d'été. Et il enregistre enfin un léger sursaut dans les sondages. Seules ses relations avec François Fillon restent tendues. Mais selon son entourage, le Président n'a encore pris aucune décision sur son éventuel remplacement, d'autant que beaucoup de ses visiteurs l'assurent que cela ne changera rien au score de la présidentielle, compte tenu du rôle mineur joué aujourd'hui par le locataire de Matignon. Rappel à l'ordre pour Christine Lagarde Le principal sujet de préoccupation désormais, c'est le budget. Matignon continue de plaider pour un rabotage maximal des niches fiscales. Mais Nicolas Sarkozy ne veut pas toucher à celles qui concernent l'emploi. Christine Lagarde l'a appris à ses dépens après son interview de la semaine passée aux Echos dans laquelle elle laissait la porte ouverte à une remontée du taux de TVA sur les travaux dans les habitations (5,5 %). Elle a eu le droit à un coup de fil un peu sec de Claude Guéant, qui lui a par ailleurs rappelé que ce domaine relevait de François Baroin. A peine arrivé dans la maison familiale que le clan Baroin possède dans la Creuse, le ministre du budget a repris ce dossier des niches fiscales, qu'il sait très difficile en raison du rôle joué par les lobbies lors de la discussion parlementaire. La suppression du crédit d'impôt sur les achats de résidences principales et leur remplacement par un élargissement du prêt à taux zéro ne généreront au final qu'une économie de 200 millions d'euros. La réduction d'impôt sur les emplois à domicile sera évidemment sauvegardée, de même que les allègements de charges salariales sur les différents SMIC. En revanche seraient concernées au premier chef toutes les déductions fiscales destinées aux gros revenus (outre-mer, cinéma, dispositif Scellier,...) Les marchés ne croient plus à la perte du triple A Une bonne nouvelle tout de même dans la préparation de ce projet de loi de finances pour 2011, c'est le niveau du rendement des emprunts d'état qui a atteint vendredi son plus bas historique à 2,78 %, alors qu'il y a deux mois, il se situait encore à 3,10 %. Cela signifie d'une part que la charge d'intérêts qui constitue le troisième poste budgétaire ne devrait pas trop augmenter en dépit de l'accroissement de la dette publique. Cela signifie aussi que les marchés ne croient pas, pour l'instant, à une dégradation de la note de la France au cours des mois qui viennent. D'une certaine manière, c'est là un gage de sérieux accordé au travail de François Baroin et de Philippe Josse, le Directeur du Budget qui devrait être remplacé dans quelques mois par Jean-Luc Tavernier, l'ancien directeur de cabinet d'Eric Woerth, aujourd'hui adjoint de René Ricol au Commissariat Général à l'Investissement. Du côté de la conjoncture, l'horizon est moins clair avec d'une part les Etats-Unis qui continuent de détruire des emplois, qui scrutent, sans la voir, une reprise de la consommation et dont les résultats des entreprises restent mitigés. Et d'autre part la remontée de l'euro qui handicape notre balance commerciale. A tel point que Nicolas Sarkozy prévoit un discours très offensif à destination des ambassadeurs pour la traditionnelle conférence de rentrée. D'autant que David Cameron a récemment envoyé aux ambassadeurs britanniques, un message très clair leur signifiant qu'ils devaient être d'abord à la disposition des entreprises du pays. Un message relayé par William Hague et attendu depuis longtemps par le CBI, l'équivalent anglais du Medef. A tel point que Richard Lambert, l'actuel directeur général du CBI, et ancien éditeur du Financial Times, pourrait être nommé dans les prochains mois ambassadeur en Inde. Toujours des remous autour de Lagardère Cette remontée de l'euro n'a pas empêché une bonne tenue de l'indice CAC 40 au cours des dernières séances. Il faut dire que le marché bruisse de plus en plus de rumeurs d'opérations financières. L'offensive menée par Sanofi en est le signe le plus évident. Mais d'autres grands groupes seraient à l'affût d'acquisitions y compris en Europe. Par ailleurs on reparle beaucoup du groupe Lagardère qui semble faire l'objet d'importants achats spéculatifs liés à la perspective d'un démantèlement. Tout cela alors que le conglomérat devrait se trouver fragilisé dans les semaines qui viennent par le départ probable d'Alexandre Bompard, le patron d'Europe 1, qui n'a plus aucun contact avec Arnaud Lagardère. Autre rumeur persistante, celle d'une opération financière au sein du groupe Burelle (Plastic Omnium). Le cours de cet équipementier automobile a retrouvé ses niveaux d'avant-crise. Et la famille fondatrice cherche à simplifier ses structures de contrôle. Autant dire que sans connaître un rally d'été, le CAC 40 devrait continuer d'osciller entre 3.650 et 3.800 points au cours de la semaine qui sera, sans aucun doute, la plus creuse de l'année.
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