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Hollande et Valls préparent le pays à une rentrée difficile
par Yves de Kerdrel

Le gouvernement a pris ses quartiers d’été. Mais ni l’Élysée, ni Matignon n’ont l’esprit tranquille. Car en l’absence d’une reprise économique, maintes fois annoncée, mais toujours imperceptible, la rentrée s’annonce difficile. D’abord sur le front de la conjoncture et donc de l’emploi. Ensuite sur le front budgétaire avec l’impossibilité de tenir les engagements européens. Enfin sur le front politique et social avec une gauche de la gauche et des syndicats qui sont déterminés, cette fois, à se faire entendre.

03/08/2014 - 07:05 Temps Lecture 12 mn.

A la différence de ce qui avait été dit l’année dernière, Manuel Valls a été très clair : les ministres doivent profiter de leurs deux semaines de vacances pour décompresser. Cependant, à l’exception de Christiane Taubira qui repart en Guyane, ils doivent résider à moins de 2 h 30 de Paris. La majorité des membres du gouvernement restera donc dans l'Hexagone. A l’exception de Laurent Fabius, qui part en Tunisie, et de Benoît Hamon qui a prévu de séjourner en Crète. De son côté Ségolène Royal, toujours mystérieuse, pourrait délaisser le Poitou pour la Toscane. Jean-Yves Le Drian, Sylvia Pinel, Arnaud Montebourg et Frédéric Cuvillier seront de retour dans leur fief, en province. Manuel Valls, Aurélie Filippetti et Harlem Désir iront, pour leur part, chercher le soleil en Provence. Quant à François Hollande, il a prévu de fêter son soixantième anniversaire, le 12 août prochain, avec ses enfants, au Pavillon de la Lanterne, dans le Parc du Château de Versailles.

Mais le Chef de l’État n’ignore pas que la rentrée devrait être très délicate cette année. A la veille des vacances, le président de la République a donc tenu à réunir le 1er août un séminaire gouvernemental à l'Élysée. Selon son entourage, il a insisté sur le fait que les vacances marquaient une pause, pas un arrêt. Il a rappelé l'inquiétude et l'impatience qui s'exprime dans la société française. Appelant à faire concret, rapide et ordonné, le président de la République a répété que la priorité du gouvernement devait être l'emploi et la relance de l'activité. Après avoir assuré le 14 juillet que « la reprise était bien là », François Hollande a finalement été contraint de reconnaitre qu'il n'était pas impossible que la croissance puisse encore s'affaiblir.

UN RISQUE DE DEFLATION REEL

Ce que Manuel Valls a formalisé à sa manière à la veille du week-end en déplorant que la croissance soit trop faible « plus faible que prévue ». Alors que le gouvernement tablait sur une hausse de l'activité de 1 % en 2014 puis de 1,7 % en 2015, les résultats devraient se révéler moindres. L'Insee communiquera mi-août ses chiffres sur le sujet, tout comme ceux de l'inflation. Pour la première fois, Manuel Valls a reconnu qu'il existait un risque de déflation réel. Si le gouvernement parie toujours sur les premiers effets du pacte de responsabilité, les économistes eux ne se font plus d’illusion sur les effets d’inerties liés aux baisses de charges qui font que les premiers effets bénéfiques ne devraient pas intervenir avant 2016.

A l’occasion de ce séminaire Manuel Valls a précisé l'agenda pour les mois à venir. Un agenda qui sera complété lors du conseil des ministres de rentrée, le 20 août prochain. Il est déjà établi que deux rendez-vous majeurs, l'un sur l'investissement, l'autre sur l'apprentissage, rythmeront le mois de septembre. Le chef du gouvernement a ensuite présenté les dossiers sensibles qui attendent ses ministres. L'adoption en deuxième lecture par le Parlement de la réforme territoriale représentera un moment décisif, alors que le Sénat a de fortes chances de basculer à droite fin septembre. Le texte sur la transition énergétique et celui sur la lutte contre le terrorisme passeront eux aussi devant les parlementaires. Syndicats et patronat ont prévu, quant à eux, d’ouvrir une négociation sur une réforme des institutions représentatives du personnel et du dialogue social en entreprise. Un sujet qui inclut la question sensible des seuils sociaux.

