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Yves de Kerdrel
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Hollande tente de sauver son quinquennat en se « chiraquisant »
par Yves de Kerdrel
La pathétique intervention du Président de la République lors du 14 juillet, le déplacement de la plupart des centres de décision à Matignon, un discours centré sur le vieillissement, la santé et les réformes sociétales ajouté à un été fait d’inaugurations et de commémorations placent François Hollande dans les pas de Jacques Chirac. Avec à la clé un terrible immobilisme sur le plan économique
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Il faut chercher très loin pour trouver des personnalités politiques ou syndicales satisfaites de l’intervention présidentielle du 14 juillet. Beaucoup ont été frappés par sa langueur, son manque d’autorité, son incapacité à regarder la situation en face. Le seul élément positif de cet exercice imposé a été sa petite phrase sur le relèvement des seuils sociaux que réclame le patronat depuis des années, et qui avait déjà été recommandé par la Commission Attali. Mais là encore, les propos du chef de l'État sont intervenus six jours après ceux de Manuel Valls qui avait déjà préempté le sujet.
Par ailleurs François Hollande a de nouveau insisté sur l’importance qu’il accordait au Pacte de responsabilité, notamment pour résoudre le chômage. Pourtant de plus en plus d’économistes expriment leurs craintes sur le peu d’effet lié à cette mesure. Cela a été le cas du Haut Conseil des finances publiques ou du FMI. Chiffres à l’appui, la fondation Ifrap confirme ces craintes. Selon les projections de ce think
tank libéral, le pacte de responsabilité générerait un surcroît net de croissance de 0,06 point à 0,3 point de PIB et la création de 60.000 à 80.000 emplois à l’horizon 2017. Autant dire, un impact très limité... Et bien moins qu’attendu par le gouvernement, qui table sur 190.000 emplois créés en 2017 (pour un surcroît de croissance de 0,6 point).
VASTE REMANIEMENT ELYSEEN
Entamé il y a trois mois, le remaniement du cabinet de François Hollande se poursuit, à petites touches. Claude Sérillon vient ainsi de quitter ses fonctions de conseiller à la présidence de la République, mardi 15 juillet, jour où l'ancien secrétaire général adjoint Emanuel Macron organisait par ailleurs son pot de départ. En avril, François Hollande s’est attaché les services, comme chef du pôle communication, de Gaspard Gantzer, ancien porte-parole de Bertrand Delanoë à la Ville de Paris, puis de Laurent Fabius au Quai d’Orsay. Par ailleurs l’Élysée a également entériné le départ de Matthieu Peyraud (G20, enjeux globaux) et Christian Lechervy (Affaires stratégiques et Asie).
A l’inverse un arrêté est venu officialiser l’arrivée comme conseillère économique et financière de Laurence Boone, auparavant chef économiste de Bank of America Merill Lynch. Adrien Abecassis devient conseiller aux Affaires bilatérales européennes, Sophie Martin-Lang responsable des affaires communautaires, Alice Rufo est en charge des sommets internationaux et de l’Asie, Julien Marchal devient adjoint pour l’énergie et le logement et Thomas Mélonion adjoint pour l’Afrique.
FILLON PART EN GUERRE
La droite, pour sa part, se livre toujours à un échange d’amabilités entre ténors de l’UMP, pendant que Luc Chatel travaille sérieusement à la reconstruction du parti et à la préparation du congrès. Pour l’heure, les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy nuisent à sa réputation. Placé en garde à vue puis mis en examen l’ancien président de la république voit sa cote de popularité subir les contrecoups d'un début de mois difficile sur le plan judiciaire. Il enregistre une forte baisse, à 33 %, et perd 7 points en un mois, selon le baromètre Ipsos. L'ancien président passe ainsi de la 10e à la 15e place dans le palmarès des leaders politiques. Cependant, Nicolas Sarkozy reste le préféré des sympathisants UMP (74 %), mais il baisse auprès d'eux également de 7 points. Il est désormais talonné par Alain Juppé (73 %).
C’est l’occasion que François Fillon a choisie pour sortir du bois et attaquer de son front celui avec lequel il a travaillé pendant cinq ans. Dans une interview accordée au journal Le Monde, ce week-end, l’ancien premier ministre n’imagine même pas voir Nicolas Sarkozy prendre la tête de l’UMP : « Plutôt que d’une candidature qui verrouille le débat, l’UMP a besoin d’une candidature d’apaisement, qui ramène de la sérénité et permette d’organiser la primaire dans un climat de confiance, de façon à aboutir à une compétition maîtrisée. Si Nicolas Sarkozy a un projet pour la France, il pourra le confronter aux autres à l’occasion de la primaire. » En revanche il prend un risque certain en se plaçant sur le terrain de l’exemplarité et de la morale, dans la mesure où « des affaires » le concernant pourraient sortir prochainement dans la presse. Notamment eu égard à sa société 2 F Conseil.
