éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Un 14 juillet détestable pour François Hollande
par Yves de Kerdrel
La fête Nationale, qui est l’un des moments d’unité du Pays, intervient alors que les forces centrifuges se multiplient à gauche, que les résultats économiques sont accablants pour le pouvoir et que le Chef de l’État en est réduit à inaugurer les chrysanthèmes. Tout cela alors qu’en dehors de France, grondent les premiers roulements de tambour d’une éventuelle nouvelle crise financière.
Le Président de la République, toujours au plus bas dans les sondages, en dépit d’une très légère remontée ces derniers jours, prendra donc la parole demain à 13h15 en direct de l’Élysée, avec pour ambition de redonner de la confiance et des perspectives à un pays déboussolé. Le chef de l’État sera interrogé pendant une trentaine de minutes par les journalistes David Pujadas de France 2 et Gilles Bouleau de TF1. Selon les informations recueillies par WanSquare, il devrait surtout parler de la Nation, et de la notion de rassemblement. Ce devrait être également pour lui l’occasion de redéfinir le fil du quinquennat en donnant un sens aux réformes. Et notamment aux réformes conduites depuis le 14 janvier, date de la conférence de presse qui avait lancé le pacte de responsabilité. De même il devrait donner le programme de la rentrée et les perspectives du quinquennat pour les années 2015 à 2017, de manière à montrer que c’est toujours l’Élysée qui gouverne en dépit des prises de parole de Manuel Valls et d’Arnaud Montebourg.
Car jeudi dernier, le Ministre de l’Économie a fait salle comble à Bercy, pour son discours d’une heure sur une « autre politique économique ». Six cents personnes, au premier rang desquelles figuraient aussi bien Serge Dassault que Jean-Claude Mailly, étaient donc venues écouter le discours d'Arnaud Montebourg pour le redressement économique de la France. Le ministre de l'économie ne s'est pas contenté d'esquisser les grandes lignes de la loi de croissance et de pouvoir d'achat qu'il entend déposer à l'automne avec à la clé une trentaine de mesures destinées à mettre fin aux monopoles et à restituer aux Français l'équivalent de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat. Il s’en est surtout pris aux politiques budgétaires de réduction des déficits qui ont fait de la zone euro la lanterne rouge de la croissance mondiale.
MONTEBOURG PREPARE SA SORTIE
A travers l'implacable réquisitoire qu'il a dressé des politiques d'austérité dans tous les pays européens, de la sous-estimation chronique de l'impact des politiques de rétablissement des comptes publics sur la croissance, c'est bien la politique mise en oeuvre par le gouvernement auquel il appartient, sous l'autorité d'un président qu'il n'a jamais nommé, qu’Arnaud Montebourg a mise en cause. Ce discours, prononcé au lendemain de l'examen au Parlement de textes budgétaires critiqués par une partie de la gauche parce que trop favorables à la politique de l'offre et insuffisamment dosés pour la demande et le pouvoir d'achat des ménages a résonné bizarrement. Le ministre a pris garde de ne pas se mettre hors des clous, mais il a néanmoins apporté un sérieux correctif à la ligne officielle qu'il est censé défendre. Ce qu’il a résumé par cette phrase : « Il ne s'agit pas de remettre en cause les 50 milliards d'économie. Il s'agit de bien les utiliser, de les rendre aux Français. » La critique, en creux, des orientations du pacte de responsabilité était assez claire.
Ce discours très critique commence à poser la question sur ses marges de manoeuvre au sein du gouvernement. D'autant plus qu'Arnaud Montebourg partage la tutelle de Bercy avec un ministre des finances, Michel Sapin, fidèle parmi les fidèles de François Hollande, qui veille sur l'orthodoxie des comptes publics. Jusqu'où M. Montebourg peut-il aller sans se mettre en porte-à-faux avec la solidarité gouvernementale ? Jusqu'où le chef de l'État et le premier ministre toléreront-ils les incartades du ministre de l'économie ? En fait tout se passe comme si le turbulent ministre posait les premiers cailloux qui vont le mener à l’automne prochain à une démission du gouvernement au moment du vote du projet de loi de Finances. Une démission qui fera de lui, de facto, le chef des frondeurs.