UNE EQUATION INSOLUBLE

Enfin, la présentation du budget pour 2015, qui devra intervenir avant fin septembre, va concrétiser une nouvelle vague d'économies. Difficile à faire accepter alors que la croissance est en berne. Si le premier ministre n'a pas souhaité abandonner officiellement l'objectif de réduction du déficit public à 3 % du produit intérieur brut pour 2015, il en a tracé le chemin en appelant à l'instauration de « marges de manoeuvre » dans le cadre du pacte de stabilité. Face à l’équation impossible à résoudre des engagements européens, Manuel Valls n’a plus d'autre choix que de se tourner vers Bruxelles. Le Premier Ministre a donc prévu de faire une grande tournée des capitales européennes à la rentrée, en commençant par rendre visite à Angela Merkel à Berlin en septembre afin d’obtenir de nouveaux délais pour la réduction du déficit budgétaire

A gauche, les élus sont nombreux à juger que l’effet Valls est déjà retombé dans l’opinion. Et que les Français n’écoutent plus le président de la République. A la différence de Nicolas Sarkozy, François Hollande suscite une inquiétante indifférence générale. Le sondage Ifop pour Marianne publié en fin de semaine traduit bien ce désarroi des français et cette inquiétude des socialistes. Si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, François Hollande et Manuel Valls seraient l’un comme l’autre éliminés dès le premier tour, avec 17 % des voix.

LA FRANCE ATONE POUR LE CAC 40

De son côté Nicolas Sarkozy continue de consulter, depuis l’étranger où il s’est envolé vendredi avec sa famille. Il parle fréquemment avec François Baroin en qui il a une profonde confiance. De même avec Jean-Pierre Raffarin. Mais aussi de vieux gaullistes comme Antoine Rufenacht, ou des fillonistes comme Gérard Larcher. S’il n’a pas encore pris sa décision pour un éventuel retour, autour de lui, la logistique se prépare. A commencer par la communication qui doit balayer le terrain comme les forces aériennes. Une première carte postale pourrait être envoyée aux français dés la semaine qui vient, murmure-t-on dans son entourage.

Du côté de la conjoncture, les chiffres restent atones. Comme nous le laissions envisager la semaine passée. Au premier trimestre, le PIB de la zone euro a cru de 0,2 % (+0,9 % sur un an) et il devrait encore progresser de 0,3 % selon l’Insee au deuxième trimestre. L’Europe semble s’être stabilisée et va mieux qu’il y a un an, même si la croissance reste fragile et modeste. Les pays du sud vont mieux alors que l’Allemagne a ralenti par rapport au premier trimestre. L’Espagne vient ainsi de revoir à la hausse ses prévisions de croissance pour 2014 et 2015. Quant à l’Allemagne, son marché du travail s’améliore et après trois mois de baisse, les ventes de détails ont augmenté de 1,3 % en juin. Difficile en revanche de voir dans les résultats des entreprises du CAC 40 le retour à meilleure fortune de l’Europe, même si cette amélioration commence à se traduire dans certains secteurs économiques, comme l’automobile.

LE MIRACLE AMERICAIN CONTINUE

A l’avenir, la politique de plus en plus accommodante de la BCE devrait soutenir l’activité, même si la croissance en Europe reste un point d’incertitude mis en avant par la plupart des économistes. Et dans ce contexte la France reste clairement en queue de peloton. Un groupe comme Saint Gobain reconnaît d’ailleurs que la France est en retrait en raison de la contraction du marché de la construction neuve au deuxième trimestre, avec un repli de 2 % des ventes. Seul point positif : la consommation des ménages en biens (c’est-à-dire hors services) a rebondi de 0,9 % en juin, portant la hausse à 1 % sur l’ensemble du deuxième trimestre, a annoncé, ce jeudi, l’Insee. Cette amélioration résulte en fait principalement d’une hausse des dépenses en énergie (+ 3,5 % au printemps). En revanche du coté des stocks, de l’investissement et des exportations, les signaux ne sont pas très encourageants.

