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Yves de Kerdrel

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Le gouvernement Valls confronté à une impasse économique
par Yves de Kerdrel

La croissance se dérobe sous les pieds du gouvernement. Si bien que les recettes fiscales s’effondrent et les chiffres du chômage continuent de se détériorer. A cela s’ajoute maintenant une vague de faillites de la part de nombreuses PME étranglées par les charges. Sans compter la grogne qui monte de la part des exploitants hôteliers à la suite de deux amendements augmentant fortement la taxe de séjour imposée aux touristes. Un climat qui met en danger la prochaine conférence sociale. D'où l'appel solennel lancé aujourd'hui par toutes les organisations patronales.

29/06/2014 - 07:48 Temps Lecture 13 mn.

Rien ne va plus pour Manuel Valls dont la cote de popularité reste élevée (45 % contre 18 % pour François Hollande). Mais depuis quelques jours la proportion de français mécontents est devenue supérieure à ceux qui sont satisfaits de l’action du premier ministre. Il faut dire que le « fond de sauce » économique est de pus en plus détestable. Et c’est sans surprise que l’Insee a révisé fortement à la baisse sa prévision de croissance pour la France en 2014 passant de 1 % à 0,7 %. Ce qui laisse augurer un mauvais deuxième trimestre après un très décevant premier trimestre.

Un premier couac a eu lieu à cause d’un article liminaire, adopté en commission des finances et présenté par Karine Berger qui propose de corriger la mesure du solde structurel en le portant au même niveau que le solde conjoncturel. Le gouvernement y est défavorable et souligne le risque de censure de l'ensemble du budget rectificatif par le Conseil constitutionnel si cet article liminaire était adopté. Il est appuyé dans son raisonnement par le président (UMP) de la commission des finances, Gilles Carrez, et le chef de file de l'UDI, Charles de Courson. Malgré tout l'amendement Berger est adopté, bien que la droite ait voté contre. Douche froide pour le gouvernement.

HARCELEMENT PERMANENT DES FRONDEURS

Mais la grande confrontation entre les « frondeurs » et la majorité du groupe socialiste a eu lieu dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 juin, aux alentours de minuit. L'Hémicycle, à cette heure avancée de la nuit, est inhabituellement garni, à gauche. C'est autour d'un amendement instaurant la restitution par l'entreprise des sommes versées au titre du CICE en cas de non-respect de ses engagements que se concentre la bataille. Les « frondeurs », qui ont alterné toute la soirée les allées et venues entre l'Hémicycle et la commission des affaires sociales, réunie en même temps pour examiner le budget rectificatif de la Sécurité sociale, sont présents en masse. Finalement l’amendement a été rejeté par 51 voix contre 77. Le coup a été paré mais les « frondeurs » se sont comptés : 37 députés membres du groupe socialiste ont bravé les consignes du groupe.

Autre incident. Lorsque les députés ont rejeté, par 59 voix contre 31, un amendement écologiste, soutenu par une vingtaine de socialistes frondeurs, visant à annuler 220 millions d'euros d'économies projetées sur les investissements prévus pour la transition écologique et énergétique. Les députés socialistes Jean-Marc Germain, Pierre-Alain Muet et Karine Berger ont, eux, présenté une série d'amendements visant à financer 50 000 emplois d'avenir supplémentaires pour les jeunes en 2014. Le Ministre du budget ayant assuré que les 45 000 emplois d'avenir de plus récemment annoncés par le ministre du travail, François Rebsamen, seraient bien financés, ils ont accepté de les retirer, à l'exception d'un seul — qui a été rejeté —, préservant 127 millions d'euros pour la politique de l'emploi. Les frondeurs ont aussi vu rejetés, à main levée, deux de leurs amendements visant à moduler l'impôt sur les sociétés selon les investissements réalisés par les entreprises ou la taille de celles-là.

