éditorial
Une grève qui ne sert à rien, un ministre en sursis et un président en repli
par Yves de Kerdrel
Nicolas Sarkozy ne soutient plus que du bout des lèvres son Ministre du Travail, contre lequel le sort s'acharne. Cela n'empêchera ni la grève d'être dure, ni le parlement d'avaler, aussi vite que possible, les 700 amendements au projet de réforme des retraites.
05/09/2010 - 08:51

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Il y a une semaine c'était tranché : le remaniement aurait lieu en novembre prochain, puisque rien ne nécessitait une précipitation particulière. C'est du moins ce qu'avaient conclu François Fillon et Nicolas Sarkozy, lors de leur entretien en tête à tête à Brégancon. Mais c'était sans compter qu'en l'espace de quelques jours, le climat deviendrait aussi insoutenable à l'intérieur de la majorité.
Se sachant désormais libre comme l'air, puisqu'il ne sera pas reconduit à son poste, le Premier Ministre n'hésite pas à prendre ses distances avec les postures du Président de la République. Surtout en matière de sécurité, qui n'a jamais été son terrain de prédilection, lui le gaulliste social, le séguiniste, et le représentant de la force tranquille. De surcroit "il a désormais des entretiens bilatéraux avec certains de ses ministres, au cours desquels il n'a plus à faire passer le message élyséen" comme nous l'a expliqué un membre du gouvernement, qui a été convoqué à Matignon il y a quelques jours, pour une discussion, a priori, technique.
JEAN-FRANCOIS COPE RONGE SON FREIN
François Fillon espère désormais récupérer les clés du parti, d'autant plus que Xavier Bertrand, qui n'arrive pas à faire rentrer de nouveaux adhérents, voudrait bien reprendre les attributions d'Eric Woerth et mener la réforme de la dépendance sur laquelle il a déjà beaucoup travaillé. François Fillon à l'UMP, c'est une arme à double tranchant. D'un côté cela permet d'éviter que Jean-François Copé, qui ronge son frein, ne gagne un peu plus de terrain auprès des cadres de l'UMP. De l'autre coté, c'est confier à quelqu'un de très populaire les clés de l'appareil politique qui sera utile dans dix-huit mois, pour l'élection présidentielle.
C'est bien la raison pour laquelle Bruno Le Maire, François Baroin, Christian Jacob et Jean-François Copé ont publié, samedi, dans le Figaro, une tribune dans laquelle ils affirment que "notre famille n'a rien à craindre des débats publics." Histoire de dire que, primo, il n'est pas question d'attribuer la tête du Parti à François Fillon, et secundo qu'il est encore moins envisageable de faire rentrer Bernard Accoyer au gouvernement, afin que le Premier Ministre hérite du perchoir. C'est dire si les couteaux sont sortis pour barrer la route de 2017 à François Fillon.
Toujours est-il qu'à Matignon, les changements se préparent à grande vitesse. Cette semaine, le Premier Ministre sera présent, naturellement, à l'Assemblée, pour soutenir Eric Woerth, victime probable des lazzis de l'opposition. Le 17 septembre, il remettra à l'Hotel de Matignon, devant un parterre de cinq cents chefs d'entreprise, le Prix de l'Audace Créatrice, que préside Marc de Lacharrière. L'an passé, pour la même occasion, le Président de la République avait pris ombrage de cette manifestation. Il avait donc convoqué son premier ministre en présence de Claude Guéant pour lui faire rectifier son discours à la dernière minute.
FRANCOIS BAROIN, EN PISTE POUR MATIGNON
Cette année, le locataire de Matignon entend bien user de toute sa liberté retrouvée pour adresser un message très tonique aux forces vives de la nation. Pendant ce temps François Baroin, qui apparaît désormais, comme le favori - et de loin - dans la course à la succession, a fait une première bourde cette semaine en parlant de hausse d'impôts pour 2013. Ce qui a été aussitôt rectifié avec une joie non dissimulée par Christine Lagarde, qui voit avec angoisse le moment où elle devra obéir à ce Premier Ministre qui n'est aujourd'hui que Ministre du Budget.
Dans les cabinets, les mouvements se préparent aussi activement. Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de François Fillon, vise effectivement la présidence de la RATP, que pourrait abandonner Pierre Mongin pour aller chez Eiffage, à la demande de la Caisse des Dépôts, actionnaire du groupe à travers le FSI, et par ailleurs co-actionnaire du Viaduc de Millau. Alexandre de Juniac, à l'économie, est également partant. De même que Jacques Le Pape, le directeur de cabinet adjoint. Quant à l'hypothèse de l'arrivée de Pierre Mariani à l'Elysée, elle se précise de plus en plus, en dépit d'une nouvelle restructuration en cours chez Dexia.
DIDIER MIGAUD EN EMBUSCADE
Du côté de l'économie, le Président a pu souffler la semaine passée avec des chiffres du chômage corrects sans être satisfaisants. La grande interrogation reste le spectre de la disparition de la note Triple A attribuée à la dette du pays. Des rendez-vous sont prévus à Bercy pour les semaines à venir avec les représentants des agences de notation, qui examineront avec les hommes du Trésor la faisabilité du projet de loi de finances. Car d'ores et déjà le chiffre d'une croissance de 2 % sur lequel sera établi ce budget, n'est pris au sérieux par personne. Et Didier Migaud, le nouveau président de la Cour des Comptes a fait savoir cette semaine, à quelques proches, qu'il monterait au créneau sur les hypothèses économiques retenues, s'il les juge fantaisistes.
Les investisseurs restent pour leur part préoccupés par la bulle obligataire qui a transformé les obligations d'état en refuge anti-risques. Le taux de rendement des emprunts d'état à dix ans est désormais proche de 2,45 % pour la France. Ce qui n'a jamais été vu. La situation est identique aux Etats-Unis. Et comme elle ne peut être expliquée ni par la bonne tenue des économies concernées ni par la bonne gestion de leurs finances publiques, la seule conclusion qui s'impose, c'est le spectre de la déflation.
D'ores et déjà outre-Atlantique on constate un changement profond dans le comportement des consommateurs. Cela se lit notamment dans les chiffres d'utilisation des cartes accréditives de Wal Mart que gère General Electric. Les chiffres au 30 septembre seront, dit-on déjà, impressionnants. De quoi tirer à nouveau à la baisse les taux des obligations d'état... mais surtout, la valeur de l'ensemble des actions.
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