De son coté l’économie américaine a continué de créer des emplois en juillet à un rythme solide même s’il a déçu les investisseurs tandis que le taux de chômage est légèrement remonté après l’embellie du mois précédent. Selon les chiffres du département du Travail publiés vendredi, il s’est créé 209.000 emplois en juillet, un net ralentissement par rapport à l’excellente performance de juin qui avait pris de court les analystes. Le taux de chômage s’est établi à 6,2% contre 6,1% en juin. Il faut dire que certains attendaient mieux dans la mesure où l’économie américaine a effectué un rebond spectaculaire au deuxième trimestre.

L’ARGENTINE NEGOCIE TOUJOURS

D’après le Département du Commerce, le PIB a bondi de 4% en rythme annualisé d’avril à juin, à une vitesse supérieure aux attentes de la plupart des conjoncturistes, qui tablaient plutôt sur 3 % en moyenne. Par ailleurs, suite à une nouvelle refonte de ses calculs, le Département du Commerce a revu à la hausse la croissance du premier trimestre. La chute du PIB est en fait moins sévère qu’on ne le pensait : de 2,1 %, et non de 2,9 %. Au total, la croissance, sur le premier semestre, ressort à 0,9 %, ce qui permet d’envisager une progression du PIB de l’ordre de 2 % pour l’ensemble de l’année, sauf accident majeur.

Plusieurs banques, dont JPMorgan, ont entrepris de négocier dés jeudi avec les deux fonds spéculatifs qui ont précipité l'Argentine dans une situation de défaut de paiement après l'échec de tractations mercredi dernier. L'objectif de ces discussions entre les banques et les deux fonds est d'essayer de trouver une solution satisfaisante pour toutes les parties permettant de débloquer la situation. Elles sont encore à un stade préliminaire. L'Argentine avait obtenu un délai de 30 jours qui expirait mercredi pour régler 539 millions de dollars à des créanciers ayant consenti un rabais de 70% sur la valeur faciale de leur dette après le défaut de 2001.Mais un juge américain a bloqué ce paiement en ordonnant à l'État argentin de payer d'abord 1,3 milliard de dollars à NML et Aurelius, deux fonds "vautours". L'une des options évoquées consisterait en un rachat par des banques de cette créance détenue par les fonds de manière à débloquer rapidement cette situation.

LE NOUVEAU PARI DE NIEL

Xavier Niel a, comme d’habitude, créé la surprise en formulant une offre de rachat partielle de T-Mobile US, la filiale américaine de Deutsche Telekom dont la valorisation boursière s'élève à près de 25 milliards de dollars (18,7 milliards d'euros). Iliad propose en fait de racheter 56,6% du capital du quatrième opérateur mobile américain, pour un montant de 15 milliards de dollars (11,2 milliards d'euros). Sur sa route le groupe français pourrait faire face à la concurrence de Sprint, le troisième opérateur mobile américain détenu par le japonais Softbank. Celui-ci n’a jamais caché sa volonté de mettre la main sur T-Mobile, afin de constituer un opérateur capable de rivaliser avec les deux mastodontes du secteur, AT&T et Verizon, qui contrôlent à eux-seuls 70 % du marché américain.

A noter enfin la légère baisse de régime dont souffrent les groupes de luxe. Après LVMH, numéro un mondial du secteur dont le résultat opérationnel a reculé de 5 % au premier semestre, le groupe Kering a publié des résultats très décevants, marqués par un résultat opérationnel en repli de 3,9 % au premier semestre 2014, à 810 millions d'euros pour un chiffre d'affaires en hausse d’à peine 1,5 %. Il faut dire que Gucci, sa marque-phare, a vu ses ventes reculer de 1,1 % sur les six premiers mois de 2014 et sa rentabilité opérationnelle chuter de 5,1 %. François-Henri Pinault continue, pour sa part, de s’éloigner de la France. Locataire à Londres où il a établi sa résidence principale depuis quelques semaines, il viendrait, selon certaines informations circulant outre-Manche d’acquérir une belle maison familiale dans un quartier huppé de la capitale britannique. Il pourra croiser le numéro deux de Schneider qui s’installe à la rentrée outre-Manche, alors que son patron est à Hong Kong.

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