GUERRE DE POSITION A DROITE

Pendant ce temps là le Sénat se rebellait aussi contre le projet de loi sur la réforme territoriale. Le premier ministre, Manuel Valls, a assuré, jeudi, que le gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires pour que le projet de loi soit examiné en première lecture avant l'été et en tout cas adopté avant fin 2014. Initialement, les députés devaient s'en saisir à partir du 15 juillet. Dans la matinée de jeudi, la commission spéciale chargée d'examiner le projet de regroupement des régions a adopté plusieurs amendements visant à redessiner une carte de 13 régions ainsi qu'un amendement prévoyant un droit de transfert d'un département vers une autre région. Toutefois, au terme de ses travaux, le texte a été rejeté. Ce qui témoigne de la faiblesse du gouvernement.

Pendant ce temps là à droite, la guerre de positions a débuté. La perspective d'une nouvelle élection pour la tête du parti, le 29 novembre, bouleverse les stratégies des principaux prétendants à l'Élysée. Nicolas Sarkozy ne cache pas son intention de revenir dans l'arène politique. Mais il ne compte pas précipiter son retour. L'ancien président a indiqué mercredi qu'il dévoilerait ses intentions, quant à une éventuelle candidature à la présidence de l'UMP, à la fin de l'été. L'ex-président veut remettre la main sur le parti qu'il a dirigé de 2004 à 2007 pour en faire une rampe de lancement vers la présidentielle. Son défi ? Être élu massivement pour apparaître comme le candidat naturel de son camp pour 2017, sans avoir besoin de se soumettre à la primaire, pourtant prévue dans les statuts et réclamée par ses rivaux..

SARKOZY SE DEVOILERA FIN AOUT

Nicolas Sarkozy veut reprendre la main sur le parti pour des raisons tactiques : il ne veut pas laisser ses rivaux instrumentaliser l'appareil pour empêcher son retour. La manœuvre n'est pas sans risques, car, une fois de retour dans la « petite politique », il lui sera plus difficile de garder son positionnement gaulliste d'homme d'État au-dessus des intérêts partisans. Mais, pour ses soutiens, l'ex-président n'a pas vraiment le choix. Ils jugent son retour « nécessaire » pour qu'il puisse riposter aux attaques des ennemis de l'intérieur – François Fillon ou Xavier Bertrand –, qui veulent l'enterrer. A moins qu'il n'adoube un candidat, qui pourrait être François Baroin, contre Hervé Mariton et Bruno Le Maire, seuls prétendants déclarés, dans le but de s'assurer indirectement le contrôle du parti.

Alain Juppé, lui, suit une autre trajectoire pour accéder à l'Élysée. Porté par les sondages, qui le présentent comme la personnalité politique préférée des Français, le maire de Bordeaux ne vise pas la présidence de l'UMP mais la primaire. C'est son obsession : sécuriser cette procédure pour avoir une chance de jouer sa carte, en se posant comme le rassembleur et le sage de son camp. C'est pour cette raison qu'il a confirmée pour la première fois, mercredi sur BFM-TV, qu'il avait l'intention de s'y présenter. Son intervention ayant eu lieu au lendemain de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy dans les bureaux de l'ex-président, certains croient déceler un « deal » entre les deux favoris des sondages afin de marginaliser la concurrence.

FILLON SE VEUT RESOLUMENT LIBERAL

François Fillon compte également sur la primaire pour atteindre l'Élysée, tout en laissant planer le doute sur son éventuelle candidature à la présidence de l'UMP. Distancé par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé dans les sondages, l'ancien chef du gouvernement est totalement déterminé à affronter l'ex-président. François Fillon mise aussi sur son projet de rupture radicale pour s'imposer. Il entend faire preuve d'une audace réformatrice supérieure à celle de ses rivaux avec son programme économique très libéral, qu'il a présenté mercredi.

Le rebond de la consommation des ménages en mai n'apaise pas les craintes sur la faiblesse de la reprise économique, synonyme de nouveaux records pour le chômage et de redressement poussif des finances publiques. Car ce résultat, plus positif qu'attendu, tient à la forte hausse des dépenses d'énergie, fragilisées les mois précédents par la météo clémente, et il n'efface pas d'autres mauvais indicateurs.

