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Yves de Kerdrel
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La gauche se divise encore plus à l’occasion du collectif budgétaire
par Yves de Kerdrel
Les couteaux sont à nouveau tirés à gauche de la gauche depuis la présentation, mercredi dernier, du projet de loi de finances rectificatif. D’autant plus que ce « collectif budgétaire » intervient à un moment où le Trésor constate une nette baisse des rentrées fiscales et où le Haut-Conseil des Finances Publiques s’alarme sur le niveau de la croissance attendue.
A Matignon, c’est reparti, comme à la fin du mois d’avril, où Manuel Valls, qui a été à bonne école auprès de Michel Rocard, tente de construire une majorité ad hoc capable de voter son projet de budget rectificatif pour 2014. Autant le vote sur sa déclaration de politique générale, boudé par une poignée de mécontents, n’a pas eu d’incidence. Autant le vote consultatif du 29 avril dernier a constitué un vrai coup de semonce avec 41 voix manquantes. Autant ce rendez-vous du « collectif budgétaire » constitue la première véritable épreuve politique de ce gouvernement qui ne dispose pas de majorité stable.
Ce projet de loi de finances rectificatif pour 2014, ne contient pas de réelles surprises par rapport à tout ce qui a été annoncé au cours des dernières semaines. Il prévoit notamment de nouvelles économies, à hauteur de 1,6 milliard d'euros pour l'Etat, dès cette année, mais aussi 1 milliard d'euros de réduction fiscale en faveur des ménages les plus modestes. Selon les informations de WanSquare, ce mercredi 18 juin, d'autres économies, portant sur la protection sociale, seront détaillées en conseil des ministres dans le cadre d'un projet de loi de finance de la Sécurité sociale rectificatif.
UN CONTRE-BUDGET PROPOSE PAR LES FRONDEURS
Au total, ce sont 4 milliards d'économies supplémentaires par rapport à la progression naturelle de la dépense publique que la France prévoit de réaliser, en plus des 15 milliards déjà inscrits dans la loi de finances. Le premier ministre avait par ailleurs annoncé en mai, à deux semaines des élections européennes, un geste fiscal pour les ménages effectif dès septembre. La mesure sera incluse dans le collectif budgétaire qui doit être voté avant l'été et s'appliquera donc pour les revenus de 2013. Au total, 3,2 millions de foyers fiscaux en seront bénéficiaires. Elle permettra à 1,2 million de ménages de sortir de l'impôt et à 600 000 qui y seraient rentrés de continuer à ne pas être imposés. Cette réduction d'impôts est financée – en principe - par la manne issue de la lutte contre la fraude fiscale.
Mais ce geste fiscal laisse sur sa faim une partie significative de la majorité. Dés lundi dernier, des députés socialistes, parmi lesquels Christian Paul, Jean-Marc Germain (le compagnon d’Anne Hidalgo) ou Pouria Amirshahi ont dévoilé des propositions fiscales alternatives. A l'inverse de la politique de l'offre de François Hollande, qui consiste à baisser les cotisations des entreprises pour encourager celles-ci à investir et embaucher, ces députés frondeurs défendent le rallumage de la consommation, obtenu en portant le soutien au pouvoir d'achat des ménages à 16,5 milliards (contre 5 milliards prévus actuellement). Ils prônent pour cela des taux réduits de CSG pour les classes moyennes et populaires, avec un système de tranches équivalent à celui de l'impôt sur le revenu.
VALLS VEUT TENIR PLUTOT QUE CEDER
La partie s'annonce donc très serrée avec ces députés socialistes qui contestent l'orientation du gouvernement et qui ont accueilli très froidement Michel Sapin, mardi dernier pour une séance d’explications. Le premier ministre, Manuel Valls a reçu mercredi en fin de journée, quelques-uns des frondeurs. Mais il ne veut pas s’épuiser à faire des concessions, puisque quels que soient les montants en jeu il a en face de lui des parlementaires qui souhaitent un changement complet de logiciel et l’abandon de la doxa européenne. Le gouvernement a tout de même fait savoir aux responsables du groupe socialiste qu'il leur laisserait en cours de discussion l'initiative de quelques améliorations. Les députés du PS devraient notamment porter un amendement qui permettra, dans l'immédiat, de prolonger l'exonération de la taxe d'habitation pour les contribuables qui en étaient exonérés l'an passé.