COURSE D’OBSTACLE POUR MOSCOVICI
Du coté de l’Europe, si tout change, rien ne change. Et la constitution de la commission Juncker donne l’image d’un terrible exercice anti-démocratique. Au sortir d’un sommet qui s’est conclu mercredi soir par un échec patent à s’entendre sur le casting à mettre à la tête de l’UE pour les cinq prochaines années, les Vingt-huit ont au moins pris une bonne résolution : que chaque pays dévoile le nom de son Commissaire européen d’ici la fin du mois de juillet. Côté français, Pierre Moscovici tient toujours la corde face à Elizabeth Guigou. Mais il lorgne sur le poste de Commissaire aux affaires économiques, celui là même chargé de faire respecter la discipline budgétaire sur le Vieux Continent. Ce scénario est pourtant loin de faire l’unanimité en Europe. En Allemagne, des voix se sont fait clairement entendre pour éviter de donner à un français le rôle de gardien du Pacte de stabilité.
Sur le front de la macro-économie, il convient de noter que l'indice des indicateurs avancés des États-Unis a progressé légèrement moins qu'attendu en juin, reflétant néanmoins le sentiment que l'économie américaine pourrait accélérer au second semestre. Cet indice des perspectives conjoncturelles publié vendredi par l'organisation patronale Conference Board a augmenté de 0,3% le mois dernier après +0,7% en mai (+0,5% en première estimation). Les économistes interrogés par Reuters anticipaient en moyenne une hausse de 0,5%. Les hausses importantes de l'indice des indicateurs avancés ces dix derniers mois signalent une économie en expansion à court terme et qui pourrait même accélérer au second semestre.
UNE BULLE OBLIGATAIRE AUX ETATS UNIS ?
De son coté, James Bullard, le Président de l'antenne de St. Louis de la Réserve fédérale américaine, s'est dit inquiet en fin de semaine de la faiblesse des rendements obligataires qui, selon lui, peut faire craindre la formation d'une bulle.
"Les rendements obligataires sont extraordinairement bas", a-t-il dit lors d'une conférence à Owensboro, dans le Kentucky. L'inflation, a-t-il par ailleurs estimé, semble repartir à la hausse après avoir été étonnamment faible pendant l'année écoulée. James Bullard est l'un des rares responsables de la banque centrale américaine qui prévoit une hausse de taux dès le premier trimestre 2015.
Parmi les nombres signes d’inquiétudes qui traversent actuellement les marchés, il faut noter qu’une des holdings de l'empire familial Espirito Santo en déroute, a demandé à être placée en redressement judiciaire au Luxembourg vendredi soir, trois jours après le défaut de paiement de la sous-holding Rioforte sur une dette d'un milliard d'euros. Banco Espirito Santo (BES), la plus grande banque cotée du pays, fait l'objet d'enquêtes après la découverte d'irrégularités comptables chez Espirito Santo International (ESI), l'entité qui demande la protection de la justice. ESI, basée au Luxembourg et qui est indirectement le plus gros actionnaire de BES, avec une participation de 20,1%, a déclaré ne pas être en mesure de rembourser sa dette.
GATTAZ MALMENE PAR LES HOTELIERS
Il 'agit d'une holding située près du sommet de la structure d'actionnariat de la galaxie familiale Espirito Santo. Des sources ont indiqué à Reuters cette semaine que Rioforte s'apprêtait à demander la protection de la justice mais qu'elle n'était pas encore sure d'être tenue de le faire séparément. L'onde de choc se propage maintenant en Angola où le gouverneur de la banque centrale Jose de Lima Massano a déclaré vendredi que la filiale locale de Banco Espirito Santo aurait besoin de capitaux supplémentaires pour faire face à ses créances douteuses. Au Portugal, des enquêtes sont en cours sur la galaxie familiale, tandis que Portugal Telecom prépare une action en justice contre Rioforte qui n'a pas honoré une dette de 847 millions d'euros qui est arrivée à échéance mardi.
L'Assemblée nationale a voté, mercredi 16 juillet, à une large majorité la suppression d'une taxe régionale de séjour de 2 euros en Ile-de-France, qui avait été instaurée en première lecture. Cette taxe, destinée à financer le réseau d'infrastructures de transports, se serait ajoutée à la taxe communale de séjour, objet d'un vote beaucoup plus serré dans la nuit de mardi à mercredi, lorsque les députés ont accepté de justesse de renoncer à une hausse du plafond de cette taxe, de 1,50 euro à 8 euros, et de repousser à 2015 toute réforme à ce sujet. Mais cette affaire a laissé des traces dans le monde patronal où les professionnels du secteur accusent Pierre Gattaz de ne pas les avoir soutenus dans cette bataille qu’ils ont remportée seuls. Alors que la création d’une nouvelle taxe constitue une entorse majeure au Pacte de responsabilité.
Enfin fort logiquement le groupe Bouygues a indiqué vendredi qu'il ne comptabiliserait aucun bénéfice lié à sa participation dans Alstom au deuxième trimestre en raison d'une simplification des méthodes comptables appliquées à cet investissement. Bouygues a annoncé qu'il comptabiliserait désormais une contribution de la part du groupe industriel au cours des seuls premier et troisième trimestre. Alstom dispose d'un exercice décalé, qui se termine en mars, et dont le premier semestre court jusqu'en septembre, correspondant à la fin des premier et troisième trimestre calendaires. Au cours du deuxième trimestre 2013, Bouygues avait comptabilisé un bénéfice de 59 millions d'euros au titre de sa participation de 29,3% dans Alstom.
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