UN BUDGET EN TROMPE L’OEIL
Ceux-ci restent toujours aussi turbulents mais, leurs rangs ne grossissent pas comme l’a montré cette semaine le vote, certes plus serré que d’habitude du projet de loi rectificatif au budget de la sécurité sociale. En revanche les sénateurs ont rejeté ce texte qui prévoit quatre milliards d'euros d'économies, dont 1,6 milliard du budget de l'État, pour poursuivre la réduction du déficit public à 3,8 % du PIB. Les voix des sénateurs communistes se sont jointes à celles de la droite pour voter contre la première partie du texte qui porte sur les recettes. Cela aura suffit à bloquer le texte. La première partie du texte étant rejetée, c'est l'ensemble du projet de loi qui devra être repris. Ce projet de loi doit à présent faire l'objet d'une commission mixte paritaire, chargée de trouver une version commune aux deux chambres. Comme aucun texte n'est sorti du Sénat, la CMP travaillera à partir de celui voté à l'Assemblée.
C'est le troisième acte du pacte de responsabilité : la mise en musique des 50 milliards d'euros d'économies prévues d'ici à 2017. Les ministres ont reçu avant le week-end les fameuses lettres plafonds fixant leur budget pour les années à venir : la défense, Bercy, l'écologie et les transports sont les plus visés par ce plan de réduction des dépenses sans précédent. Le gouvernement parle sans cesse d’une réduction de 18 milliards de la dépense publique concernant ces ministères. En fait, en valeur absolue, celles-ci, hors charge de la dette et pensions, hors transferts aux collectivités territoriales et à l'Union européenne, diminueront de 1,8 milliard d'euros en 2015 seulement, 2,1 milliards en 2016 et 2,3 milliards en 2017.
L’UMP ET LA TERRE BRULEE
A droite, ce n’est plus le désordre, c’est maintenant le chaos. A tel point que près d'un tiers des sympathisants UMP (32 %) souhaitent que leur formation soit dissoute et remplacée par un nouveau parti alors qu'ils n'étaient que 15 % il y a deux semaines, selon un sondage BVA pour Le Parisien-CQFD-i-Télé. Au niveau de l'ensemble des Français, ils sont maintenant 48 % à le souhaiter (contre 41 % fin juin). 71 % des sondés (et 92 % des sympathisants UMP) font par ailleurs porter la responsabilité de la crise à l'UMP à l'ensemble des cadres du parti contre 21 % seulement qui l'attribuent « surtout à Nicolas Sarkozy ».
La semaine écoulée a été catastrophique pour l'UMP. D'abord sur sa situation financière : un audit financier a dévoilé mardi une dette abyssale de 74,5 millions d'euros au 30 juin 2014. En parallèle, se sont succédé de multiples révélations sur le train de vie de cadres du parti. Ces « boules puantes » ont entraîné de véritables règlements de comptes au sein du parti et conduit la direction intérimaire à diligenter une enquête interne pour connaître l'origine de ces fuites dans la presse. Pour ne rien arranger, le bureau du directeur des services des adhésions de l'UMP a été cambriolé dans la nuit de mardi à mercredi dernier. Dans l’esprit de la plupart des commentateurs politiques, c’est le clan Fillon qui est à l’origine de ce grand déballage. Ce qui pourrait maintenant se retourner contre lui avec la mise à plat des financements de son club. Mais l’ancien Premier Ministre semble jouer la politique de la terre brulée. Désormais convaincu que Nicolas Sarkozy va revenir par la présidence de l’UMP, il aurait décidé de quitter le parti plutôt que de l’affronter.