Il ne faut pas pour autant sous-estimer l’importance de la grogne qui couve chez quelques parlementaires et qui pourrait donner lieu à un effet boule de neige. Selon les informations de WanSquare, mercredi dernier, Laurent Grandguillaume, député de Côte-d'Or, fidèle de François Hollande et peu connu dans le groupe socialiste pour ses positions radicales, aurait fait savoir qu'il refuserait de voter le gel des prestations sociales. Rembarré par le vice-président de la commission, Dominique Lefebvre, il a claqué la porte de la réunion. La veille, la grogne avait également gagné les rangs du Sénat, où neuf sénateurs PS ont envoyé un mail à leurs collègues pour leur faire comprendre qu'une inflexion est nécessaire.
SARKOZY SERA SILENCIEUX TOUT L’ETE
Pour l’heure le problème du gouvernement, c’est la gauche et non l’opposition qui est monopolisée par les affaires touchant l’UMP et par la succession de Jean-Louis Borloo au centre. Comme prévu, Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin vont assurer l'intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau président, à l’occasion d’un congrès qui devrait se tenir en novembre. Cette direction collégiale va être assistée d'un secrétaire général, Luc Chatel, ex-copéiste, à un moment attiré par François Fillon et resté proche de Nicolas Sarkozy. Cette décision répond d’ailleurs à une exigence des sarkozystes, qui réclamaient Luc Chatel à la tête du parti pour assurer l'intérim, en faisant valoir que cette place lui revenait en tant que vice-président délégué de la précédente direction.
L'UMP peut désormais se tourner vers son prochain congrès. Le bureau politique a déjà acté qu'il n'y aurait pas de nouveau vote sur les motions. Celles qui ont été votées en novembre 2012 perdureront jusqu'en 2017. La droite ne s'épargnera pas, en revanche, une nouvelle campagne pour la présidence du parti. Le député Hervé Mariton et Bruno Le Maire sont déjà candidats déclarés. Xavier Bertrand y réfléchit, poussé par des sarkozystes qui redoutent que leur leader reste sur son Aventin. François Fillon, lui, n'exclut « rien ». Quant à Alain Juppé, il souhaiterait imposer que le futur président de l'UMP ne soit pas candidat à la primaire présidentielle. Aux dernières nouvelles, l’ancien Président de la République veut passer des vacances calmes et silencieuses. Et ce n’est qu’à la fin de l’été qu’il décidera éventuellement de briguer la tête du parti, afin d'en faire une rampe de lancement vers 2017, sans passer par la case primaire.
DOUTES SUR LA CROISSANCE FRANCAISE
S’agissant de Jean-François Copé qui n’est plus le patron de l’UMP à compter de ce dimanche 15 juin, il va continuer à siéger au bureau politique statutaire de son parti, qui se réunit chaque mardi et prend les décisions les plus importantes pour la vie du parti. En tant qu'ancien président du mouvement, il peut y siéger comme membre de droit. Il a ainsi prévu de participer à la réunion de cette instance prévue mardi 17 juin. Selon les informations de WanSquare, il va aussi réactiver son micro-parti, Génération France, qu’il réunira tous les mardis vers midi. Il va s’imposer une cure de silence d’au moins trois mois, avant de reprendre sans doute la parole à la fin du mois d’août.
Du côté de la macro-économie, les signaux négatifs continuent de se multiplier. Le Haut Conseil des finances publiques, que préside Didier Migaud estime désormais que les derniers indicateurs rendent moins probable qu'auparavant la prévision d’une croissance de 1 % pour la France cette année. Il faudrait une forte accélération de l'activité à partir du deuxième trimestre. Or celle-ci n'apparaît pas dans les indicateurs conjoncturels. La reprise de l'économie mondiale, qui joue un rôle essentiel dans le scénario du gouvernement, est plus lente qu'escompté. En particulier, la croissance des principaux pays avancés a été, au premier trimestre de 2014, en deçà des attentes, notamment aux Etats-Unis et dans la zone euro. La France est par ailleurs confrontée à la concurrence renforcée de certains de ses voisins qui ont réalisé des gains de compétitivité importants.
LA BANQUE MONDIALE OPTIMISTE POUR L’EUROPE
Preuve de cette panne de croissance : les très mauvaises rentrées fiscales. Avec les hausses d'impôts qui ont rapporté deux fois moins que prévu, le manque à gagner devrait atteindre cette année plus de 5 milliards d'euros, à la fois sur l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Au total, le déficit prévisionnel de l'Etat devrait déraper de près de 1,5 milliard d'euros par rapport au solde voté par le Parlement (82,5 milliards), pour atteindre 83,9 milliards d'euros.
