éditorial
Comment François Fillon a effacé le souvenir de Brégançon
par Yves de Kerdrel
L'actuel Premier Ministre est désormais presque certain d'être reconduit afin de "garder le cap". Ce qui évitera un changement de politique, et qui permettra aux cabinets ministériels de sortir de six mois de paralysie complète.
07/11/2010 - 09:51

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Comme WanSquare l'avait laissé entendre, à l'occasion du précédent éditorial dominical, la cote de François Fillon est nettement remontée cette semaine à l'Elysée. En fait comme l'explique un proche du Chef de l'Etat : " Nicolas Sarkozy a gardé un très mauvais souvenir de l'entretien en tête-à-tête de Brégançon, à la fin de l'été, au cours duquel le Premier Ministre a expliqué qu'il était tout à fait prêt à se retirer sur l'Aventin, sans même exiger un lot de consolation, comme la Présidence de l'UMP, ou le Perchoir ". D'une part, le Président de la République aime que l'on se batte pour des postes, et que l'on montre une envie de s'accrocher. D'autre part, il a compris qu'un François Fillon, retiré dans son manoir de Sablé sur Sarthe, et dénué de toute responsabilité, deviendrait encore plus populaire, au point d'être une sorte de recours incontournable pour une droite en déroute.
Bien sûr il y a toujours Claude Guéant qui explique à Nicolas Sarkozy que c'est un grand danger que d'arriver à la présidentielle avec un premier ministre installé à Matignon depuis cinq ans, comme ce fût le cas pour Valéry Giscard d'Estaing avec Raymond Barre. Mais les trois sondages successifs publiés ces derniers jours et montrant, tous les trois, que Jean-Louis Borloo était à la fois peu populaire à droite, peu rassembleur au centre semblent avoir fini de convaincre le Président de la République que le meilleur Premier Ministre après François Fillon serait encore François Fillon.
ACTE DE CANDIDATURE
Le message a donc été communiqué en début de semaine dernière à Matignon, qu'il serait bienvenu que François Fillon efface le mauvais souvenir de Brégançon en faisant officiellement acte de candidature pour son propre renouvellement. Le Premier Ministre s'est donc exécuté dans la foulée, pendant que Jean-Louis Borloo échauffait les esprits de ses amis centristes. Et la guerre entre les deux candidats déclarés à Matignon va se poursuivre dés demain, puisque François Fillon a prévu de se rendre en banlieue pour y faire un point sur la politique de la ville, thème où Jean-Louis Borloo revendique une certaine légitimité. Mais pour les initiés, les jeux semblent désormais faits, depuis la dernière entrevue en tête-à-tête entre François Fillon et Nicolas Sarkozy qui a permis d'établir les modalités d'un nouveau bail.
Il n'en reste pas moins que, dans les cabinets ministériels cette attente paralyse toute action politique, et exacerbe les tensions. Il y a une quinzaine de jours, à l'occasion du début de la discussion budgétaire à l'Assemblée Nationale, Christine Lagarde qui devait intervenir devant les députés juste avant François Baroin, a fait demander à ce dernier une copie de son discours, comme le veut la tradition. Le cabinet du Ministre du Budget a refusé tout net. Quant à Jean-Louis Borloo, depuis qu'il sait que ses chances ont été réduites à néant, il "sèche" l'essentiel des rendez-vous-gouvernementaux.
LAGARDE FAIT DE LA RESISTANCE
Malgré tout, selon certaines informations en provenance de l'Elysée, Christine Lagarde ne cesse de se battre pour rester à Bercy. Elle ne semble en rien tentée par le Quai d'Orsay, même si l'on y accole le G 20 et le commerce extérieur. Elle a récemment plaidé sa cause, auprès de Claude Guéant, estimant que la France avait trop souffert dans le passé d'une valse incessante des Ministres de l'Economie. Mais pour la plupart de ses proches les dés sont d'ores et déjà jetés, et elle seule peut remplacer Bernard Kouchner, d'autant plus que Nicolas Sarkozy a promis la totalité de Bercy à François Baroin. C'est une des raisons pour lesquelles Alexandre de Juniac, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, surveille de très près le processus de sélection pour le remplacement d'Anne Lauvergeon à la tête d'Areva, poste qu'il reprendrait bien, compte tenu de son expérience en matière de grands contrats à l'export, acquise chez Thalès.
APRES OU AVANT LISBONNE ?
Une chose est désormais acquise, c'est l'attribution de la direction de l'UMP à Jean-François Copé. Xavier Bertrand, l'actuel patron du parti devrait le confirmer de manière implicite, ce soir sur I-Télé. Copé a obtenu gain de cause, en faisant valoir ses projets et sa boîte à idées. Son idée n'est pourtant pas de faire de son Club Génération France, le rédacteur du projet présidentiel en 2012, mais plutôt de réunir tous les think tank de droite, notamment l'Institut Montaigne, la Fondation Concorde, ou la Fondation pour l'Innovation Politique autour de Génération France, afin de faire tomber certaines murailles et de créer de la " fertilisation croisée " en matière de réflexion politique et de propositions pratiques.
Du même coup, Xavier Bertrand reviendra au gouvernement, soit à la tête d'un grand Ministère de la Santé et de la Solidarité, afin de faire la réforme de la dépendance sur laquelle il a déjà beaucoup travaillé, soit à la place de Jean-Louis Borloo, soit à la Défense que visent déjà Alain Juppé, Eric Woerth, Gérard Longuet et Nathalie Kosciusko-Morizet. La jeune Secrétaire d'état à l'économie numérique, qui n'a pas démérité, ni à l'UMP, ni dans son département, ni au sein d'un poste dépourvu de toute administration espère, en tous cas, accéder au rang de ministre.
Reste à savoir quand se déroulera tout ce jeu de chaises musicales. " Il y a un créneau possible juste avant le lundi 15 novembre ", au retour du G 20, estime-t-on à l'Elysée. Mais il n'est pas sûr que tout soit calé à ce moment là. Dans ce cas, le remaniement pourrait intervenir après le sommet de l'Otan à Lisbonne les 19 et 20 novembre prochains et celui de l'Union Pour la Méditerranée attendu à Barcelone les 20 et 21 novembre. Ce qui le situerait autour du mardi 23 novembre. En espérant que d'ici là, la discussion budgétaire aura été bien avancée. De manière à ce que les nouveaux détenteurs de maroquins ne cherchent pas à modifier les crédits qu'ils hériteront de leurs prédécesseurs, pour terminer le quinquennat.
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