CRAINTES ESTIVALES SUR LES MARCHES
Sur le plan économique, les inquiétudes se multiplient à la veille du mois d’août. Cette semaine, les déboires de la banque portugaise Espirito Santo, dont la holding a dissimulé 1,3 milliard d'euros de pertes, ont brutalement rappelé cette réalité aux investisseurs. Jeudi le rendement des taux portugais à dix ans est brièvement repassé au-dessus des 4 %, un record depuis avril. Dans la foulée, les taux espagnols, italiens et grecs se sont eux aussi tendus. Il y a des raisons d'être inquiet. La reprise s'essouffle partout, même en Allemagne, où la production industrielle a reculé de 1,8 % en mai. Il s'agit du troisième mois de repli. En France, elle a chuté de 1,7 %. Les moteurs de la croissance européenne sont anémiques. Il faudra des mois encore avant qu'ils ne redémarrent plein feu.
D'où le second risque planant sur la zone euro : celui d'une nouvelle crise bancaire. S'ajoute à cela le problème des dettes publiques. La forte baisse des taux d'intérêt enregistrée dans les pays périphériques depuis deux ans a fait croire que la crise des dettes était derrière nous alors qu'en vérité, l'endettement des États continue presque partout d'augmenter. Celui de la zone euro frôle désormais 93 % du produit intérieur brut (PIB), contre 66,4 % en 2007. En Grèce, il dépasse les 175 %. Il suffirait d'une petite remontée des taux pour faire de nouveau dérailler la machine.
L’AMF ENQUETE SUR NUMERICABLE
Du coté des affaires, les hôteliers, à commencer par le groupe Accor, semblent reprendre espoir. Le gouvernement a souhaité expressément que l'Assemblée nationale rejette le projet d'augmentation de la taxe sur les nuitées d'hôtel, lors de la deuxième lecture du projet de loi de finance rectificative, mardi 15 juillet. Laurent Fabius a pesé de tout son poids dans cet arbitrage. La maire de Paris, Anne Hidalgo, comptait sur ce supplément de ressources pour boucler le budget 2015. De son côté, le patron de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, espérait engranger une partie de cette taxe pour financer le plan de rénovation des transports d'Ile-de-France.
Autre élément important il semblerait que l'Autorité des marchés financiers a ouvert une enquête sur le rachat en cours de SFR, filiale de Vivendi, par Numéricâble. Au cours de ce feuilleton aux nombreux rebondissements marqué par des surenchères répétées des deux prétendants, le gendarme de la Bourse avait rappelé à l'ordre les protagonistes en les enjoignant de respecter les règles de communication financière. L'AMF avait notamment rappelé aux différents acteurs concernés qu'ils avaient un devoir de transparence vis-à-vis des marchés bien que la vente de la principale division de Vivendi ne soit pas soumise au cadre juridique strict des offres publiques car non cotée en Bourse. L'autorité des marchés financiers se serait présentée fin juin chez l'ensemble des intermédiaires (conseillers financiers, communicants ..) de Vivendi et des deux groupes candidats au rachat de sa filiale SFR. Les enquêteurs se sont fait remettre des copies de mails et de documents liés à cette affaire.
Enfin la tempête au sommet du groupe GDF-Suez n’est pas complètement terminée. Gérard Mestrallet qui souhaitait sortir Jean-François Cirelli de l’organigramme du groupe et le nommer président non exécutif de Suez-Environnement (un placard même pas doré) afin de nommer à la direction générale sa protégée Isabelle Kocher, s’est vu remettre à sa place par l’État, notamment par Arnaud Montebourg et par l’Élysée. Les pouvoirs publics lui ont proposé deux solutions. Soit il devie^ç( !’, »n bvb@nt immédiatement président non exécutif de GDF-Suez, ce dont il n’a pas envie, soit le conseil d’administration lance un processus ouvert et transparent de recherche d’un directeur général, ce qui ne le satisfait pas. Le groupe est donc dans une période glaciation avec des administrateurs qui ont le sentiment désagréable de s’être fait instrumentalisés dans cette manœuvre interne.
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