La France reste donc une triste exception, puisque selon un rapport de la Banque Mondiale publié il y a quelques jours l’économie des pays à revenu élevé se redresse, y compris dans la zone euro. Après un début d’année poussif, le rythme d’expansion de l’économie mondiale s’accélérerait tout au long de 2014 pour atteindre 2,8 %, puis 3,4 % en 2015 et 3,5 % en 2016. Raisonnablement optimiste pour une zone euro qui se redresse lentement (+ 1,1 %) et pour le Japon (+ 1,3 % en 2014 et 2015, + 1,5 % en 2016), la Banque Mondiale s’interroge sur les performances américaines au point de revoir à la baisse sa prévision pour les Etats-Unis : 2,1 % de croissance en 2014, au lieu des 2,8 % initialement prévus.
ALSTOM MET MONTEBOURG AU PIED DU MUR
Concernant les grands dossiers du moment, Siemens allié à son partenaire Mitsubishi Heavy Industries (MHI) devrait donc présenter demain lundi au conseil d'administration d'Alstom une offre ferme pour une alliance avec le groupe français et la reprise d'une partie de sa branche énergie. Si l'Elysée et Matignon affirment ne privilégier ni Siemens-MHI, ni GE, Arnaud Montebourg, ministre de l'économie, penche clairement pour les premiers – donnant ainsi le sentiment d'un flottement, voire d'une cacophonie au sommet de l'État. Le ministre s’est-il seulement rendu compte que le projet de Siemens n’a rien à voir avec celui qu’il attendait de ses vœux. Devant les parlementaires, Christophe de Maistre, e patron de Siemens France avait parlé d'une grande alliance franco-allemande/ En fin de compte on voit apparaître un projet de dépeçage organisé par les japonais ! Hier partisan d'un projet franco-allemand, Arnaud Montebourg, qui n'est plus à une contradiction près, défend aujourd'hui un scénario qui n'est plus 100 % européen, loin s'en faut. Car s'il reprenait une partie des 29,4 % détenus par Bouygues dans Alstom, MHI en deviendrait l'actionnaire de référence.
Surtout selon plusieurs banquiers concernés par le deal, une fois l’opération conclue MHI reprendrait les turbines vapeur équipant les centrales nucléaires, notamment les réacteurs EPR de troisième génération d'EDF. Associé à Mitsubishi, Hitachi serait intéressé par d'autres actifs. Pour sa part, Siemens reprendrait les turbines à gaz pour regagner des parts de marchés sur GE, le leader mondial. Alstom « maintenu » serait constitué par les activités réseaux électriques (grid), les énergies renouvelables et le transport. En termes clairs, cela s’appelle un dépeçage. Comme si le gaz et la vapeur pouvaient être dissociés alors que 11.000 personnes, chez Alstom, travaillent pour les deux domaines
BNP PARIBAS VEUT CLORE VITE SON AFFAIRE
Dans ces conditions, les dirigeants de General Electric sont revenus en France, mercredi, pour poursuivre les négociations, notamment avec l'Agence des participations de l'Etat, et affiner l'offre initiale approuvée par Alstom. Ce qui sera présenté au conseil d'Alstom avant le 23 juin devrait apporter de nets changements. Chacun s’attend notamment à des partenariats dans les réseaux électriques, les turbines hydrauliques ou les énergies renouvelables. GE a déjà promis 1 000 emplois supplémentaires sur trois ans et la création dans l'Hexagone de quatre sièges mondiaux (réseaux, turbines à vapeur, hydraulique, éolien).
L’autre grand dossier reste la discussion entre BNP Paribas et la justice américaine au sujet du contentieux créé par la violation de l’embargo imposé lors de la décennie passée à certains pays comme le Soudan, l’Iran ou Cuba. Le Monde daté d’hier a révélé que les dirigeants de la Maison de la Rue d’Antin auraient été alertés par les autorités fédérales américaines, dés 2006, des risques que la banque prenait. Il se pourrait malgré tout que BNP Paribas parvienne à trouver un accord avec la justice américaine d’ici au début du mois de juillet. Et le pire, dont il a beaucoup été question, notamment chez des concurrents français de BNP Paribas, assez peu confraternels, n’est jamais certain.
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