LA FRONDE DES HOTELIERS SAISIT LE PATRONAT

Mais à la fin de la semaine doit se tenir en principe la conférence sociale. La CGPME et l’UPA ne souhaitent pas y aller estimant qu’il s’agit d’un piège. Pierre Gattaz, le président du Medef n’a pas encore décidé. Mais beaucoup de fédérations le poussent à boycotter ce rendez-vous. Notamment les hôteliers qui sont vent debout depuis que les députés ont multiplié par quatre le plafond de la taxe de séjour et instauré une autre taxe spéciale pour l’Ile de France. La profession se mobilise et prévoit un mouvement d’une forte ampleur. Ses relais patronaux ont demandé au patronat de mettre en suspens toutes les discussions sur le pacte de responsabilité tant que ces nouvelles taxes n’auront pas été supprimées.

Selon des économistes, la dégradation du climat des affaires en juin laisse quant à elle augurer une croissance économique faible au deuxième trimestre et une fragilité pour les mois suivants. Un diagnostic soutenu par le repli des indices PMI de juin, qui fait dire aux économistes de Markit, qui publie ces indices des directeurs d'achat, que si ces tendances se prolongent, le malaise économique dans l'Hexagone devrait perdurer au cours du deuxième semestre 2014.

LES ABERRATIONS DU MARCHE OBLIGATAIRE

Le marché obligataire est étrangement calme par les temps qui courent. Sur le marché secondaire – celui où s'échange la dette déjà émise –, les rendements des emprunts espagnols et italiens se sont installés sous les 3 %, et la Grèce plafonne à moins de 6 %. A tel point que certains investisseurs commencent à douter : ces chiffres reflètent-ils vraiment la solvabilité des États concernés ? Car, à l'autre bout du spectre, les rendements des bons du Trésor américains sont, du coup, au même niveau que ceux des ex-maillons faibles de la zone euro… Le 11 juin, le rendement des taux espagnols est même passé en dessous de celui des États-Unis (2,6 %). Une première depuis 2010.

Dans le cadre de l'accord qui devrait être annoncé lundi 30 juin par la justice américaine, BNP Paribas devrait plaider coupable pour s'éviter un impensable procès. Accusée d'avoir violé l'embargo américain sur l'Iran, le Soudan et Cuba dans les années 2000, la banque française devrait aussi, selon les informations de WanSquare, devoir payer une amende de 8,9 milliards de dollars (6,5 milliards d'euros). Par ailleurs BNP Paribas devrait se voir interdire, pendant un an, d'effectuer des paiements en dollars pour le compte de négociants en pétrole et en gaz. Cette interdiction prendra effet six mois après la signature de l'accord avec la justice, donc vraisemblablement en janvier 2015.

LES AVEUX DE JEAN-LAURENT BONNAFE

Dans une lettre aux salariés citée par i-Télé samedi, le directeur général de BNP Paribas a affirme notamment : « Nous serons sanctionnés lourdement. Parce que des dysfonctionnements sont intervenus et que des erreurs ont été commises». Les discussions entre BNP Paribas et les autorités américaines devraient aboutir «très prochainement» et se traduire par de lourdes sanctions. Mais cette difficulté que nous traversons ne devra pas pour autant impacter notre feuille de route », déclare Jean-Laurent Bonnafé dans cette lettre.

Enfin coté nominations, le Trésor peine à trouver un successeur à David Azéma à la tête de l’Agence des Participations de l’État. Tous les candidats de bonne pointure qui ont été approchés ont refusé pour les trois mêmes raisons : la difficulté à travailler sous les ordres d’Arnaud Montebourg, la modicité du salaire, et la difficulté à quitter ce poste pour des questions déontologiques. La candidate idéale pour ce poste, Florence Parly, aurait ainsi fait savoir à la veille du week-end son refus d’accepter une telle nomination.

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